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Mongolie

Les activités de MdM s’appuie sur deux axes : la mise en place d’une équipe mobile médico-sociale pour le dépistage alcool-tuberculose dans un quartier de Uliastai et l’orientation des populations vers les structures déjà existantes et le renforcement des capacités de leurs équipes actives sur tout Ulaanbaatar.


Tribune   La lutte contre l’alcoolisme en Mongolie


> Par Gaëlle Lacaze - responsable de la mission MdM en Mongolie
En matière de lutte contre l’alcoolisme, la difficulté à laquelle se heurte de manière générale tous les intervenants réside dans le fait de proposer à la fois une aide au sevrage du corps, un soutien psychologique au sujet et un soutien à la réinsertion de la personne. Afin de toucher cet « homme total (1) », c’est-à-dire en tant qu’être investi dans le monde sur le mode physiologique (corps), psychologique (sujet) et sociologique (personne), les programmes d’action fonctionnent donc dans un réseau complexe
rassemblant différents acteurs (citoyens, médecins, associations, écoles, pouvoirs publics, etc.). Pourquoi et comment une ONG humanitaire – a prioriloin de ses terres d’élection en la matière - peut-elle trouver sa place dans cette lutte contre l’alcoolisme ? C’est à cette double question que s’attache à répondre cet article revenant sur la mission Médecins du Monde (MdM) en Mongolie (2).

Le contexte d’intervention

L’alcoolisme en Mongolie résulte d’une histoire complexe alliant plusieurs traditions et différentes formes de modernité. Depuis 1990, les quelque 2,8 millions de Mongols tournent le dos aux traditions nomades : aujourd’hui plus de 64% de la population réside dans les trois plus grandes villes du pays, la capitale, Ulaanbaatar, et les deux villes minières, Darxan et Erdenet. Depuis 1992, date de la nouvelle Constitution de la République mongole après soixante-dix ans d’administration socialiste, le pays connaît une dégradation du secteur public et des conditions socio-sanitaires d’accueil de la population. Elle se situe au 113e rang des 173 pays les plus pauvres du monde dans la classification du PNUD…
Les conséquences des zud (3) survenus de 1999 à 2002 ont été aggravées par la réforme du secteur primaire, dont l’élevage occupait près de 80%, la libéralisation des prix et l’explosion du commerce libre, ainsi que par la réduction des dépenses de l’Etat. Ces catastrophes entraînèrent alors la mort de presque dix millions de têtes de bétail, réduisant à la ruine et à l’exode rural des centaines de milliers de nomades (4).
En 2005, 30% de la population mongole vivait en dessous du seuil de pauvreté (15 euros par mois et par personne). Les éleveurs nomades ruinés par les zudont accru le nombre de résidants illégaux d’Ulaanbaatar. En 2006, pour 800 000 résidents légaux, plus de 200 000 illégaux vivaient dans la capitale. La situation sociale des « nouveaux migrants » est beaucoup plus inquiétante que celle du reste de la population. Les pouvoirs publics mongols constatent une augmentation du nombre de personnes vivant dans la rue (5). La capitale mongole, Ulaanbaatar, accueille près de 90% des personnes les plus pauvres du pays. Dans les « quartiers de yourtes », les bidonvilles d’Ulaanbaatar, hormis l’économie informelle, le taux de chômage approche 25%, contre 17,5% pour l’ensemble du pays et 10,5% dans les provinces. Les effets sanitaires sont évidemment à la hauteur d’une telle situation.

