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HAITI, 3 mois après le séisme

Si la phase aigüe est terminée, les besoins humanitaires et sanitaires restent colossaux en particulier pour ces sans-abri et les milliers de déplacés internes. Avec un système de santé qui a été entièrement jeté à terre, l'aide à la reconstruction et aux soins devra s'inscrire dans la durée.

Une urgence qui perdure


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Le séisme du 12 janvier a frappé un pays dont les indicateurs étaient déjà au rouge : plus de la moitié de la population vivant avec moins de 1,25$ par jour, 65% au chômage, l'espérance de vie ne dépassant pas 61 ans.
3 mois après la catastrophe, la situation relève toujours de l'urgence. 1,3 millions de personnes sont sans-abri et la saison des pluies va encore détériorer leurs conditions de vie.
Si la phase aigüe est terminée, les besoins humanitaires et sanitaires restent colossaux en particulier pour ces sans-abri et les milliers de déplacés internes. Avec un système de santé qui a été entièrement jeté à terre, l'aide à la reconstruction et aux soins devra s'inscrire dans la durée.



Médecins du Monde, présent depuis 20 ans dans le pays, s'engage sur le long terme auprès des haïtiens et poursuit son action auprès des sinistrés à Port au Prince, Petit Goâve et dans la Grande Anse.



> 700 000 personnes sont sans abri à Port au Prince

Installés dans plus de 400 campements d'hébergement où les conditions de vie relèvent de la survie, les sinistrés qui s'y entassent sont encore aujourd'hui très vulnérables : accès limité à l'assainissement, à l'eau et à la nourriture.
3 mois après le séisme, Médecins du Monde dispense toujours quotidiennement des soins gratuits dans 8 quartiers de Port au Prince particulièrement affectés par le tremblement de terre, au sein de dispensaires couvrant le camp d'hébergement et ses environs soit entre 10 à 15 000 personnes.


Sous les grandes tentes installées au coeur des camps, chaque équipe d'une dizaine de personnes, tous Haïtiens, assurent chaque jour

  • Des consultations de médecine générale :Plus de 5 500consultations de santé de base sont réalisées chaque semaine
  • Des vaccinations pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.
  • Le dépistage de la malnutrition dans 7 des dispensaires. Celle-ci touche de nombreux enfants, pour beaucoup il s'agit d'une aggravation d'une situation antérieure au séisme.
  • Un volet de santé reproductive (planning familial, consultations gynécologiques, consultations pré et post natales) qui concerne près de 20% des consultations



> FoK Nou Pale ! (il faut parler !)


Une équipe d'une cinquantaine de travailleurs communautaires, tous Haïtiens, se rendent chaque jour dans un ou deux camps. Ils font le lien entre les sites de regroupement et les structures de soins et animent des ateliers de jeux pour les enfants mais aussi des entretiens et des groupes de parole pour les adultes.
8 crieurs sillonnent les camps et ses alentours , équipés de mégaphones et d'affiches pour informer la population de l'existence de ces cliniques gratuites L'occasion également de faire passer des messages de prévention sur l'hygiène, les contraceptifs mais aussi sur les violences et le soutien psychosocial.


FoK Nou Pale ! En créole « il faut parler !, ça fait du bien, venez nous voir dans les cliniques », répète sans cesse Magna. Munie de son mégaphone, elle se fraye difficilement un chemin entre les tentes. « Ne négligez pas votre santé ! Les cliniques MdM ne sont pas que pour les blessés mais pour tout le monde, fille et garçon, petits et grands, et pour les femmes enceintes aussi ! »


La population haïtienne est et sera durablement affectée. A chaque réplique ressurgissent la peur, les insomnies et les crises d'angoisses. Le tremblement de terre a également révélé d'importantes psychoses, surtout chez les adolescents. Après 3 mois, certains cas relèvent aujourd'hui de la psychiatrie, or les structures de prise en charge sont quasi inexistantes en ce moment.


