Revue humanitaire   Revue Humanitaire n°11 - octobre 2004 - A l'est de l'Europe : populations vulnérables et société civile

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Revue Humanitaire n°11





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Editorial par Jacky Mamou

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Dossier : A l’est de l’Europe : populations vulnérables et société civile

Points de vue : Evaluation de l’action humanitaire

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Jason Eskenazi

Editorial

Par Jacky Mamou, Rédacteur en chef

Rappelons-nous, il y a quinze ans à peine, l’effondrement du mur de Berlin et le formidable espoir qui s’était emparé de toute l’Europe qui vivait au-delà du rideau de fer. L’idéal de démocratie et de liberté avait fortement « travaillé » ces sociétés. Parfois le bouillonnement était tel qu’il conduisait à des révoltes populaires : les ouvriers allemands de l’Est en 1953, l’insurrection de Budapest en 1956, le printemps de Prague en 1968, la naissance et l’irrésistible montée en puissance du syndicat Solidarnosc en Pologne, jusqu’aux manifestations pacifiques de Berlin et l’éclatement du glacis de l’Est… Partout les associations spontanées et les réseaux informels de citoyens, mais aussi quelques poignées d’intellectuels luttaient inlassablement pour faire circuler librement l’information, exiger le droit d’association et tout simplement la démocratie. Que l’on songe un instant au courage des militants du KOR, le Comité de défense des ouvriers polonais, Kuron et Modzelewski, à celui de Vaclav Havel et de ses amis du Comité de la Charte tchécoslovaque ou des incroyables réseaux autour des Samizdats russes… Tous en prise à une répression féroce : la prison, parfois l’assassinat ou l’enfermement dans les hôpitaux psychiatriques. Saluons-les car ce sont des géants de la lutte pour les droits de l’Homme et la démocratie. Mais on aurait aussi envie de demander à tous ces gens, anonymes ou emblématiques : où en sont vos rêves ? Bien évidemment les choses ont un cours bien différent entre les pays de l’Europe centrale et des Pays baltes qui ont intégré l’Union européenne, bientôt rejoints par quelques autres et puis ceux qui restent proches de la Fédération de Russie, sans parler du Caucase… C’est dire la difficulté de parler en termes généraux de situations qui ont chacune leurs spécificités, mais qui ont toutes en commun l’effondrement d’un système, la dérégulation qui en résulte et le coût social qui déstabilise des pans entiers de populations. Les mutations économiques rapides ont entraîné une exclusion sociale massive, sans que des organisations vigoureuses en assurent la défense. Les jeunes, les femmes et les personnes âgées en sont les premières victimes. Des régions entières sont dévastées, du fait de la fermeture des usines inadaptées à la mondialisation. On assiste ainsi à des mouvements migratoires de populations importants, alors que l’Etat n’a pas les moyens d’amortir les conséquences sociales pour ces populations. Le secteur sanitaire est particulièrement touché avec la désagrégation de la santé publique « socialiste ».Des maladies comme la diphtérie ont fait leur réapparition, faute de programmes de vaccinations de masse cohérents. L’épidémie de sida est une véritable bombe à retardement et l’Oms tire la sonnette d’alarme sur ce qui nous attend. Les pratiques addictives des toxicomanes avec des substances injectables, l’absence de campagne d’éducation sanitaire sur les conduites sexuelles à risques en sont quelques-unes unes des causes. Economie informelle mais aussi trafics et mafias trouvent ainsi des terreaux favorables pour se développer alors que violences, exploitations d’êtres humains, voire guerre et terrorisme comme dans le Caucase, risquent de s’amplifier. A propos de terrorisme, les opinions ont été fortement commotionnées, et à juste titre, comme lors de la prise d’otages d’enfants dans l’école de Beslan en Ossétie du Nord, qui a fait des centaines de morts. Dans ce carnage, les forces russes ont montré, comme lors des événements du Théâtre de Moscou, leur brutalité et leur incapacité à gérer