Les données épidémiologiques

En Mongolie, les principales causes de mortalité et de morbidité ont un lien avec la consommation d’alcool. Les pathologies cardiovasculaires représentent 40% des décès et constituent la quatrième cause de consultation et d’hospitalisation. Les cancers, en augmentation depuis 1990, comptent pour 20% des décès. Parmi eux, les trois plus mortels sont les cancers du foie (42,3% de la mortalité par cancers), de l’estomac (15,6%) et de l’œsophage (10,3%). La troisième cause de mortalité concerne la traumatologie et les « empoisonnements », qui comptent pour 13,8% des décès et constituent la cinquième cause de consultation et d’hospitalisation. Ce chiffre augmente depuis 1994,particulièrement chez les hommes (19% vs 6% chez les femmes). Enfin, les pathologies digestives représentent 8%
des décès et la deuxième cause de consultation et d’hospitalisation. Depuis 1990, la production légale, les importations et, surtout, la contrebande d’alcool connaissent une notable augmentation. La grande disponibilité des boissons alcoolisées à faible coût et de mauvaise qualité entraîne l’augmentation des violences et des empoisonnements (6).
Plus de 27% de la mortalité générale du pays était attribuée à l’alcool en 2001. Selon le Dr Erdenebajar, directeur du Centre de narcologie d’Ulaanbaatar, environ 51% de la population adulte dont 8% de femmes a une consommation excessive d’alcool. Les Mongols eux-mêmes estiment généralement que leur population compte de 30% à 50% d’alcooliques modérés et de 10% à 20% d’alcooliques dépendants. Les données disponibles, probablement sous estimées, indiquent une prévalence de l’alcoolisme chronique supérieure à 6 pour 1000 en ville, contre 2,50 pour 1000 à la campagne.
En outre, 70% des jeunes de moins de 20 ans consomment de l’alcool. Selon l’UNICEF et l’OMS (2000), les enfants de citadins consomment deux fois plus d’alcool que ceux de la campagne. Dans les familles dont un parent boit, 1 enfant sur 10 a des difficultés scolaires, 1 sur 4 des troubles du comportement, 1 sur 10 boit et 1 sur 20 fait des fugues. Il n’y a pas de données en Mongolie sur la prévalence des fœtopathies alcooliques, également appelées « syndrômes d’alcoolisation fœtale », qui apparaissent parfois lors de la consommation excessive d’alcool durant la grossesse, mais 10% des enfants auraient un handicap et plusieurs femmes qui fréquentent les soup-kitchen (7) ont des problèmes d’alcoolisation. Cette situation est le fruit d’une longue histoire (8).

Données sociologiques

Pour les nomades, l’alcool et la viande constituent le « meilleur des aliments » et le paradigme de l’hospitalité. Ils accompagnent au même titre, mais sur des registres différents la moindre rencontre, Ainsi, à chaque catégorie de personne revient une manière de boire (dire ou non un toast, obligation de vider son verre ou simplement de goûter, etc), un rang dans la distribution (du plus ancien au plus jeune, ou du plus honoré au moins estimé des convives, etc.) ainsi qu’une part de viande spécifique (par exemple, la rotule revient aux femmes enceintes, l’omoplate au plus ancien, etc.)
En outre, la possibilité de détenir, et donc de distribuer, de la viande ou de l’alcool constitue un signe de prestige et peut servir à l’exercice du pouvoir (9). Il existe ainsi une relation logique entre trois représentations : premièrement, la maîtrise de la consommation de la viande vs alcool est signe d’humanité ; deuxièmement, l’ignorance des règles de consommation de la viande vs. alcool est une preuve d’étrangéité ; et, troisièmement, les troubles de l’alimentation (ivresse, alcoolisme) caractérisent l’absence d’humanité, autrement dit, renvoient du côté de l’animalité. Actuellement, un processus d’exclusion sociale touche la personne alcoolique alors même que la norme sociale oblige tout homme digne de ce nom à boire au moins trois verres d’alcool à chaque rassemblement. Ces données invitent à adopter une approche globale combinant les activités de prévention et de soins afin d’enrayer la catastrophe sanitaire et sociale qui touche la population marginalisée d’Ulaanbaatar.
La pauvreté, l’exclusion et l’anomie sociales favorisent la relation entre la prévalence de l’alcoolisme et celle des maladies infectieuses, comme la tuberculose (10). La Mongolie compte au nombre des sept pays de la région OMS « Asie Pacifique » qui connaissent la plus forte incidence de la tuberculose. Les données officielles révèlent une multiplication par trois de l’incidence de la tuberculose entre 1994 et 2003. Malgré le développement d’un programme « Tuberculose » dans le cadre du Fonds global (11), les soins restent beaucoup trop lourds pour être correctement observés (12) surtout par les malades les plus pauvres qui interrompent les cures et deviennent plus résistants aux traitements. C’est l’incidence de la consommation d’alcool sur l’avortement des processus de soins anti-tuberculeux qui poussa MdM à associer l’alcoolisme et la tuberculose.

