Tanzanie, SIDA, faire reculer la pandémie
Vers un accès aux traitements pour tous
VIH/SIDA / Depuis quinze ans, MdM lutte contre le VIH dans l’une des régions les plus touchées du monde. Depuis 2004, l’accès aux traitements a changé la prise en charge. Désormais, c’est le développement des activités dans les zones reculées qui devient l’enjeu essentiel.
Dès huit heures, dans une salle d’attente comble, hommes, femmes et enfants séropositifs attendent leur médecin. Le vaste hôpital de Bukoba, dans la région de Kagera, intègre toutes les activités de lutte contre le sida, pour combattre efficacement la pandémie. En son sein, un service consacré aux trithérapies accueille 80 à 120 patients par jour.
REGAIN D’ESPOIR GRÂCE AUX TRITHÉRAPIES
Depuis 2004, MdM propose des antirétroviraux aux femmes enceintes et à leurs enfants ainsi qu’à tous les patients dont la vie est mise en danger à court terme par l’évolution de la maladie. La rénovation de l’hôpital et la formation de l’équipe locale aux trithérapies permettent aujourd’hui à 2 000 des 4 300 patients inscrits d’être sous ARV contre 300 des 700 séropositifs enregistrés en 2004. « 95% de nos patients sont vivants alors que 50 % d’entre eux auraient dû décéder » souligne le docteur Aristide Billy, coordinateur des programmes de MdM. En outre, « nous ne perdons de vue que 10 % de nos patients, le taux d’observance des traitements est donc très élevé», poursuit-il. En effet, durant six mois, les médecins reçoivent chaque mois les nouveaux patients pour s’assurer que la combinaison d’ARV choisie est efficace. Associer plusieurs médicaments réduit les risques de résistance et les effets secondaires, principalement des réactions cutanées, des vomissements et des maux de tête. Ainsi, Lugeyam, 7 ans perdu dans une chemise trop grande pour lui, souffre d’une irritation capillaire, en réaction à son traitement. Le médecin en modifie la combinaison et ausculte ce petit garçon qui, en un an, est passé de 16 à 20 kilos et a pu retourner à l’école. Les trithérapies améliorent sensiblement l’espérance et la qualité de vie des malades qui retrouvent la force de travailler et de reprendre une vie sociale. Avant l’arrivée des ARV, Jérôme Mujaki, coordinateur médical du programme se souvient que « les patients pesaient à peine 40 kilos et étaient tellement faibles qu’ils ne pouvaient pas marcher. Apprendre sa séropositivité, c’était comme une condamnation à mort. Aujourd’hui il y a de l’espoir. » Fin 2008, MdM transfèrera ce programme à l’hôpital pour se concentrer sur la décentralisation de la prise en charge du sida.
AU PLUS PROCHE DES POPULATIONS RURALES
Il faut plus de cinq heures de route chaotique pour atteindre le de Ngara, au sud de la région de Kagera. Sur la piste de terre rouge, qui longe les frontières du Burundi et du Rwanda, beaucoup de vélos et de marcheurs mais peu de transports en commun pour effectuer ce long trajet. « La distance géographique et le coût du trajet placent les soins hors de portée de la majorité des malades et constituent une barrière au suivi des traitements », estime Aristide Billy. L’association renforce les programmes de lutte contre le sida développés par les quatre hôpitaux de district incluant prévention, dépistage, trithérapies et prévention de la transmission mère-enfant (PTME). À l’hôpital du district de Chato, ces différents services sont intégrés dans le parcours médical des femmes enceintes. « Le dépistage VIH est proposé pendant
les consultations de soins de santé primaire, au même titre que celui de la malaria ou de la malnutrition », explique Zaina Moussa, agent de santé. Destigmatisé, le dépistage est désormais accepté par 100 % des femmes. MdM soutient aussi l’extension de ces services à 28 centres de santé et dispensaires des districts de Ngara, Biharamulo et Chato. « Décentraliser les activités est la meilleure solution pour garantir l’accessibilité des traitements aux populations les plus reculées et décongestionner les hôpitaux surchargés et souffrant d’une grave pénurie de personnel soignant », souligne Christopher Kanyankole, en charge des traitements ARV à l’hôpital de Ngara. À plus de 40 km de l’hôpital du district de Ngara, au
dispensaire de Kabamga, seules deux soignantes assurent les soins de base de plus de 11 000 personnes. « Jusqu’alors, si une personne était séropositive, nous la référions vers l’hôpital du district » mais d’ici à quelques semaines, un service de PTME débutera et, à terme, les traitements seront disponibles dans ces centres, situés au cœur des communautés.
FLORENCE PRIOLET
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… NOTRE ACTION
1992
2000
2004
2007 |
La région de Kagera est tristement célèbre pour avoir vu apparaître les premiers cas de sida en Tanzanie. Bukoba, sa capitale, détenait en 1992, le taux de séroprévalence le plus élevé: un adulte sur quatre était infecté. Aujourd’hui, ce taux est de 5,8%. En chiffres
1,7 million de personnes vivent avec le VIH en Tanzanie sur une population totale de 39,5 millions habitants. |
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Photos Olivier Dubuquoy
Assurer la relève
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Tanzanie faire reculer la pandémie de SIDA,
Photos : Olivier Dubuquoy
Décembre 2007 - Extrait du "Journal destiné au donateur n° 89"