Communiqué de presse   Marseille : mission Rroms


Action de Médecins du Monde - Rroms Porte d'Aix

Depuis 2 mois, la Mission France de Médecins du Monde Marseille est intervenue pour la prise en charge médicale et l'accompagnement de familles Rroms roumaines et bosniaques, soit environ 50 personnes vivant de la récupération de la ferraille. Ces familles étaient installées à l'abri des regards derrière des palissades, vivant dans des tentes et abris de fortune sur un ancien parking de la Communauté Urbaine, à la Porte d'Aix, point névralgique dans l'arrivée à Marseille.

Nous avons été alertés de cette situation par trois personnes venues consulter au Centre d'Accueil de Soins et d'Orientation qui présentaient de graves problèmes rénaux - parmi elles, une femme a été hospitalisée en urgence à l'issue de la consultation. Sur place, nos équipes ont découvert une situation sanitaire dramatique: pas de point d'eau, pas de toilettes, aucun système de gestion des déchets, et ce en plein centre de Marseille. Nous avons commencé par distribuer des jerricanes et avons régulièrement apporté des bidons d'eau aux résidents du camp. Des bénévoles infirmiers et médecins ont effectué des consultations sur place plusieurs fois par semaine ; les diagnostics recouvraient des problèmes gastriques, rénaux, des dermatoses, des plaies liées à la manipulation de la ferraille etc. Nous avons orienté plusieurs femmes pour des suivis de grossesse.

En date du 28 juin, nous nous sommes adressés à la Direction de la Santé Publique de la Ville à propos de la situation sanitaire de ce terrain : nous demandions d'urgence un accès à l'eau et un accès à l'hygiène pour lequel nous projetions l'installation de toilettes chimiques. Pour mettre en œuvre cette intervention, nous demandions la coopération des services municipaux, afin de libérer l'accès au camion pour la dépose et l'entretien des sanisettes (enlèvement de deux blocs de béton qui barraient l'accès à l'allée et ouverture d'une brèche dans la palissade).

Malgré la période de forte chaleur et l'alerte canicule, nous n'avons eu aucune réponse de la Ville pendant plus de dix jours. Puis une réponse négative a été formulée le 7 juillet, la ville ne souhaitant pas « sédentariser » les personnes vivant sur le camp. Nous avons poursuivi notre interpellation auprès de la DDASS à qui nous avons signalé l'urgence sanitaire (lettre du 7 juillet), et auprès du Maire. Le 13 juillet, l'adjointe au Maire à la Santé nous donnait l'autorisation d'installer les toilettes et déclarait se charger de l'approvisionnement en eau. Pourtant, l'aménagement effectif du terrain pour permettre l'accès au camion n'était réalisé par la ville que lundi 24 juillet… et ce jour là, la Mairie nous demandait d'attendre pour installer le dispositif sanitaire, une « intervention étant imminente ». Mercredi 26 juillet au matin, l'évacuation du terrain était effectuée par les forces de police en vertu d'un jugement en référé rendu par le tribunal de Grande Instance. Aucune solution effective de relogement n'a été proposée par la Mairie.

Depuis, les Rroms sont dans la rue, sans les tentes qui les abritaient, sans eau, sans le minimum sanitaire vital. Au soir de l'expulsion, ils ont dormi sur la place de la Porte d'Aix, aux pelouses verdoyantes… c'est que la nuit, les pelouses sont arrosées par la municipalité. Les Rroms étaient prêts à se rendre à l'Unité d'Hébergement d'Urgence de la Madrague, mais le Samu Social, appelé par nos soins pour les transporter, ne pouvait pas les y emmener avec leurs bagages…

A l'heure actuelle, aucune solution n'est envisagée, et l'urgence sanitaire, dans la rue, persiste.

Sophie Beau
Coordinatrice Mission France, Médecins du Monde Marseille
Jeudi 27 juillet 2006