Dans le système médical des pays socialistes, l’alcoologie a toujours constitué un champ de recherche
et d’action, de nombreux centres de narcologie se consacrant à l’accompagnement des alcooliques.Mais la lutte contre l’alcoolisme y fut ainsi souvent utilisée pour durcir le contrôle social. Ainsi, la dernière période de prohibition survenue entre 1985 et 1990 sert aujourd’hui à représenter la chute des administrations socialistes (13). Les anthropologues ont insisté sur la manière dont les discours et les activités concernant l’alcoolisme permettent la transmission d’une idéologie plus globale touchant le corps, le sujet et l’être social. L’utilisation politique de la distribution d’alcool vsprohibition illustre l’aspect totalisateur des représentations liées à la consommation d’alcool. Actuellement, en Mongolie, on note la présence de confessions protestantes dont le but inavoué, mais affiché, est l’évangélisation des populations les plus fragiles : les alcooliques SDF d’Ulaanbaatar (14). Il y a urgence à ne pas laisser ce champ vide de toute action humanitaire non confessionnelle, car les évangélistes protestants y trouvent aujourd’hui un monopole d’action et de pensée. La preuve en est qu’en 2003, l’offre de soin en alcoologie était uniquement fondée sur la méthode « Minnesota », promue par les Alcooliques Anonymes (15). Dans la méthode Minnesota appliquée au Centre de narcologie d’Ulaanbaatar, l’encadrement collectif des prises de parole offre une ritualité propice à l’expression individuelle. Il permet aux alcooliques mongols de recouvrer la maîtrise de leur corps et l’estime de leur personne, afin de réintégrer symboliquement leur humanité (16). L’efficacité des groupes de parole en Mongolie est, de prime abord, importante. Néanmoins, sous le couvert de soigner, l’idéologie chrétienne pénètre les mentalités mongoles qui n’y sont pas du tout préparées.

En 2000, le gouvernement mongol, majoritairement communiste, plaçait au cœur de la reconstruction postsocialiste la lutte contre l’alcoolisme et la corruption. Il existe sur le terrain de l’alcoologie un vaste réseau de structures actives dont les actions restent trop répressives. A Ulaanbaatar, l’hôpital n°1 accueille le Centre de narcologie et de Santé mentale. D’autres structures ont récemment ouvert leurs portes, tel le Centre de sevrage de Tolgojt. En 2000, le président de la République mongole a mis en place une commission parlementaire de « lutte contre l’alcoolisme », mais ne lui accorda aucun budget. En 2003, le ministre de la Santé mongol s’est trouvé demandeur d’un soutien pour développer la qualité des soins dans le domaine des maladies contagieuses et de l’alcoolisme, afin de contribuer à généraliser l’accès aux soins.
Pourquoi l’association « Médecins du monde » a-t-elle répondu à cette demande ? Elle possédait un savoir-faire dans ce domaine auprès d’une population culturellement proche des Mongols (17). En outre, en juin 2005, MdM organisa une conférence internationale sur le thème de la lutte contre l’alcoolisme à laquelle participèrent des professionnels de l’alcoologie et des politiciens russes, plusieurs représentants de peuples autochtones de Sibérie, des membres de MdM, ainsi que des alcoologues français.
Fort de cette connaissance de l’alcoologie dans le monde post-socialiste, le projet que MdM proposa en Mongolie s’inscrit dans les plans nationaux stratégiques de santé. Il vise à diminuer la morbidité et la mortalité liées à la consommation d’alcool et aux pathologies associées, telle la tuberculose. Il met l’accent sur les « problèmes d’accès aux soins des populations migrantes et illégales », ainsi que sur des méthodes d’intervention brèves : l’entretien motivationnel (EM) et les techniques cognitivo-comportementalistes (TCC). Loin de chercher les motivations psychologiques des difficultés personnelles, les TCC et l’EM accompagnent la personne pour lui permettre de trouver des moyens d’agir et de se soigner adaptés à ses problématiques. Il semblait, en effet, difficile d’exporter des orientations thérapeutiques psychologisantes peu adaptées au contexte post-socialiste. L’EM favorise la parole du malade, son élaboration d’un diagnostic et d’un projet thérapeutique et, donc, son adhésion au parcours de soins.