ce genre de situation. Mais la barbarie des terroristes, leur manque d’humanité face à des écoliers qu’ils ont frappé, affamé, et obligé à boire leur urine ont fait encore monter d’un cran les limites de l’horreur… Aucune cause ne peut ni expliquer ni justifier pareilles pratiques. Car que peut-il sortir de positif avec des organisations ou des mouvements qui prônent les meurtres de masse contre les civils, quel projet collectif peuvent-ils porter pour leurs peuples et quelles méthodes emploieront-ils pour l’imposer ? Comment peut-on trouver des « idiots utiles », ici ou là-bas, pour expliquer ce qui n’est pas souvent loin de justifier pareils comportements abominables ? De ce point de vue les organisations et les leaders humanitaires, qui ont une écoute de l’opinion et donc une responsabilité morale vis-à-vis d’elle, doivent s’engager plus résolument dans la condamnation de telles pratiques.
Face à ces défis les sociétés civiles de l’est de l’Europe semblent bien timides. Pourtant avec des moyens très précaires, dans un climat parfois
d’incompréhension tant la crise pousse aux initiatives individuelles dans des stratégies de survie, des initiatives sont prises. Bien sûr en Roumanie, le sort fait aux enfants est une préoccupation ancienne mais une réalité quotidienne ce qui veut dire que les problèmes n’ont pas été réglés depuis la chute de Ceausescu et que les mentalités n’ont pas encore changé. En Moldavie le trafic d’êtres humains et surtout des femmes est devenu maintenant un problème fortement médiatisé… dans l’Union européenne. Car les retombées de ces drames commencent à faire sentir leurs effets sur la riche Europe. On y retrouve alors les femmes prostituées amenées par des réseaux mafieux, les enfants isolés ou en bandes délinquantes organisées par des adultes, l’immigration clandestine pour raisons économiques. Si à l’Ouest les Européens se croient à l’abri de ce qui se passe sur leurs frontières orientales, ils se trompent lourdement. Le soutien des Etats à des organisations de la société civile est parcimonieux et souvent soumis à des attitudes clientélistes ou de contrôle. Les actions et les coopérations entre acteurs de la société civile des deux côtés de l’Europe et plus précisément sur le champ de l’humanitaire sont modestes. En revanche la matière humanitaire est tellement dense que nous aurons à revenir sur cette partie du monde dans une prochaine livraison. Et si ce présent numéro de la revue Humanitaire incite à réfléchir à ces questions, alors il aura rempli son rôle.


Moldavie : migrations, traite des êtres humains et action humanitaire,

par Paola Baril

Les déclarations du nouveau commissaire européen en charge des migrations, Rocco Butiglione, le 26 août 2004, ont rappelé une fois de plus la position défensive qui préside à la majorité des politiques migratoires européennes. Concernant ce que l’on présente comme une véritable « bombe à retardement », tout se passe comme s’il s’agissait pour l’Europe de prendre des mesures rapides afin de contenir les « flots de l’immigration illégale ». Contrôle mieux assuré des frontières de l’Europe, création de centres de rétention hors du territoire européen, soutien aux pays d’origine pour les aider à garder leur population, mais également développement de filières de migrations légales, telles sont les dernières propositions visant à diminuer l’immigration illégale.

Rien de bien nouveau en vérité, si ce n’est l’officialisation de certaines politiques déjà en cours. Et c’est très souvent le trafic d’êtres humains ou la traite des migrants à des fins d’exploitation qui servent de prétexte à l’adoption de nouvelles orientations politiques. En réalité, ce genre de décisions conduit généralement à fermer encore un peu plus les frontières européennes aux individus qui s’y pressent et donc, sournoisement, à favoriser un peu plus le phénomène que l’on prétendait combattre : l’exploitation des migrants.

Le thème des migrations est évidemment très complexe dans la mesure où il interroge aussi bien les sociétés d’origine que les sociétés accueillantes. En décidant, en mai 2003, d’une mission exploratoire en Moldavie, pays cité comme le plus pauvre d’Europe, Médecins du Monde exprimait le souhait de mieux appréhender le phénomène de la traite des êtres humains et, de manière plus opérationnelle, de comprendre comment engager, dans un tel contexte, une action humanitaire adaptée.

