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Portfolio

Portfolio

 

« Pourquoi dessiner quand il est tellement plus facile de photographier ? On dit prendre une photo, on ne dit pas prendre un dessin. Au verbe prendre, je préfère celui de comprendre ».

Auteur et illustrateur, Rémi Courgeon dessine Haïti et les Haïtiens pour Médecins du Monde.


© Rémi Courgeon

Lovely et Louis

Après le 12 janvier, lorsqu’il a fallu reloger les familles dont les maisons étaient endommagées, les enfants petits sont restés avec leurs parents, les adolescents ont été abrités dans des tentes, parfois assez éloignées de leur famille. D’où une flambée de naissances chez les toutes jeunes filles, à peine sorties de l’enfance. Lovely n’était sûrement pas bien vieille quand Louis est né. Elle a passé plus d’une heure à me regarder tracer, et je sentais bien qu’elle ne partirait que lorsque j’aurais dessiné son bébé.


© Rémi Courgeon



Dona et Vénèse

 Ils posent bravement devant leur petit dispensaire. Ils sont prêts. Le choléra n’a qu’a bien se tenir



© Rémi Courgeon

Marie

Marie m’accueille dans sa petite tente du centre de traitement du choléra. Avant d’entrer je javellise mes mains. Le paillasson imbibé de chlore fait floc floc sous mes pieds. Obligatoire. En princesse, elle me fait visiter ses neuf mètres carrés, luxe de propreté au bord d’une décharge. Un seul lit de camp. Vide. Elle soulève les couvercles des bassines comme si elle m’avait preparé des petits plats. Je hoche la tête et lui demande ce que c’était, ce grand bâtiment démoli, là-bas. Elle me répond en Créole. Je comprends à moitié : c’était une université, une école d’architecture.
 Elle y travaillait.

Dans ses yeux, je vois les étudiants, l’animation, le savoir, les espoirs d’avenir. J’y vois les regrets. Elle pose, tranquillement assise sur ce bel escalier qui ne mène plus à rien. Quand j’ai fini, elle repart en souriant, aujourd’hui c’est relâche, elle n’a aucun patient.


Deux frères

 à la sortie de Grand-Goâve s’étend une large place où des tentes sont alignées. Un terrain de sport réquisitionné, comme partout où le séisme a frappé. Nous y avons rencontré deux frères qui ont vécu le même drame. Ils ont passé quarante huit heures sous les décombres, blessés, avant qu’on ne les en sorte. Les yeux de l’ainé sont deux trous noirs dans lesquels la peur se cache encore aujourd’hui. Les yeux du plus jeune ne demandent qu’à rire.

© Rémi Courgeon



Le cimetière

A Dano,le petit cimetière n’a pas été épargné par le tremblement de terre. Les morts y ont été secoués tout autant que les vivants. Ici, la cohabitation entre les deux mondes est très présente, Dano est une region où les rites Vaudou sont profondément enracinés. Les mausolées qu’on a construits pour abriter les corps des victimes sont souvent plus solides que les maisons des survivants. J’ai terminé le dessin entouré d’une ribambelle de gamins excités, qui n’avaient pas du tout des têtes de zombies.

© Rémi Courgeon

December 2011

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