Le projet de Médecins du Monde

Le Programme « Alcoolisme en Mongolie » s’appuie sur une double expertise médicale (18) et anthropologique. Les personnels MdM expatriés se composent de deux coordinateurs, médical et non médical, initiés à l’alcoologie. L’équipe locale comprend deux interprètes, un médecin et un travailleur social. Le programme s’inscrit dans un partenariat privilégié avec le Centre national de narcologie et santé mentale, en charge des problèmes liés à l’alcoolisme. Il s’appuie sur une étroite collaboration avec d’autres institutions dépendantes du ministère de la Santé : le Département de la santé d’Ulaanbaatar, l’agence exécutive de la mairie, et le Centre national des maladies contagieuses, institution publique en charge des problèmes liés à la tuberculose. Il travaille en partenariat avec d’autres structures médicales, étatiques et privées, des associations locales et plusieurs ONG.
La mission ouverte le 1er octobre 2005 durera jusqu’en 2009. Elle s’est fixé plusieurs objectifs. Le premier d’entre eux concerne une action de terrain dans le district de Bajanzürx et, plus spécialement, dans le quartier de yourtes d’Uliastaj (19), à destination privilégiée des personnes touchées par l’alcoolisme et la tuberculose. Il s’agit, entre autres, d’aider cette partie de la population à réintégrer ses droits à la santé. Les bénéficiaires directs du programme sont les résidents illégaux (20) (18-45 ans) qui vivent dans un état de précarité extrême, sans accès aux soins de santé et sont, pour beaucoup, des consommateurs excessifs d’alcool. Le volet tuberculose touche autant les hommes que les femmes, tandis que le volet alcoologie concerne 70% d’hommes pour 30% de femmes.
Le volet prévention, second objectif du programme, vise à sensibiliser les autorités sanitaires, policières et politiques à l’importance de la prévention et de la prise en charge de l’alcoolisme et de la tuberculose. La mission vise également à informer la population mongole afin de modifier ses attitudes et ses pratiques. L’équipe de MdM a effectué plusieurs ateliers de sensibilisation auprès des autorités sanitaires, politiques et policières. Elle a mené des séances de prévention auprès des structures de soin de la tuberculose et des problèmes de santé liés à l’alcool (école, caserne, associations locales, mairie, orphelinat et commissariats d’Uliastaj et du district de Bajanzürx, ainsi que la mission mongole d’ACF). Le travail auprès des groupes ciblés (alcooliques des cellules de dégrisement, tuberculeux du dispensaire de Bajanzürx) donne des résultats probants (21).
Le volet formation, enfin, cherche à diversifier l’offre de soin des intervenants médicaux, à favoriser des échanges de pratiques et la coordination des interventions. Il vise les professionnels médico-sociaux du district de Bajanzürx (environ 250 personnes), les étudiants médicaux (250 étudiants, 300 infirmiers) et les « petits médecins » (en anglais feldshers, auxiliaire médical situé entre l’infirmière et le médecin). Les professionnels médico-sociaux et les étudiants médicaux disposent de faibles capacités diagnostiques et thérapeutiques. Ils ne sont pas sensibilisés aux problèmes liés à la consommation d’alcool et ne disposent pas d’alternative au sevrage non volontaire (22). Néanmoins, pour MdM demeurait la question de l’adaptation d’un modèle thérapeutique allochtone à un contexte local. Comment proposer un dispositif thérapeutique dans un cadre culturel étranger à son contexte de production ?
Les TCC et l’EM ont remporté l’enthousiasme des Mongols, particulièrement sensibles à la place laissée à la parole dans ces techniques et le recours à l’adhésion du patient qui élabore son parcours de soin en concertation avec son médecin. En outre, les conditions de travail des médecins proposent un rythme propice au développement de ces techniques d’accompagnement. Les alcoologues français encadrant le programme ont effectué plusieurs sessions de formation en Mongolie concernant les « Changements des
comportements concernant l’alcoolisme » (janv. et nov. 2006) ; d’autres sessions de perfectionnement sont envisagées prochainement (juin et nov. 2007).

