Communiqué de presse   Turquie : Mission de Médecins du Monde auprès des victimes du système carcéral


Une violence persistante malgré de récentes améliorations

Même si quelques améliorations ont été constatées ces dernières années dans l'exercice carcéral, les gardes à vue et les emprisonnements donnent toujours lieu à des violences extrêmes, tortures systématiques, tant physiques que psychiques, viols... Les arrestations sont souvent arbitraires, les peines généralement très lourdes. La perspective d'entrer un jour dans l’Union Européenne a certes modifié les lois turques dans le sens d'un meilleur respect des droits de l'homme, mais l'application de ces juridictions reste très déficiente et aléatoire.

Des conséquences majeures sur la santé des populations carcérales

La pratique des « jeûnes pour la mort » a provoqué plus de 115 décès durant ces dernières années. Parmi les survivants on relève de nombreuses séquelles neurologiques, pour la plupart irréversibles, liées à une avitaminose B1. En effet cette vitamine, indispensable au fonctionnement et au développement cérébral, n'était pas prescrite durant les premières années de ces grèves.

Aujourd'hui que les exactions se sont faites plus discrètes et que cet apport médicamenteux est systématiquement respecté, c'est surtout à des séquelles psychiques que nous sommes confrontés.

L'activité et d'expertise exercée par les équipes de Médecins du Monde :

Dans l'impossibilité de pénétrer à l'intérieur des lieux de détention, notre intervention s'exerce sur d'anciens prisonniers tout juste sortis de prison après y avoir purgé des peines prolongées, (10 à 15 ans de façon courante) ainsi qu'un régime d'isolement accompagné de multiples tortures.

Notre équipe se compose de six membres, psychiatres et psychologues coutumiers de ces situations de violence, qui se relaient sur le terrain à intervalles réguliers.

Une première expertise auprès de 10 anciens détenus, victime de graves séquelles neurologiques a été conduite il y a un an et demi en présence d'un professeur chef de service de neurologie, venu tout spécialement de France avec une équipe de Médecins du Monde. Ses constatations ont été adressées à la Cour Européenne des Droits de l'Homme et ont abouti à un certain nombre de sanctions. Un film de 52 minutes, sur support numérisé, retrace les principaux moments de cette expertise.

Une deuxième expertise est en cours qui a déjà recueilli une trentaine d'observations. Elle porte cette fois sur les séquelles psychiques observées chez des détenus politiques au sortir d'un emprisonnement ayant donné lieu à de multiples violences et à un régime d'isolement. Ce dernier, sur pression de l'Europe, a été récemment encadré par une loi mais sa mise en application n'est encore que très déficiente et sporadique. Une prochaine équipe va partir pour recueillir encore quelques observations.


Contact Presse :

Annabelle Quénet, Florence Priolet

Tél. 01 44 92 14 31/32

www.medecinsdumonde.org