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Journal des donateurs   Liban : Comment vivre l'après guerre ?

Couverture du Journal des donateurs n°85

SOMMAIRE

N° 85 décembre 2006

Missions
- RDC/Reconstruire la santé là où tout manque
- Mali/Chirurgie, l'espoir des femmes victimes de fistules
- Éthiopie/Former pour soigner
- Territoires palestiniens/ Gaza : agir et faire réagir
- France/Moins de risques en milieu festif
- France/Briser l'isolement des enfants hospitalisés
En bref/Les actions MdM en France et à l'étranger
DOSSIER
L'enfance dans la rue
Carte sur table
Parlons-nous
le même langage ?

En quelque jours, un quart de la population libanaise a été contrainte de fuir les bombardements. Après le cessez-le-feu conclut à la mi-août, elle a retrouvé des villages et des quartiers dévasté, ou tout est a reconstruire, notamment le système de santé. - Reportage de Philippe Granjon et Elisabeth Rull.

Rencontre avec Mwayila Tshiyembe, professeur à l'université de Lubumbashi, de Kisangani et de Paris XII, directeur de l'Institut Panafricain de Géopolitique de Nancy.

Que pensez-vous de l'action de Joseph Kabila, à la tête du pays après l'assassinat de son père en 2001 ?
Les faits prouvent que le président Joseph Kabila a participé au processus démocratique. Ils attestent de sa bonne foi, de sa faculté à s'ouvrir et à considérer qu'il ne suffit pas d'exercer le pouvoir tout seul. Sa propre contribution montre sa recherche de la paix, avec le concours des autres belligérants qui ont accepté le pacte conclu afin que le pays puisse sortir de la violence. Aujourd'hui, la paix civile doit être confortée, c'est-à-dire en collaboration avec l'armée républicaine, la police et toutes les forces qui assurent la sécurité. Or, malheureusement, tous les efforts conjugués jusqu'à présent pour obtenir une véritable armée n'ont pas abouti. Je crois que l'on ne pourra avoir une véritable armée qu'après la transition. Elle devra être distincte des hommes et des femmes qui en ont la charge et assurer la sécurité des personnes et des biens, protéger les institutions et garantir l'indépendance de la RDC.

Est-ce que les Congolais peuvent avoir confiance en leurs politiques ?
Le dialogue entre les Congolais, le gouvernement de transition, et les élections présidentielles, législatives et provinciales prouvent que le processus démocratique est en cours. Toutes les parties souhaitent la même chose : le bien du pays, la relance économique vigoureuse, la fin de la misère, l'instauration de l'Etat de droit et la suppression de l'immunité. Maintenant, il reste à voir ce qui va se passer concrètement après le second tour de l'élection présidentielle. Le renouvellement des générations, tant attendu, se produit puisque deux tiers des députés élus à la fin du mois de juillet n'avaient jusque-là exercé aucun mandat. Et les élections provinciales, communales, celles des villes et des villages, des chefferies ou des conseillers des chefferies vont encore accentuer ce processus. Il y a un renouvellement politique jusqu'au fin fond des villages de la RDC. On peut donc penser que ces nouvelles élites ou autorités vont s'engager irréversiblement dans la recherche du bien-être du pays. Il n'y a pas de doute à ce sujet.

Quelles sont les relations de la RDC avec les pays voisins, le Rwanda et l'Ouganda notamment ?
Depuis la crise rwandaise en 1994, la RDC a été un déversoir de tous les réfugiés qui fuyaient le Rwanda. Le président Mobutu a fait son devoir et c'est à l'honneur du pays d'avoir accueilli non seulement des Africains mais aussi des personnes qui partagent la même paternité avec les Congolais, beaucoup appartiennent à telle communauté ou telle ethnie du pays. À cela, s'est ajouté le problème de la rébellion qui a conduit au renversement du régime de Mobutu en 1997. Les réfugiés restent en RDC parce qu'ils craignent pour leur vie. Certains sont assimilés aux génocidaires mais tous ne le sont pas, compte tenu de ce que l'on peut savoir aujourd'hui. Le nouveau gouvernement rwandais a pratiquement la situation du pays en main. On peut donc espérer que ces réfugiés, qui vivent encore dans la brousse congolaise, soient bientôt en mesure de rentrer chez eux. La Constitution de la RDC fait de ce pays un Etat de droit. Il va donc falloir que les procédures de droit humanitaire soient appliquées, que l'on soit capable de demander aux réfugiés volontaires de rentrer, et que le gouvernement rwandais garantisse les conditions de ce retour. Dans le cas contraire, il faut, que le gouvernement congolais ou le gouvernement d'un autre Etat, leur donne l'asile. Les réfugiés peuvent rester en RDC mais ils doivent être éloignés du Rwanda pour éviter les chicaneries et les crises perpétuelles qui sont liées à leur présence. L'Ouganda quant à lui a envahi la RDC sous prétexte que les réfugiés ougandais et l'Armée de Résistance du Seigneur de Joseph Kony s'y trouvaient. Aujourd'hui, l'Ouganda est en train de crever son abcès avec la rébellion de Joseph Kony. Si les discussions en cours au Sud-Soudan aboutissent, l'Armée de Résistance du Seigneur appartiendra à l'Histoire. Ainsi, on pourrait mettre fin à la querelle de ces rébellions qui étaient à cheval entre les deux pays.
En conséquence, les perspectives de paix sont plus ouvertes aujourd'hui qu'hier. La plupart des gouvernements ont été élus démocratiquement donc on peut compter sur le fait que l'esprit de loi va s'imposer, que les discussions vont s'engager sans recourir à la violence afin de traiter le sort des réfugiés conformément au droit humanitaire. Ces pays, partageant les mêmes populations, sont amenés à avoir une certaine visibilité commune pour assurer la co-prospérité et la sécurité des personnes et des biens, ce qui améliorerait la situation de l'ensemble de la région.

Pouvez-vous préciser le contexte de la géopolitique régionale ?
La crise des Grands Lacs a replongé l'ensemble de ces pays dans une sorte d'entonnoir : aucun Etat ne peut s'en sortir sans compter sur l'autre, en termes positifs s'il y a une construction régionale ou en termes négatifs si l'on subit les conséquences de la violence du voisin. Il y a aussi le Golfe de Guinée (RDC, Angola, Congo Brazzaville, Gabon, Cameroun, Nigeria) qui polarise la quasi-totalité des ressources pétrolières connues. Il existe donc là une conjonction d'intérêts, de la part de la communauté internationale et des Américains qui souhaitent diversifier les ressources d'approvisionnement du Moyen-Orient, et de la part des pays de la région eux-mêmes.
Après les violences et les génocides, le temps est peut-être venu, maintenant, pour ces Etats de regarder dans la même direction, c'est-à-dire de rechercher la prospérité de leur peuple, en attendant bien sûr le résultat des élections législatives et présidentielles en Angola l'année prochaine.

Propos recueillis par
Ariane Silvestri en octobre 2006