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Tribune   Pour en finir avec la violence et la guerre dans la région des grands lacs Africains ! (décembre 2003)


Dans la région des grands lacs Africains, la République démocratique du Congo (ex-ZaÏre) est ravagée par la guerre depuis 96, et constitue l'une des pièces maîtresses dans le processus de paix qui se met en place. Ce conflit régional implique de nombreux pays, en particulier l'Ouganda, le Rwanda et le Zimbabwe. La RDC est un pays immense et varié, grand comme quatre fois et demie la France (cent fois le Rwanda ou le Burundi) et peuplé de cinquante-cinq millions d'habitants (sept fois le Rwanda ou le Burundi). Elle possède dans son sol les plus grandes richesses du continent africain (or, diamant, uranium, coltan etc.), qui sont en partie responsables de la guerre qui vient de s'y dérouler. Le pillage des ressources naturelles et le mouvement des armes illicites continuent d'alimenter la violence.
Le génocide au Rwanda en 1994, au summum de l'horreur, nous aurait-il " insensibilisé " aux autres drames qui se sont succédé dans la région ?

Depuis 96, la population Congolaise a subi de multiples violences et atteintes aux droits fondamentaux de l'Homme. Les médias ont parfois relaté ces déplacements forcés de population (trois Millions de personnes au total), les famines et la malnutrition (vingt millions de congolais sont sous-alimentés), les massacres (Kivu, Kisangani, Ituri), l'enrôlement forcé des enfants comme soldats, le viol systématique utilisé dans l'Est du pays comme arme de guerre, l'émergence de nouvelles épidémies tel Ebola.

Mais bien loin de ces images médiatiques, trois millions et demi de Congolais, en particulier des femmes et des enfants sont morts depuis 98 de maladies bénignes, telle la malaria ou les infections respiratoires. Ces morts auraient pu êtres évités, par de simples soins. Ils sont la conséquence de l'effondrement du système sanitaire et de la difficulté d'accès aux centres de soins restants, dans des régions où s'affrontent différents groupes armés.

Humanitaires, nous avons assisté, depuis dix ans, malgré les efforts que nous développions, à une dramatique dégradation de l'état de santé de ces populations. La maladie du sommeil a fait son retour dans les zones fluviales, la rougeole est à nouveau une des principale cause de mortalité infantile (par chute de la couverture vaccinale) et le choléra réapparaît de façon endémique (par baisse de l'accès à l'eau potable). Nous ne parlerons même pas du SIDA, dont l'arrêt des enquêtes épidémiologiques a fait taire l'inquiétante progression.

Des signes sont encourageants pour la construction de la paix : Les accords de Pretoria (décembre 2002) conclus entre le gouvernement de la RDC, les forces d'opposition, et les rébellions armées, marquent la volonté régionale et internationale d'en finir avec ce conflit. Au Rwanda, après neufs ans passés dans le maquis dans l'Est de la RDC, le chef de la rébellion armée Hutu vient de se livrer aux autorités rwandaises. Au Burundi un accord de paix a été signé la semaine dernière entre le gouvernement et la rébellion.

Mais la mise en place du gouvernement de transition de la RDC, en juin 2003, n'a pas encore fondamentalement modifié cette dramatique situation. Le pays se présente toujours sous la forme d'une mosaïque de territoires sous le contrôle de diverses forces armées.

L'opération d'imposition de la Paix par la MONUC (Mission de l'organisation des nations unies en RDC) s'est mise en place " timidement " à partir de Juillet 1999. La résolution 1493 du conseil de sécurité des nations unies du 28 Juillet 2003, offre une protection renforcée des populations civiles. Malheureusement, l'accroissement du nombre des casques bleus n'est pas suffisant à lui seul pour pacifier ces vastes régions. Le pouvoir à Kinshasa est réparti entre les représentants des différents mouvements engagés dans cette guerre. Bien que ce " montage " soit nécessaire pour engager le processus de paix, il peut être un facteur de blocage.

Le travail qui attend ce gouvernement est impressionnant : il doit pacifier, unifier et restaurer l'intégrité territoriale de cet immense pays, rétablir l'état sur l'ensemble du territoire national, contribuer à la reconstruction d'un pays ruiné et enfin organiser des élections libres et transparentes d'ici deux ans. Tout cela ne pourra pas se faire sans un processus de réconciliation et de réparation.

Seule une forte implication des différents acteurs (gouvernement de transition, société civile de la RDC, Nations Unies, bailleurs de fond et acteurs humanitaires) permettra de sortir les Africains des grands - lacs de ce chaos. La réponse à l'appel de fonds qui a été lancé la semaine dernière afin d'assister ces pays sera un témoin de la volonté internationale de sortir de cette crise.

Le processus de paix ne pourra aboutir que si la communauté internationale s'engage dans un important soutien politique et financier. Le pari n'est pas gagné. L'enjeu est de taille car la stabilisation de la région des grands Lacs conditionne l'Avenir de tout le continent Africain.