> Moldavie : une transition en crise

Ces dernières années, la Moldavie, ce nouveau petit pays issu de l’éclatement de l’URSS, s’est fait tristement connaître comme l’un des principaux pays européens d’origine des femmes victimes de la traite des êtres humains. Le phénomène est évidemment difficile à mesurer et les statistiques impossibles à établir. Les seules données précises pour le pays sont, à ce jour, celles de l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) qui rapatrie et/ou accueille des victimes de la traite moldave (un peu plus d’un millier de victimes « identifiées » depuis quatre ans, rapatriées sur une base volontaire).

Plus que tout autre facteur, c’est la dégradation de la situation économique moldave – d’autant plus douloureusement ressentie que le pays est aux portes d’un espace européen prospère - qui explique en grande partie l’émergence du phénomène. Partageant avec les ex-Républiques soviétiques voisines les difficultés d’une transition économique aux conséquences sociales désastreuses, la Moldavie cumule les handicaps : sans réel débouché vers la Mer Noire, sans industrie ni secteur secondaire, vivant essentiellement de son activité agricole. Les avis sur l’avenir du pays sont plutôt pessimistes, et le conflit latent avec la Transnistrie ne facilite pas son insertion dans la communauté internationale.

Le coût social de la transition est élevé, et la majorité de la population, surtout dans les campagnes, survit difficilement dans ce nouveau système qui profite à quelques-uns, mais n’offre pratiquement aucun filet social permettant d’amortir les chocs du changement.

La Moldavie, comme ses voisins, connaît une forte dégradation de ses indicateurs démographiques, due tout autant à de nouveaux comportements sociaux (divorces, migrations), qu’à la dégradation générale de la santé de la population. Le système de santé, pourtant animé par un personnel médical surabondant et compétent, se « privatise » insidieuseme (généralisation des paiements de la main à la main) et laisse sur le carreau des populations désargentées. L’introduction cette année d’une assurance médicale obligatoire contribue mollement à améliorer l’accès aux soins des plus pauvres, mais la viabilité économique et financière de ce dispositif limite pratiquement son application aux soins d’urgence et aux populations très démunies (personnes âgées).

Cette privatisation plus ou moins officielle touche tous les secteurs de la société, y compris l’éducation et le secteur universitaire. Dans ce contexte, le quotidien est fait de débrouille, entre cumul d’activités déclarées ou non et jeu de relations familiales ou autres, pour obtenir ce qu’il est impossible de recevoir par la voix officielle.

Certes la situation ne diffère pas de celle d’autres pays en crise, en transition ou en voie de développement. Ce qui fait pourtant la particularité de la Moldavie, en même temps qu’un trait commun à l’espace post-soviétique, c’est que la perte de niveau de vie par rapport au système social soviétique est telle qu’elle cause beaucoup de ressentiment et de frustration. Par ailleurs, la proximité géographique avec des pays beaucoup plus riches suscite chez certains la tentation très « naturelle » de tourner leurs espoirs vers ces pays, en partant temporairement ou définitivement à l’étranger.

> Le phénomène migratoire et la réalité de la traite des êtres humains

Les estimations les plus larges évalueraient à 25% (sur une population d’un peu plus de quatre millions de personnes) le nombre de Moldaves se trouvant à l’étranger pour le travail, en permanence ou de manière temporaire, alors que les statistiques officielles avancent le chiffre de 250 000 personnes environ. L’émigration apparaît comme le fait incontournable de la société moldave, et dans ce contexte, la traite des femmes en présente l’aspect le plus terrible. Si une grande partie des départs pour le travail se fait vers la Russie et surtout Moscou, en l’absence de possibilités légales de migration de travail vers l’Europe5, les candidats au départ vers cette destination sont obligés de passer par des intermédiaires pour obtenir des visas ou traverser dans l’illégalité les frontières. A partir de là, toutes les variantes sont possibles. Soit l’intermédiaire est « honnête » et permet le passage et l’installation dans le pays convoité, soit il s’avère être le maillon d’un réseau de traite, et le cauchemar commence alors pour certaines jeunes femmes : vendues et revendues au gré des pays, elles seront battues, menacées, violées, jusqu’à en faire des êtres humains dociles, placés sur des trottoirs ou dans des bordels. Simple question de chance ou de malchance ? Pas uniquement, et la réalité doit être appréhendée dans sa complexité afin d’en comprendre les mécanismes.

