Communiqué de presse Sida : Médecins du Monde dénonce les violences faites aux femmes
Paris, le 25 Novembre 2004
1er décembre, Journée internationale de lutte contre le sida :
Médecins du Monde dénonce la violence sexuelle faite aux femmes
L'annonce des derniers chiffres publiés par ONUSIDA vient confirmer le constat accablant de nombreux acteurs sur le terrain: 20 ans après son apparition, l'épidémie, loin de reculer, est en progression partout dans le monde.
L'un des facteurs principaux de cette progression tient à l'hyper-vulnérabilité des femmes et des filles, à la violence sexuelle, à l'inégalité des genres. La discrimination est particulièrement forte pour les femmes contaminées, fragilisées et marginalisées même dans leur propre famille.
Alors que le thème de la journée internationale de lutte contre le sida est cette année " Femmes, filles, VIH et sida ", la question de la violence sexuelle et des inégalités subies par les femmes n'est toujours pas traitée de façon appropriée par les communautés et les décideurs politiques. La question doit être inscrite en tête de leur agenda politique. Les victimes doivent être non seulement soignées mais aussi défendues, en luttant contre la stigmatisation et les discriminations dont elles font l'objet.
D'un point de vue juridique, les violences sexuelles constituent une atteinte à la dignité et à l'intégrité physique de la personne. Le viol est d'ailleurs considéré comme un crime international par la Cour pénale internationale. Utilisé de plus en plus à des fins stratégiques, le viol est aujourd'hui une véritable arme de guerre qui n'épargne pas les enfants.
Médecins du Monde France mène 15 programmes sida en Afrique, Asie, et Amérique Latine ainsi que 2 programmes de réduction des risques en Chine et en Serbie.
En RDC à Goma (prévention et soins sur une zone de conflits et de déplacements), en Tanzanie et en Ethiopie (réduction de la transmission mère-enfant et accès aux soins et aux antiretroviraux), en Birmanie (prostituées) au Vietnam (femmes et enfants dans la rue) et au Cambodge(accès aux anti rétroviraux), Médecins du Monde aide, soutient et soigne des femmes et des filles victimes de la violence sexuelle et de ses conséquences infectieuses.
Témoignages
RDC : Marie Donatienne, 30 ans
" Une nuit d'avril 2003,alors que j'étais à la maison avec mon mari et mes cinq enfants, les Interahamwe ont frappé à la porte. Ils m'ont montrée du doigt en m'accusant d'être une Tutsie. Ils nous ont tabassés puis ils ont ligoté mon mari. Sous ses yeux, deux hommes sont passés sur moi. Au troisième, j'ai commencé à saigner. Ma fille de neuf ans aussi a été violée. Après j'ai perdu 30 kg. Mon mari nous a rejetées. Il disait qu'ils auraient mieux fait de nous tuer. " Ayant contracté une maladie sexuellement transmissible suite à son viol, Marie Donatienne a été la première patiente à bénéficier des consultations gratuites mises en place par Médecins du Monde à Goma. Afin de soutenir d'autres femmes violées, comme elle, Marie Donatienne a créé une association locale.
Birmanie : Saw,18 ans
" Je suis née à Myitkyina, dans l'état du Kachin. J'ai eu 10 frères et surs mais 4 d'entre eux sont morts en bas âge. Ma famille a éclaté lorsque mon père est parti travailler dans les mines de jade. Le manque d'argent pour nourrir mes frères et surs plus jeunes m'a poussé vers la prostitution. Je travaille toute la journée dans une Liquor Shop. Les clients sont parfois violents surtout quand ils ont bu de l'alcool ou se sont injectés de la drogue ; ce sont ceux là qui refusent de mettre un préservatif. C'est au centre d'accueil de jour de Médecins du Monde à Myitkyina que j'ai eu une première session d'information sur le VIH et les IST. J'ai aussi participé à l'atelier " d'estime de soi " qui me permet doucement de sortir de cette idée très négative que j'avais de moi-même. "
Tanzanie : Rosemary, 36 ans
" Dès le début de ma grossesse, je suis venue à la clinique pour savoir si j'étais malade et être aidée si tel était le cas. Ma famille, rapidement informée de ma maladie, a mal réagi. Le sida les met mal à l'aise. Je connais des femmes probablement malades qui ne veulent pas se faire dépister, par peur d'être rejetées. En plus, quand on découvre sa séropositivité, on perd la raison mais les docteurs ici sont merveilleux. Ils m'aident à vivre et sont pour moi un réel espoir. A présent, j'essaie de donner l'exemple, de conseiller les femmes pour aider à faire changer les mentalités. "
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