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Chirurgie et humanitaire

25 mars 2006 - 2 ème recontres chirurgicales. Cette journée, organisée au siège de Médecins du Monde, est née de cette exigence de partage des expériences. Elle est née de l'envie de trouver ensemble des réponses à tout ce questionnement qui préoccupe le chirurgien en déplacement.

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Mission Mali

CHIFFRES

Population: 12,9 millions d'habitants

Mortalité infantile : 117‰

Espérance de vie à la naissance : 53,1 ans
IDH : 0,380
PIB/habitant ($) : 1 033

Délégations internationales :
MdM Belgique

Population

Bénéficiaire: 2 600

Cible: 30 000

Personnel :

Local : 3

Sources de financement :

MdM, Aide de l’Eglise Norvégienne

Budget 2008 :
86 463 euros

Malgré un programme de réforme proposé par le chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, visant à renforcer économiquement le Mali et à promouvoir le secteur privé, ce pays figure parmi les plus pauvres du monde. Le manque d’accès aux soins demeure assez important et le taux de mortalité maternelle reste très élevé, notamment à cause des séquelles des fistules vésico-vaginales.


Former des chirurgiens maliens pour opérer les fistules

En décembre 2008 l'hopitak de Mopti assurera seul la prise en charge des malades

Encore aujourd’hui au Mali, 63% des femmes accouchent à domicile, avec pour conséquence l’exposition de nombreuses maliennes au risque de fistule. Une enquête menée par MdM, conduite dans la région de Mopti, indique que parmi les 2000 villages de la région, un village sur deux compte au moins une femme atteinte de fistule.

La fistule est une déchirure des tissus entre l’utérus, la vessie et /ou le rectum, qui survient chez la femme au cours de l'accouchement et qui aboutit à l’incontinence. Les urines, voire les selles, s’écoulent alors de manière incontrôlable. A cela s’ajoutent souvent des infections ou une difficulté à se déplacer.

AU-DELÀ DE L’ACTE CHIRURGICAL

Les douleurs sont non seulement physiques mais aussi morales. Ces femmes sont marginalisées, en raison de leurs « mauvaises odeurs », considérées comme impures et n’ont plus le droit de préparer les repas. Elles sont rejetées par leur mari, isolées et repoussées par leur famille et leur village.

Dans un pays comme le Mali, dépourvu de sécurité sociale, une telle situation est synonyme de pauvreté, de misère et d’abandon.

C'est pour permettre aux victimes de cette maladie de se faire soigner dans les meilleures dispositions psychologiques que MdM a adapté son projet en 2008.

Photo : Véronique Burger / Phanie


Les accouchements longs et difficiles peuvent provoquer des lésions entraînant des incontinences urinaires et/ou fécales. Les femmes atteintes de cette pathologie, qui se traite chirurgicalement, subissent souvent l’opprobre de leur entourage. MdM intervient à l’hôpital de Mopti pour former les chirurgiens à la technique de réparation des fistules vésico-vaginales. Le projet s’est étoffé d’un volet de prise en charge psychologique des patientes traitées à l’hôpital et a mis l'accent sur les activités de prévention.

Former les chirurgiens à la prise en charge des fistules vésicovaginales

Mopti

Les activités

Des entretiens d’accompagnement psychologique sont menés avec les femmes atteintes de fistules, avant et après l’intervention chirurgicale. Les frais de transport, de nourriture, les frais annexes de l’intervention sont pris en charge par le projet et une aide à la réinsertion des femmes opérées est proposée. Une formation continue se poursuit auprès des chirurgiens de l’hôpital. La mission de MdM vise également à sensibiliser la communauté au problème de la fistule vésico-vaginale, par des séances théâtrales, la diffusion de messages radio et des conférences dans l’ensemble de la région.

Les perspectives

Le projet va se poursuivre en 2009, un accent sera toujours mis sur l’accompagnement psychologique et la prévention/sensibilisation. L’équipe va s’étoffer, afin de faciliter l’identification dans les villages des femmes non soignées, et d’assurer un meilleur suivi des femmes de retour dans leur communauté après l’intervention. Le coût de l’intervention chirurgicale va être totalement pris en charge par MdM.