D’abord, bien loin des légendes d’enlèvements de jolies jeunes filles, les réseaux de traite exploitent plus simplement le désir (ou la nécessité) de départ, les difficultés pour organiser celui-ci (visas) et le manque de possibilités migratoires légales. Promettant de s’occuper de tout, en général le trafiquant dépouille facilement sa « proie » de son passeport et autres documents légaux, et profite de la corruption généralisée. Le phénomène de la traite des femmes, en Moldavie ou ailleurs, profite des zones de non-droit, de la corruption des fonctionnaires, douaniers ou hommes de loi qui, au lieu de protéger, participent d’une façon ou d’une autre au réseau, dans les pays d’origine comme dans les pays de destination.

Pour la majorité des victimes moldaves qui ont été accueillies par le centre de l’OIM à Chisinau, la capitale de la Moldavie, le premier intermédiaire a été un ami, une connaissance recommandée, un membre de la famille élargie, un petit ami, etc. auquel on accorde facilement sa confiance. Lui-même aura été parfois également floué, ce qui rend difficile les messages de prévention : doit-on se méfier de tous, même de son entourage proche ?

Ensuite, d’après les études faites sur le profil des victimes, il apparaît que dans la plupart des cas, ces femmes font partie, avant leur départ, de catégories particulièrement vulnérables de la population. Femmes seules ou avec enfant, sans emploi ou faiblement rémunérées, très souvent originaires de la campagne, et bien souvent ayant connu des expériences de violence familiale ou conjugale. Ces difficultés laissent en général peu de choix pour s’en sortir, et il est évidemment encore plus facile de duper des personnes en détresse. Et parfois, drame de la pauvreté, la situation est telle que l’éventualité de la prostitution à l’étranger apparaît pour certaines comme le seul moyen pour s’assurer ou assurer à leurs enfants une vie décente…

Enfin, expérience des plus terribles pour celles qui réchappent des humiliations, privations, tortures, et parfois même des meurtres, les menaces des trafiquants à l’encontre des victimes et de leurs proches aussi bien que la honte qu’elles ressentent incitent la majorité d’entre elles à dissimuler leur expérience, même à leur entourage le plus proche. Tous les acteurs de la lutte contre ce phénomène s’accordent à dire que la majorité des victimes taisent leur histoire et, pour beaucoup, refusent de rentrer dans leur pays d’origine. La majorité des victimes seraient donc « non identifiées ».

> Les réponses de la société civile

Poussé par la société civile et les pressions de la communauté internationale, l’Etat moldave reconnaît officiellement le problème (ce qui n’est pas le cas de tous les pays) et montre en apparence une volonté de lutter contre celui-ci. Elaboration de lois en concordance avec les textes internationaux, ratification des outils juridiques internationaux, mise en place de commissions nationale et régionale sur le thème, le gouvernement ne ménage pas sa peine. La réalité du travail des multiples commissions reste à vérifier, et le nombre de trafiquants condamnés reste encore très insuffisant au regard de

l’ampleur de la traite en provenance de Moldavie. Grâce à ces preuves de bonne volonté, les financements internationaux continuent d’affluer, et de manière disproportionnée pour un si petit pays, de la part des Etats-Unis, de l’Union européenne et d’autres pays de destination fortement concernés par le phénomène de la traite.

Les réponses données par la société civile et les organisations internationales concernent différents aspects du problème, et sont, grâce à des mécanismes mis en place par l’OSCE (réunions régulières de bailleurs, d’ONG), relativement coordonnées.

