Urgence Tchad
La situation au Tchad s'est brutalement détériorée début février 2008, avec l'offensive éclair menée par les mouvements rebelles contre la capitale N'Djamena et le régime d'Idriss Deby. De nombreux Tchadiens ont fui le conflit vers Kousseri, ville au nord du Cameroun. MdM y est présent depuis le 10 février.
Les réfugiés sont répartis entre le camp de Madana (situé juste à côté du pont conduisant à N'Djamena), le camp Sétik (au centre de Kousseri) et dans des bâtiments vides de la ville.
Entre le 10 et le 12 février, notre équipe a effectué 267 consultations, et a dénoté que les pathologies majeures étaient surtout dues à la poussière, et non aux violences du conflit. Des distributions de vivres et de non-vivres ont été effectuées, ainsi que des consultations, vaccinations et soins primaires.
Depuis le 16 février, le HCR procède au transfert de réfugiés du camp de Madana au camp de Maltam, situé à 34 km de Kousseri.
Cette semaine (25-30 février), notre équipe évalue si les besoins en SSP sont suffisants pour les réfugiés de retour à N'Djamena, pour ceux qui restent à Kousseri, et constitue un stock logistique à Garoua en cas d'une nouvelle crise.
La situation politique à N'Djamena reste extrêmement volatile et tendue. La police tchadienne traque les sympathisants des rebelles. De nombreux réfugiés du Cameroun ont donc peur de rentrer.
TEMOIGNAGES
11 Février 2008.
Dès l’arrivée à Kousseri, après être passés à l’hôpital, nous nous rendons à la zone de transit de Madana, vaste espace situé à deux cent mètres du pont sur le Logone, poste frontière avec le Tchad et par lequel des milliers de personnes ont fui les combats. Elles sont agglutinées dans cet espace, au nombre d’environ trois mille, couchées à même le sol poussiéreux, femmes et enfants, sans tentes, sans nattes, sans provisions, sans eau. Evidemment nous sommes assaillis de revendications portant sur tout ce qui manque, c'est-à-dire tout. L’ambiance, sans être franchement agressive, est survoltée et je comprends le désespoir de ces gens à qui, à la minute, nous n’apportons rien.
Dans l’école, MSF Suisse consulte depuis hier. Nous leur rendons visite, ils sont débordés et souhaitent notre aide.
Nous décidons de l’emplacement de notre « clinique ». Dès la soirée la Sécurité Civile Française nous fournira deux grandes tentes et nous aidera à les installer.
12 février
Début des consultations. Chaque jour, pendant deux semaines nous examinerons et traiterons presque une centaine de patients. Plus de mille au total.
Les réfugiés ont reçu des bâches pour couvrir le sol, quelques distributions de couvertures, un réservoir d’eau a été installé et des latrines sont en cours de creusement.
Mais l’assistance est très réduite car le HCR ne veut pas que les réfugiés se fixent à Madana, trop près de la frontière. Dans quelques jours, après enregistrement, par convois de camions le HCR commencera à emmener les gens vers un camp bien installé, à une trentaine de kilomètres.
Mais les formalités sont longues, les Tchadiens attendent en files et de nouveau dans les camions, en plein soleil pendant des heures. Plusieurs personnes nous sont conduites, inanimées, sans pouls ni tension que nous devons perfuser !
19.février
Depuis quelques jours le vent souffle, soulevant une poussière impalpable qui obscurcit le ciel et recouvre tout. De très nombreuses personnes, adultes et enfants, qui dorment dehors sont victimes d’infections respiratoires. Nous-mêmes ne sommes pas épargnés et toute l’équipe, Expats et Tchadiens, tousse. Plusieurs ont de la fièvre. Les diarrhées, dues aux mauvaises conditions d’hygiène sont en recrudescence.
Plusieurs blessés lors des affrontements présentent des infections importantes et notre infirmière ne chôme pas !
23.février
Le camp se vide, les réfugiés sont conduits à Maltam. Cependant les nouveaux arrivants sont nombreux chaque jour, venant de N’Djamena et repartant parfois aussi vite. Il semble qu’un grand nombre de personnes veuillent se faire enregistrer comme réfugiés et profiter des aides sans aller dans le grand camp de Maltam pour autant.
D’ailleurs, si le nombre de consultations ne diminue pas vraiment, les pathologies se banalisent et tendent vers la « bobologie ». Apparente, car derrière ces petits maux se cache un psycho traumatisme généralisé et parfois sévère. Parfois certains commencent à « vider leur sac » et racontent les atrocités qu’ils ont vécu ou dont ils ont été témoins. Même les enfants.
Mars 2008
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