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Exemples de déterminants socioculturels de la santé 

Exemples de déterminants socioculturels de la santé

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Les exemples de déterminants socioculturels qui suivent montrent que les dimensions sociale et culturelle sont fortement imbriquées et qu’il faut se garder de schématiser. Mais dans leur variété, ces exemples peuvent servir de leviers sur lesquels s’appuyer afin de se poser les bonnes questions dans la large palette de programmes déployée par Médecins du Monde. Ainsi :

 

- la représentation de la maladie et de ses causes influence l’itinéraire thérapeutique. Les maladies (convulsions, délires, folies) attribuées à des facteurs surnaturels, à la transgression d’un tabou ou au mauvais sort (stérilité, avortement, cancer du sein) seront traitées par la médecine traditionnelle. Ainsi, en Haïti, c’est le Hougan, soigneur traditionnel, qui détermine si la maladie du patient est due à des causes naturelles ou spirituelles. C’est lui qui l’oriente ensuite vers un système de soins ou un autre. Les équipes qui travaillent là-bas se sont rendu compte que la figure du Hougan était un intermédiaire incontournable pour eux.

- le savoir profane sur la santé, les pratiques traditionnelles de la médecine nourrissent un imaginaire médical singulier et peuvent entraver l’efficacité des soins. Ainsi, dans un programme en Amérique Latine, des antibiotiques prescrits étaient très rarement pris car pour les populations locales ces médicaments inconnus, en tuant le microbe, enferment l'esprit de la maladie à l'intérieur du corps. C’est la connaissance de cette représentation de la maladie qui a permis aux soignants d’adapter leur discours lors de la prescription afin de rendre acceptable la prise d’antibiotiques. De la même façon, l’opinion qui a encore largement cours même en Occident selon laquelle un bébé enveloppé est un bébé en bonne santé montre bien également qu’il est nécessaire de dépasser certaines croyances.

- la société, le groupe, l’environnement familial autour du malade jouent souvent un rôle clé dans les décisions concernant l’itinéraire thérapeutique, au-delà des motivations et des résistances individuelles du patient : les jeunes mamans ne changeront pas l'alimentation de l'enfant si cela implique d’aller à l’encontre des principes édictés par leur mère ou belle-mère. Et quand ce n'est pas le pouvoir des aînés qui s’oppose à certaines innovations, il reste la crainte de se marginaliser en suivant l’action proposée (par exemple : « que va penser ma mère si je prends le préservatif que l'on me donne gratuitement ? »).

C’est là qu’il faut rappeler qu’en société, certaines maladies sont affrontées par le patient seul (comme dans le cas des MST) et que d’autres engagent des liens de solidarité comme les troubles de la fécondité. Certaines maladies ne requièrent qu’un traitement, d’autres, plus stigmatisantes, mettent en jeu l’identité du malade. 

En savoir plus sur les diagnostic socioculturels à travers une grille établie dans un contexte local (questions générales et spécifiques à un programme de lutte contre les violences faites au genre).

 

Exemples de déterminants socioculturels

 

- les principes religieux (interdits alimentaires, prescriptions sexuelles...) ont une forte incidence sur l’issue des campagnes de prévention ; certains messages en santé materno-infantile vont à l'encontre des interdits alimentaires, à l’instar de croyances diffuses dans certains pays d’Afrique de l’ouest qui considèrent qu’une femme enceinte ne doit pas manger de viande rouge pour éviter l’hémorragie à l’accouchement, ni de bananes pour ne pas « avoir d’enfant mou »…

- la langue et le langage: les mots utilisés pour parler de la maladie, la compréhension des messages, l’introduction de mots nouveaux sans possibilité de traduction nous montrent que la langue est aussi un déterminant culturel de premier ordre dans l’accès aux soins. Combien de dialectes sont-ils capables de donner une traduction à « asepsie » ?

 

- l’usage d’une langue commune ne signifie pas non plus « parler le même langage » ; Même en situation de traduction ou de langue commune, comment un soignant peut-il interpréter, « j’ai mal à l’extérieur mais pas à l’intérieur » ?

- les qualités de la relation soignant-soigné - autrement dit la communication, l’écoute, l’accueil - sont fondamentales dans le processus de soin, déterminantes dans la confiance et dans le sentiment d’efficacité accordés ou non au soignant. 

- d’autres déterminants socioculturels comme la concurrence dans l'offre de soin (le pluralisme médical) ou les nouveaux enjeux économiques, sociaux, politiques générés par les projets sont à prendre en compte comme autant d’éléments incontournables à la définition de notre démarche.

 

 

December 2011

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