Les tout premiers projets ont concerné l’aspect prévention, en informant l’opinion publique, les médias, les acteurs politiques grâce à des supports très variés. D’abord lancés par les organisations internationales (OIM, OSCE), les projets ont été repris et développés par des associations locales, en tentant d’y associer les autorités locales. Ainsi, panneaux publicitaires, films, annonces dans la presse, groupe de parole et autres émissions de radio ont permis de présenter le problème et d’avertir du danger. Plusieurs numéros d’appels gratuits ont été mis en place et permettent de recevoir conseils sur le départ, aide dans la recherche de personnes disparues et proposition d’assistance pour les victimes (La Strada, Centre de Prévention de la traite). Partant du constat qu’il est impossible d’empêcher les personnes qui le désirent de partir, l’OIM met à disposition des candidats au départ le maximum d’informations sur l’immigration légale, les pays de destination, les risques, etc.

L’accent est désormais mis sur les zones rurales, très touchées par le phénomène et malheureusement trop souvent coupées de l’information diffusée. De l’avis de tous, cet aspect « prévention » est relativement bien couvert désormais.

Parallèlement, un nombre plus réduit d’associations a prévu des mécanismes d’assistance aux victimes : rapatriement, accueil et soins « d’urgence » et progressivement accompagnement à plus long terme. Un centre, géré par l’OIM, accueille les victimes (adultes et mineurs), leur propose des soins médicaux et psychologiques pendant une durée relativement courte et tente de faciliter la réintégration familiale et sociale.

Concernant la santé mentale, les traumatismes sont très importants et demandent du temps et des professionnels bien formés pour la prise en charge les victimes, ainsi que des conditions d’anonymat et de confidentialité. La réalité moldave fait que la prise en charge psychothérapeutique n’en est qu’à ses débuts et se révèle pour l’instant très stigmatisante. De plus, assimilées trop facilement à des prostituées, les victimes de la traite ont généralement tendance à taire leur expérience, ce qui ne facilite pas le travail des soignants.

Au-delà des actions urgentes de soins aux victimes qui reviennent dans leur pays, c’est surtout une seconde phase de « réintégration » qui est la plus compliquée à mettre en place et sur laquelle se penchent désormais les organisations concernées. Certaines expériences de microcrédit, de formation professionnelle entreprises par des ONG, s’inscrivent dans cette phase. Mais il s’agit d’un travail de longue haleine qui ne peut se mettre en place sans la collaboration des autorités locales, puisqu’il ne peut s’avérer « durable » que dans le cadre du système social du pays, alors même que le système moldave se révèle sans beaucoup de ressources.

C’est dans cette seconde phase de « réintégration à moyen et long terme » que Médecins du Monde envisage d’intervenir en Moldavie, de manière indirecte et non stigmatisante, en s’associant à une association locale pour la création d’un centre de santé médico-psychologique pour les 13-25 ans, population cible de la traite. C’est notamment dans le champ de la santé mentale que se situera l’apport de MDM (formation à la prise en charge). Un travail de prévention pourra également être envisagé.

Les résultats de l’ensemble de ces projets en Moldavie ne sont pas négligeables : mobilisation de la société et des autorités (en apparence du moins), rapatriement des victimes, mise en place de mécanismes de contrôle aux frontières, etc. Toute la bonne volonté des associations moldaves et internationales ne suffira pourtant pas à infléchir le phénomène qui prolifère dans des sociétés corrompues et sinistrées comme la Moldavie : des décisions politiques importantes doivent être prises pour mettre fin à ce nouvel esclavage dans les pays d’origine, mais également dans les pays de destination encore trop peu mobilisés.

Le constat reste néanmoins amer : malgré l’information, les Moldaves continuent de partir car la situation économique n’offre pas beaucoup d’autres alternatives. Les actions humanitaires d’urgence (rapatriement) couvrent sommairement les besoins, mais il s’agit à présent d’orienter les actions vers l’aspect économique du problème, aspect beaucoup plus complexe à prendre en charge. Reste qu’un sentiment de malaise flotte devant l’empressement des bailleurs internationaux occidentaux — notamment l’Union européenne — à financer des programmes de lutte contre la traite, sans pour autant remettre en cause leur politique migratoire.

L’auteur

Paola Baril est coordinatrice de mission pour Médecins du Monde en Moldavie depuis mai 2003.