Les activités

Le programme de MdM en Mongolie comprend un volet de coordination des activités nationales sur les conséquences sociales et sanitaires de l’alcoolisme, la mission exploratoire ayant, entre autres, mis en évidence l’absence de communication entre les acteurs en alcoologie.
L’équipe locale de MdM intervient directement auprès des partenaires du projet (associations de quartier, cabinets des médecins de famille, centres nationaux de lutte contre l’alcoolisme et la tuberculose, ONG, etc.). Des consultations ambulatoires ont été mises en place dans Uliastaj afin de proposer un diagnostic médico-social initial et de promouvoir le dépistage de l’alcoolisme et de la tuberculose. Les consultations ont permis la prise en charge ou l’orientation de quelques patients pour complément de diagnostic, l’insertion dans un parcours de soins et son suivi. Elles ont favorisé la mise à disposition de traitements antituberculeux. L’équipe itinérante a effectué plusieurs sessions de sensibilisation aux problématiques liées à l’alcool et la tuberculose auprès de la population en situation irrégulière. Elle a constitué des panneaux et des brochures disposés dans les lieux publics et les structures médicales du district de Bajanzürx qui informent sur les démarches d’ouverture des droits à l’assurance maladie (23).
Depuis la mise en place des activités dans Uliastaj, de réels progrès ont été réalisés dans la connaissance du contexte et des limites du système sanitaire mongol. La priorité actuelle est la définition d’une stratégie efficace d’intervention au sein de la population, afin de répondre à l’objectif du programme : « réduire la morbidité et la mortalité liés à la consommation excessive d’alcool et à ses pathologies associées ». Deux axes sont envisagés : apporter l’offre de dépistage et de soin lié à l’alcool et la tuberculose au sein même d’Uliastaj, à défaut de réussir à référer les patients vers les structures nationales existantes (trop éloignées et payantes) ; orienter nos activités vers des groupes ciblés afin d’accroître notre impact. Le fonctionnement itinérant des équipes médico-sociales de MdM leur permet d’intégrer les actions déjà existantes. Il favorise l’échange de compétences entre les professionnels.
Enfin, MdM s’est impliqué concernant deux demandes de nos partenaires mongols : la formation en alcoologie en partenariat avec l’université de médecine ; et le support du Centre national de narcologie et de santé mentale concernant la restructuration du secteur des addictions à l’échelle nationale, demande faite par le directeur du Centre, sur requête du ministère de la Santé.

Le projet que nous menons actuellement sur Ulaanbaatar est bien implanté dans les réseaux touchant l’alcool et la tuberculose. L’expertise de MdM dans ces deux domaines est à présent reconnue. Nos partenaires médico-sociaux font appel à notre expertise à de nombreuses occasions. De plus, notre expérience de terrain nous permet de converger lentement vers un mode d’intervention efficace auprès des populations elles-mêmes. Enfin, les bonnes relations que MdM entretient avec les autorités locales en font un partenaire respecté et efficace dans le cadre des deux programmes nationaux de lutte contre l’alcoolisme et les maladies contagieuses. De nombreuses fragilités institutionnelles et financières
touchent, néanmoins, la mission en Mongolie. Démarré sur fonds propres et malgré plusieurs demandes de financement déposées auprès de bailleurs internationaux, ainsi qu’auprès d’organismes spécifiques à la Mongolie, le projet n’a pas réussi à soulever l’enthousiasme. Or, si le programme d’activités en Mongolie s’étend en principe sur plusieurs années, en pratique, il doit fonctionner sur le court terme à partir des fonds propres de MdM. Pendant les quelques mois précédant le renouvellement, les RM et les personnels locaux connaissent une précarité qui les fragilise et ralentit leurs activités.<br>
Pourtant, en favorisant l’accès au soin des plus démunis, l’amélioration du dépistage de l’alcoolisme et de la tuberculose, ainsi qu’en diversifiant l’offre de soins et les actions de prévention, notre projet améliorera la situation médico-sociale des populations citadines en Mongolie.
En favorisant l’accès aux droits des résidents illégaux (santé, travail, logement, éducation) et leur réinsertion dans le tissu social, il contribue de façon indirecte au premier des Objectifs du Millénaire, à savoir éradiquer l’extrême pauvreté et la faim.

L’auteur
Gaëlle Lacaze est responsable de mission Mongolie pour Médecins du Monde et maîtresse de conférences en ethnologie (Strasbourg 2).

Article publié dans la Revue Humanitaire N°17 - juillet 2007

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1 J’emprunte cette expression à Marcel Mauss ( cf. « Notion de technique du corps », in Lévi-Strauss C. dir., 1950 [1999], Sociologie et Anthropologie, Paris, PUF : Quadrige, p. 369).
2 Article rédigé, entre autres, à partir des recherches de l’auteur, des rapports de missions exploratoires
et des rapports de l’administrateur de la mission en Mongolie, Olivier Delclos.

3 Terme mongol désignant les catastrophes naturelles entraînant la mort d’une grande quantité de
bétail.

4 En 2000, le gouvernement mongol lançait un appel à l’aide internationale auquel MDM tenta de répondre. La mission exploratoire entreprise n’a pas donné lieu à l’ouverture d’une mission en Mongolie,
car l’ampleur des programmes développés laissait peu de place à l’action médicale.

