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Communiqué de presse   8 mars, Journée de la femme - Pakistan : soutenir les femmes victimes de violences domestiques


Au Pakistan, le gouvernement a crée des refuges accueillant les femmes victimes de violences domestiques. Médecins du Monde intervient dans trois de ces refuges, dans la province du Punjab.

Les femmes prises pour cibles

Le Pakistan, pays de 150 millions d'habitants, se classe au 138ème rang en terme de développement humain. La situation est particulièrement difficile pour les femmes : le taux d'alphabétisation des femmes est toujours bien inférieur à celui des hommes (27,9% pour les femmes contre 57,5% chez les hommes).

En outre 80% des foyers pakistanais, les femmes souffriraient de violence domestique, qu'elle soit physique, sexuelle ou psychologique. Au cours de la seule année 2004, on dénombre officiellement 1 250 femmes tuées au nom de l'honneur. Chaque année, dans la seule province du Punjab, où Médecins du Monde intervient, des centaines de femmes sont brûlées par le feu ou l'acide.

Pour autant, il faut noter la forte mobilisation de la société civile, notamment de certaines femmes éduquées, indépendantes, ouvertes sur le monde et qui se battent sans relâche pour faire avancer leur cause.

De l'aide médicale au soutien juridique

Fuyant violences ou mariages forcés, certaines femmes viennent chercher de l'aide dans des refuges (Dar-ul-Aman) crées et gérés par le gouvernement pakistanais.

En partenariat avec le Ministère des affaires sociales et des ONG locales, MdM a initié, en septembre 2004 un programme de soutien aux femmes victimes de violence familiale dans le Dar-ul-Aman de Sargodha et depuis septembre 2005, dans 3 Dar-ul-Aman du Punjab, à Lahore, Gujranwala et Faisalabad.

Le programme de MDM prévoit une prise en charge globale de ces femmes : aide médicale et soutien psychologique, mais aussi une aide juridique. Des cessions de sensibilisation à l'hygiène et des formations pratiques sont mises en place pour aider à leur réinsertion socio-économique.

L'association organise également des sessions de théâtre thérapeutique interactif au cours desquelles les résidentes des Dar-ul-Aman jouent leur propre histoire devant les autres femmes, le personnel pakistanais des refuges et les autorités locales. La mission propose également aux enfants des soins, un volet éducatif et des activités récréatives.

Les équipes de MdM développent enfin des actions de mobilisation, de sensibilisation et de formation du personnel des refuges, des autres institutions du Punjab et des cadres gouvernementaux, en collaboration avec la société civile dont l'implication conditionne la réussite de ce projet au delà de notre présence.

Témoignages :

« J'ai 19 ans. Je suis la 8ème d'une grande famille. Quand j'étais âgée de 17 ans, mon frère aîné m'a violée, je suis tombée enceinte et j'ai dû avorter. Il avait auparavant fait subir la même chose à ma grande sœur. Personne, y compris mes parents ne prenaient ce crime au sérieux.

J'ai cependant continué mes études, et alors que j'étais en dernière année du lycée, un ami de mon frère, A. a commencé à s'intéresser à moi. Quand il m'a proposé de se marier avec moi, j'ai dû refuser car je savais que ce n'était pas possible. Nous avons alors pris la décision de fuir pour aller nous marier. Mes parents ont rapidement appris que je m'étais enfuie avec A. Ils ont donc porté plainte contre lui pour kidnapping. 15 jours après notre fuite, mon père et mes frères, accompagnés de la police, sont apparus à la maison où nous vivions. Ils m'ont arrêtée et emmenée au poste de police. Heureusement pour A., il n'était pas présent au domicile à ce moment là, il a appris la nouvelle et a dû s'enfuir une nouvelle fois pour protéger sa vie.

La police et ma famille m'ont alors frappé violemment pour que je porte plainte contre A pour enlèvement, ce que j'ai fini par faire à contrecœur. Les parents d'A. ont aussi été arrêtés et mis en prison.

Une fois devant le juge, je ne pouvais plus et ne voulais plus continuer à mentir, j'avais suivi A. parce que je l'aimais, que je voulais me marier avec lui, ni lui, ni personne ne m'avait forcé. Je savais aussi que si je retournais dans ma famille, ils me tueraient. J'ai alors demandé au juge qu'il m'envoie dans un refuge pour femme pour être protégée de ma famille et aussi car je n'avais nulle part ailleurs où me réfugier.

Je n'ai jamais pu revoir A. Ma famille a porté plainte contre lui pour adultère. Mon frère, celui qui m'a violé étant plus jeune, m'a dit qu'il me tuerait, à n'importe quel prix.

Je vis dans le refuge depuis 5 mois maintenant ».

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« J'ai 22 ans, je suis illettrée, je viens de la campagne où je travaillais dans les plantations. Ma mère est morte il y a quelques années, je vivais donc avec mon père et mes 3 frères. Mon père ne travaillait pas, il passait ses journées à boire, se droguer et à rester assis au village avec ses amis à ne rien faire. Quand il rentrait à la maison, il me frappait avec une barre de fer. Mes frères aussi avaient l'habitude de me frapper et de m'insulter.

J'ai également une sœur qui s'est mariée. Mais mon père voulait la vendre à un autre homme, alors il a tué son mari par empoisonnement.

A l'âge de 14 ans, j'ai été marié à mon cousin de force et en échange d'argent pour mon père. J'ai du quitter ma maison pour m'installer dans la famille de mon mari. Celui-ci ne me donnait jamais d'argent pour les frais domestiques. Pour je ne sais quelle raison, ma belle-mère a commencé à remonter mon mari contre moi, il a donc commencé à me maltraiter et à me priver de nourriture pendant plusieurs jours. Cette situation, je l'ai accepté et toléré pendant plusieurs années jusqu'à ce qu'un jour, mon mari me dise que je ne valais pas plus qu'une chaussure à son pied, et qu'il pouvait me jeter et me changer quand bon lui semblait. J'ai alors pris la décision de demander le divorce et suis repartie vivre dans la maison de mon père avec mes deux filles, où j'y ai passé deux ans. Un soir, j'ai surpris une discussion entre mon père et mon frère, ils étaient en train de mettre au point un plan pour me vendre en échange de 75000 Roupies (1100 Euros) à une personne bien plus âgée que moi. Ne pouvant plus subir cette violence morale et physique, j'ai décidé de fuir pendant la nuit. J'ai obtenu rapidement l'autorisation du juge pour être envoyée dans un refuge pour femme. J'ai dû fuir en laissant derrière moi mes deux filles, je sais que si je ne fais pas tout pour les récupérer au plus vite, mon père les vendra elles aussi.

Je vis dans le centre pour femmes depuis 5 mois maintenant mais j'ai peur d'en sortir car mon père et mon frère m'ont à plusieurs reprises menacé de mort. Je ne veux pas retourner vivre avec eux, je ne veux plus subir cette violence, je veux juste vivre seule, récupérer mes deux filles et trouver un travail. Malgré toutes les difficultés, j'ai confiance en l'avenir et ferai tout pour enfin vivre heureuse ».

Contact Presse :

Florence Priolet / Annabelle Quenet

Tél : 01 44 92 14 31 / 14.32

http://www.medecinsdumonde.org