TEMOIGNAGES

Oumou Bella Boré, accompagnatrice psychologique MdM

« Mon travail consiste à accueillir chaque femme à son arrivée à l’hôpital, la recevoir en tête à tête pour lui expliquer ce qui lui arrive, la rassurer car souvent elle est effrayée. Beaucoup arrivent de la brousse, et n’ont jamais vu une grande ville comme Mopti, ce qui n’aide pas ! Je lui explique aussi les soins pré et post opératoires qu’elle va recevoir et comment se passe l’intervention chirurgicale afin qu’elle soit sereine. Pour moi, il s’agit d’établir une relation de confiance. Permettre à la femme de parler de sa vie avec la maladie. L’aider à extérioriser ses souffrances, ses craintes et surtout l’amener à exprimer un espoir, un projet d’avenir pour alléger sa souffrance psychologique. Petit à petit après deux, trois, quatre entretiens quelquefois, son attitude change. Triste, timide et renfermée au début, elle se relève, se tient plus droite, finit par nous regarder en face. Elle reprend confiance en elle.A sa sortie, je lui répète les consignes du médecin. On prend le temps ensemble de réexpliquer la maladie, ses causes et les moyens pour s’en prévenir. Je sais que si je fais bien ce travail là avec elle, elle pourra à son tour relayer l’information dans son village. Je vérifie aussi en l’écoutant me raconter son mois ici, qu’elle va bien ou tout au moins mieux. Le plus dur c’est de trouver les mots réconfortants pour celles qui ont été plusieurs fois opérées mais ne sont toujours pas guéries. C’est difficile mais c’est justement pour celles là qu’il faut redoubler d’effort. C’est elles qui en ont le plus besoin.Mais lorsque je vois les sourires, la joie des femmes qui quittent l’hôpital entièrement guéries c’est très encourageant. Quand je les regarde partir vers leur nouvelle vie, c’est une force qu’elles me donnent. »

Aliou Kassambara, animateur communautaire MdM

Aliou passe la majeure partie de son temps en brousse. Il va de village en village sur sa moto. Il arpente sans relâche les pistes poussiéreuses et caillouteuses qui relient les villages entre eux. «Dans la zone où je circule les chemins d'accès sont extrêmement difficiles, accidentés par des falaises ou inondés par le Niger. La plupart des villages sont à plus de 25 km des centres de santé, 40 ou 45 km parfois. Ma mission est de donner les explications les plus précises et claires sur la fistule, surtout dans les zones les plus reculées qui n’ont pas accès à l’information. Je m’aide de dessins car la plupart ne savent pas lire. On fait des assemblées générales, des causeries débats avec tous les gens du village qui veulent venir. Souvent après ces séances, un homme vient me trouver parce qu’il a compris qu’on pouvait soigner sa femme. Les femmes aussi viennent se confier et demander de l’aide, directement, car souvent elles n’osent même pas en parler dans leur propre famille. Ces cas je les encourage à venir nous voir à Mopti, je leur explique que Médecins du Monde prend en charge tous leur frais et qu’ils n’ont rien à craindre, au contraire, tout à gagner.»Aliou est également en charge des visites à domicile. « Je raccompagne des femmes non guéries dans leur famille afin de leur apporter un soutien et j’en profite pour sensibiliser leur entourage sur la maladie. Si je passe près d’un village où une femme est rentrée guérie, je vais la trouver pour prendre de ses nouvelles et l’encourager à témoigner autour d’elle.»

Adama M. –Soninké- 41 ans - Mariée, 8 enfants.

« J’ai vécu plusieurs années avec une fistule. C’est dur ! J’ai été guérie à Mopti il y a 6 ans. Je n’en avais parlé à personne. Un jour, au village, j’ai remarqué que le pagne d’Aïssata était toujours mouillé. Discrètement, je suis allée la trouver et je lui ai expliqué. Elle avait 22 ans, elle était mariée depuis 4 ans mais n’avait pas d’enfant. On avait enterré sa fille mort-née l’an dernier, sans que je ne remarque rien. Ce n’est pas possible chez nous, il faut avoir des enfants pour être respectée. Et puis, elle ne pouvait pas rester comme ça toute sa vie.Je suis allée plusieurs fois avec elle à Mopti. Aïssata a été opérée 3 fois sans succès, c’était difficile. J’étais déçue, et elle aussi surtout. Mais on l’a tous encouragée : les équipes de MdM, le chirurgien et moi. Elle a tenu bon et aujourd’hui elle est guérie après sa 4ème intervention. »

Awa T. – Dafing - 30 ans – Mariée, 6 enfants.

« J’ai été mariée à 15 ans et j’ai fait 7 grossesses depuis. A mon dernier accouchement, j’ai eu la fistule. Mon mari a pris une 2ème femme. Après 1 an de souffrance à cause de la maladie, une connaissance m’a amenée à l’hôpital de Mopti où j’ai été soignée et guérie. L’équipe de MdM m’a raccompagnée dans mon village et, grâce à la causerie qu’ils ont faite avec mon mari pour lui expliquer, j’ai pu retrouver mes enfants et rentrer chez moi. »Mai 2009