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Tribune   Reconstruire après la guerre : l’espoir en RDC.


Humanitaires, nous portons assistance aux populations dans les contextes de guerres, comme en Afghanistan, au Libéria, en Angola, au sud Soudan et en RDC.
La paix venue, se pose alors la question de la reconstruction : quelle forme doit-elle prendre ? A quel domaine doit elle s'intéresser ? Avec quels acteurs ? Pour qui ?
Les politiques d'ajustement structurel menées depuis les années 80 n'ont pas résolu tous les problèmes de développement. Les guerres et les conflits se sont multipliés en Afrique depuis la chute du mur de Berlin et une grande partie du continent a connu une crise de gouvernance. Les bailleurs et les institutions internationales, en particulier la Banque Mondiale et le FMI, ont modifié leur approche. Les objectifs du millénaire pour le développement semblent prendre le pas sur le consensus de Washington (fondé sur le postulat des bienfaits de la libéralisation et de la privatisation). Seront-ils en mesure de lutter contre la pauvreté et d'assurer à toute la population l'accès aux services de base (éducation, santé, eau) ?

La République Démocratique du Congo pourrait bientôt faire partie de ces pays sortant de conflit, à l'issu de la proclamation des résultats des élections mi-novembre : c'est un pays immense et varié, grand comme l'Europe de l'Ouest, possédant en son sol les plus grandes richesses minières du continent. Par sa situation géopolitique, il pourrait devenir une pièce maîtresse dans le développement de l'Afrique. Il a été traversé par la plus grande crise humanitaire depuis la deuxième guerre mondiale : quatre millions de Congolais sont morts au cours de ces huit dernières années des conséquences directes du conflit et de massacres et pour 85% d'entre eux de maladies banales telles le paludisme ou la diarrhée associés à la malnutrition, selon les enquêtes d'IRC.

Si les formes de la démocratie sont en voie de s'imposer, la paix n'est pas encore assurée.
La période post électorale est à risque. Deux facteurs iraient dans le sens de la réussite du processus : la volonté du peuple congolais de sortir de ce chaos et le soutien de l'ensemble de la communauté internationale (ce qui n'est pas le cas pour toutes les crises, comme le Darfour par exemple).

La mise en place d'un état légitime n'est pas une fin en soi, mais une étape préalable à toute reconstruction. Ce gouvernement doit ensuite exercer une "bonne gouvernance" qui garantira le fonctionnement d'institutions publiques performantes, capables de jouer leur rôle dans la résolution des problèmes du pays. Dans le rapport sur la réforme de l'ONU (mars 2005), Koffi Annan précise : « Il n'y a pas de développement sans sécurité, de sécurité sans développement et il ne peut y avoir ni sécurité ni développement si les droits de l'homme ne sont pas respectés ».
Ainsi la paix, la sécurité et la justice sont des préalables. A cela s'ajoutent l'éducation et la santé qui constituent des déterminants essentiels de la reconstruction, y compris sur le plan économique : nous avons pu constater au Mali, en Ouganda ou en Tanzanie, que l'élévation du niveau de santé et d'éducation de la population a un effet d'entraînement sur les autres secteurs.

Médecins du Monde a organisé un colloque portant sur la reconstruction post-conflit en RDC, à la Bibliothèque Nationale de Paris en octobre 2006. Les différents acteurs de cette reconstruction y participaient : gouvernement et institutions publiques, institutions internationales et bailleurs, secteur privé, diaspora, ONG internationales mais également société civile congolaise.
Le directeur Congolais de la santé a présenté la « stratégie pour le renforcement du système de santé », qui doit être mis en place après les élections. Ce plan est salué par tous pour sa pertinence, son approche globale des problèmes de santé, et par sa mise en œuvre décentralisée. Les différents partenaires y adhérent et vont s'y inscrire. Ainsi la confiance est restaurée, et le dialogue entre l'Etat et les différents partenaires est amorcé. L'Union Européenne, la Banque mondiale, les coopérations se préparent à contribuer au financement de cette nouvelle phase. La société civile quand à elle, a montré qu'elle est bien vivante et active dans toutes les régions. Elle se restructure au travers de nombreuses associations, qui auront besoin d'être soutenues et appuyées financièrement.
Les Congolais victimes de privation et de violence depuis de nombreuses années, veulent sortir de la guerre et de la crise. Ils sont prêts à relever le défi de la reconstruction du pays. Les résultats des élections en Novembre répondront-ils à leur espoir ?