> La recrudescence des cas de violences sexuelles


« Dans les hôpitaux comme dans les camps, nous accueillons de plus de plus de victimes de violence souvent très jeunes, entre 2 et 24 ans » explique Marion De Saint Blancart, référente du programme psychosocial. « La grande promiscuité qui règne dans les camps, la précarité des conditions de vie, les latrines souvent isolées sont autant de risques pour les femmes et les fillettes, population particulièrement vulnérables en situation de crise . »

Face à ce risque accru, les soignants sont appelés à être particulièrement vigilants lors de leurs consultations. Les victimes sont référées et accompagnées rapidement (avant 72h) vers un des trois hôpitaux partenaires, qui disposent du protocole de prise en charge (pilule du lendemain, traitement post-exposition au VIH, IST, etc.). MdM y assure l'approvisionnement des médicaments et la supervision des soignants qui prennent en charge les victimes.


> Un exode massif : 600 000 déplacés dont 120 000 à Grande Anse


Au sud-ouest de l'île, le département de la Grande Anse a accueilli en moins de 3 mois plus de 120 000 personnes pour une population initiale d'environ 400 000 habitants. Les déplacés ont trouvé refuge dans leur famille. « La pression sur les familles d'accueil est énorme car elles ne reçoivent plus le soutien financier envoyé par les membres de leurs familles qui travaillaient à Port au Prince et, d'autre part, elles doivent nourrir plus de personnes », souligne Thérèse Benoit, membre du programme de MdM à Grande Anse.
Souvent importés de Port au Prince, beaucoup de produits de première nécessité se sont raréfiés et ont vu leurs prix augmenter. « Cette hausse des prix, conjuguée au nombre croissant de personnes à nourrir, nous font craindre une aggravation de la malnutrition en particulier chez les enfants », explique Jean Kith Dely, responsable des programmes dans la Grande Anse. « Dans chaque centre, nous dépistons donc systématiquement tous les enfants de 6 mois à 5 ans » : aujourd'hui, MdM propose des soins gratuits dans 10 centres de santé du département. Parallèlement, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 13 petits villages du département.



> (Re)construire le système de santé en privilégiant la gratuité


« La mobilisation des bailleurs internationaux doit permettre de reconstruire un système de santé plus équitable » explique Ernesto Bafile, coordinateur du programme « il est indispensable de rendre ces services de santé accessibles financièrement à l'ensemble de la population »

Or, le système payant (le patient devait payer les consultations, médicaments et analyses) qui prévalait avant le séisme excluait la moitié de la population du système de soins.

Suite au séisme, le gouvernement haïtien a décrété la gratuité des soins pour tous pendant 3 mois. Ce décret devrait prendre fin le 12 avril, une éventuelle reconduction est en cours de débat. Mais un abandon trop rapide de cette mesure risque de priver de nouveau d'un accès aux soins une grande partie de la population.

Les ressources financières nécessaires au fonctionnement des structures de santé doivent aujourd'hui être assurées par la communauté internationale. Les 10 milliards de dollars d'aide promis par la communauté internationale lors de la conférence de New York, le 31 mars dernier, doivent notamment permettre de financer et de mettre en ouvre cette politique de gratuité.


Médecins du Monde appelle à prolonger la gratuité des soins, au moins, dans un premier temps, pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.


> La collecte et les fonds dépensés


MdM - France a collecté 5,8 millions d'euros

  • Dons privés : 5, 20 millions
  • Subventions publiques : 660 000 euros dont 300 000 d'ECHO (Service d'aide humanitaire de la Commission Européenne)

Plus de 2 millions d'euros ont été dépensés par Médecins du Monde France sur la première phase d'urgence en moins de trois mois, sommes qui atteindra vraisemblablement 5 millions d'euros pour l'année 2010. L'association, présente en Haïti depuis plus de 20 ans est engagée pour plusieurs années dans la reconstruction de l'accès aux soins en Haïti.
A ce jour, le réseau international de Médecins du Monde a reçu au total 10,8 millions d'euros.