5 Les commissariats d’Ulaanbaatar comptent près de 115 000 passages annuels en cellules de dégrisement. Ils notent une augmentation du nombre de femmes et un rajeunissement de la population concernée.

6 En 2002, plus de 80% des femmes qui se présentent au Centre contre les violences accusent un partenaire alcoolisé. Près de 82% des détenus incarcérés ont commis leurs délits en état d’alcoolisation aiguë ( cf. « Bajaryn ödrüüded garsan gemt xergijn ixenx n’ arxitaj xolbootoj bajv » [ la plupart des violences et crimes commis pendant les jours de fête sont liés à l’alcool], Mongolyn medee, n°48 (622). 28/02/2001).

7 La soup-kitchenest le nom du déjeuner quotidien offert par l’hôpital Enerel aux personnes les plus pauvres d’Ulaanbaatar.

8 Voir G. Lacaze. « Boire et donner à boire. Chez les peuples centrasiatiques de tradition nomade pastorale », Cahiers de l’IREB, n°16, 2003 : 38- 45 et Je suis alcoolique (Film documentaire, 58 mn).

9 Voir G. Lacaze, 2003. « D’os et de chair. Etude comparée des techniques d’alimentation chez les Kazakhs et les Mongols ». Food and History, Vol 1-n°1, 2003 203-28.

10 Voir : Douglas M. « Introductory. A distinctive anthropological perspective », in Mary Douglas (ed), 1987. Constructive Drinking. Perspectives on Drink from Anthropology. Paris, Cambridge ; Maison des Sciences de I’Homme & Cambridge University Press, 20-47.

11 Le traitement gratuit (DOTS) se voit restreint aux patients dont le diagnostic bactériologique est porté à l’examen direct. L’hospitalisation de cinquante-six jours et le suivi gratuits pendant six à huit mois demeurent réservés aux patients inscrits à l’assurance maladie.

12 Le traitement pris en charge grâce au Fonds global implique une hospitalisation de plusieurs semaines ainsi que plusieurs mois de suivi durant lesquels le patient se trouve complètement à la
charge de sa famille.

13 Treml V. « A Noble Experiment ? Gorbachev’s Antidrinking Campaign », in Friedberg M. & Isham H. (eds.) 1987. Soviet Society Under Gorbachev. Current Trends and the prospects for Reform. NY : M.E. Sharpe, 52-75.

14 Rouse T. P. & Unnithan N. P., « Comparative Ideologies and Alcoholism : The Protestant and Proletarian Ethics », Social problems, Vol. 40. No. 2. May 1993: 213- 26.

15 Antze P., « Symbolic action in Alcoholics Anonymous », in Mary Douglas (ed), 1987. op. cit., 149-81

16 Boldxujag D., 2001, Erüülzüülexijn üxer[La vache à dégriser]. Ulaanbaatar, Bodoo.

17 Entre 1999 et 2004, un programme de prévention et de soin des problèmes de santé associés à la consommation d’alcool était implanté chez les Tchouktches, population du nord-est de la Sibérie (capitale : Anadyr).

18 Le programme est encadré par plusieurs alcoologues, dont C. Durot, médecin expatrié en Mongolie (déc.-juin 2006), P. Guibé, (co-RM de la mission jusqu’en 2006), Ph. Michaud, D. Lecallier et A. Plat.

19 Le district se situe au sud-est de la capitale. Uliastaj dispose d’un tissu social actif, mais se trouve isolé des infrastructures sociales et des structures nationales qui accompagnent les problèmes d’alcoolisme. Cependant, l’hôpital du district possède un dispensaire pour les patients atteints de la tuberculose. L’hôpital Enerel qui possède une grande expérience du travail auprès des populations défavorisées d’Ulaanbaatar se trouve dans le district. 20 Environ 50 000 personnes sur les 150 000 habitants du district. Mais la population du district de Bajanzürx en situation régulière (près de 100 000 personnes) bénéficie néanmoins indirectement du programme.

21 En septembre 2006, 820 personnes ont bénéficié de 33h de prévention sur l’alcool 790, de 34h sur la tuberculose.

22 En sept. 2006 : 230 professionnels médicosociaux ont bénéficié d'un total de 98h de formation sur l'alcool.

23 Dans la Mongolie post-socialiste, 95% de la population adulte sait lire et écrire. Le problème réside donc dans l'identification des lieux fréquentés par les franges les plus exclues de la population : les migrants de l'exode rural, en majorité illégaux dans leur propre pays.