Dossier de presse   Quand l'oubli devient manifeste

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On connaît l'extraordinaire capacité de mobilisation des médias internationaux face à certaines crises humanitaires ; mais force est de constater leur tout aussi extraordinaire capacité d'omission. Ainsi, selon une étude d'AlertNet, la couverture du tsunami au cours des six semaines suivant la catastrophe a représenté autant que celle de 10 « crises oubliées » au cours de toute une année. La presse serait-elle comme un poisson rouge, virevoltant dans son bocal et incapable de plus de trente secondes d'attention ? Les médias sont-ils responsables de l'oubli de certaines crises ? Médecins du Monde mène depuis plus d'un an une campagne d'envergure pour lutter contre l'oubli de certaines populations qui, en France comme à l'international, connaissent pourtant des situations de crise humanitaire grave.
Convaincu de l'importance des médias pour leur capacité à révéler et conscient du rôle des ONG en tant que témoins et acteurs de mobilisation, Médecins du Monde tente de redéfinir, 30 ans après, le compagnonnage qui lie médias et humanitaires, constitutif du mouvement des French Doctors.
Médecins du Monde souhaite amener les professionnels des deux secteurs ainsi que «l'opinion publique», à réfléchir sur les causes de l'oubli en général et de l'oubli médiatique en particulier, sur les responsabilités de chacun, celle des médias mais aussi celle des organisations humanitaires, et à imaginer les moyens de restaurer le dialogue. C'est dans le cadre de cette démarche militante de sensibilisation et de mobilisation que s'inscrit la présence de Médecin du Monde au Festival Visa pour l'Image à Perpignan, du 2 au 17 septembre 2006.
Afin de susciter débats et échanges avec les professionnels présents, concernés au premier chef par la problématique de l'oubli médiatique, des membres de Médecins du Monde seront présents sur l'esplanade du Palais des Congrès pendant toute la durée du festival, devant la Boîte Noire de l'Oubli, une exposition de photos révélant des crises ou populations oubliées, et distribueront un manifeste recueillant les réflexions des médias et des humanitaires sur la question.

Sommaire
Editorial

Médecins du Monde (re)questionne le rapport entre médias et populations oubliées

1. Qu'est ce qu'une crise/population oubliée ?

2. De l'oubli « causal » à l'oubli médiatique

3. L'oubli médiatique, une responsabilité partagée ?

4. Les professionnels en question

Médecins du Monde à Visa pour l'Image-Perpignan.

1. Pourquoi être présent à Visa pour l'Image-Perpignan
2. Médecins du Monde vous invite à venir réfléchir à ses côtés à l'occasion du 18ème Festival Visa pour l'Image à Perpignan
Annexes 1 - Les « crises » oubliées en 2005
Annexe 2 - Médecins du Monde en bref
Annexe 3 - Partenariats

Une crise a le plus de chances d'attirer l'attention des médias « si elle a provoqué un grand nombre de morts, si elle touche une population du même type que l'audience, si elle a causé beaucoup de souffrances parmi les enfants, si elle peut fournir des images et des témoignages forts et si elle a des implications de politique étrangère pour le pays d'origine du journaliste » (Etude 2004 de la Reuters Foundation et du Fritz Institute) « En février 2005, la communauté internationale avait donné environ 500 dollars par sinistré (du Tsunami), contre à peine 50 cents par individu affecté pendant les dix-huit ans de guerre en Ouganda ».
(Tim Large, rédacteur adjoint du réseau Alertnet)
« Une catastrophe ayant lieu sur le continent africain a besoin de 48 fois plus de victimes pour être autant couverte par la télévision (…) qu'une catastrophe ayant lieu en Amérique ou en Europe »

(Esther Duflo, économiste)

Editorial

Depuis sa création Médecins du Monde a pris le parti de soigner ceux que le monde oublie et de témoigner de leur réalité. Témoigner, pour nous, c'est avant tout une présence et une volonté, celle de rompre le silence.
Il s'agit alors d'interpeller la conscience, la responsabilité des autres, de les convoquer à prendre acte, à réfléchir, à réagir et somme toute à agir. Les "autres" ce sont les institutions politiques internationales et leurs organes, le grand public et les donateurs, et bien entendu, les médias. D'une façon générale il s'agit pour nous, lorsque nous sommes confrontés à une situation humainement inacceptable, d'alerter tous ceux qui détiennent le pouvoir d'influer ou de décider, la mobilisation des uns pouvant déclencher la réaction des autres. Notre cible première est bien entendu l'opinion publique. Entre cette dernière et le fait inhumain que nous dénonçons, les intermédiaires privilégiés sont sans aucun doute les journalistes et tout particulièrement les photojournalistes.
Pour les avoir croisés durant vingt cinq ans sur le terrain, nous savons qu'ils partagent la même certitude que nous sur la nécessité de témoigner. Cela suppose d'aller là où les autres ne vont pas, de rester quand ils partent et de prendre la parole lorsqu'ils se taisent. Là encore nous sommes engagés les uns et les autres sur ces terrains d'oubli et d'abandon, et le problème que nous partageons est le traitement réservé par les rédactions aux informations que nous rapportons.
Pour nous, si faire la une des journaux télévisés peut avoir, par le biais de l'indignation suscitée, un rôle déclencheur dans l'opinion publique, cela ne saurait constituer une fin en soi, tant il est vrai que les réactions d'indignation ont une fâcheuse tendance à s'épuiser rapidement.
L'analyse, la réflexion doivent alors prendre le relais. La presse écrite occupe dans ce domaine une place primordiale. Si le recours aux médias est une démarche nécessaire et une étape incontournable lorsqu'il s'agit d'engager une dénonciation publique, celui-ci n'est pas toujours suffisant pour contraindre les décideurs politiques à réagir. Il nous faut alors agir plus directement sur ces derniers. Toutefois ces actions d'ordre politique ont d'autant plus de chances de réussir qu'elles sont relayées par la presse.
L'essentiel pour nous, médecins humanitaires est en définitif de sauver des vies. Au-delà de nos soins, c'est par le croisement de nos témoignages que nous pouvons espérer y parvenir de manière conséquente et durable.
Il convient donc de rétablir le lien de confiance réciproque et privilégié qui nous unissait autrefois afin de rompre ensemble, le plus possible, ces silences qui conduisent aujourd'hui tant de nos semblables au désespoir et à la mort.
C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de participer en septembre prochain au festival Visa pour l'Image-Perpignan.
Docteur Patrick Hirtz, Responsable des programmes Afrique