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Birmanie - Myanmar

Suite au violent cyclone qui a frappé la Birmanie vendredi et samedi derniers, Médecins du Monde redéploie ses activités pour délivrer les soins de première urgence à la population de Rangoon et envoie un renfort médical et logistique.


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Birmanie décembre 2007

Droits de l’homme en Birmanie : une vraie priorité pour la France ?

Plus de trois mois après le début de la répression violente engagée par la junte militaire birmane, force est de constater que la combinaison d’efforts diplomatiques et de modestes sanctions économiques n’a produit aucune avancée réelle vers un processus démocratique. La junte se permet donc de réprimer silencieusement.

Sur le terrain, la junte n’a pris aucune initiative majeure et sa seule réponse consiste en un document gouvernemental intitulé "Clarification de la situation au Myanmar". Ce document écarte toute solution autre que leur propre "feuille de route" en sept étapes considérée par les observateurs comme un simulacre de démocratisation.

Concernant les pays de la région partenaires commerciaux de la junte, Chine et Inde restent cantonnées dans des discours de non ingérence dans les affaires intérieures birmanes. Le sommet de l’Association des pays du Sud Est Asiatique n’a pas produit l’espoir escompté : l’ASEAN a rejeté les appels des puissances occidentales à suspendre la Birmanie du groupement des dix pays et a critiqué les sanctions américaines décrétées contre la junte militaire. On peut donc craindre que la toute nouvelle Charte de l’ASEAN comportant un volet de « promotion et protection des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales » ne soit qu’un catalogue de bonnes intentions.

Par ailleurs, la diplomatie onusienne a été malmenée ces dernières semaines : expulsion de Mr Charles Petrie, coordinateur des Agences Onusiennes à Rangoon pour avoir osé exprimer ses inquiétudes sur les mauvaises conditions socio-économiques, interdiction faite à Mr Pinheiro, envoyé spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme, de rencontrer Daw Aung San Suu Kyi, et annulation d’une prise de parole de Mr Gambari, émissaire spécial des Nations Unies, au sommet de l’ASEAN. Dans le même registre, la répression violente de Septembre n’a été faiblement condamnée par la commission des Droits de l’Homme des Nations Unies.

Au final, le business a repris ses droits dans la capitale Rangoon, toujours orpheline de ses moines, avec la vente record de 3 618 lots de pierres précieuses vendues aux enchères, malgré les sanctions occidentales et les appels internationaux au boycottage. La junte profite donc tranquillement de ses ressources dont l’exploitation à grande échelle du marché de l’héroïne. Elle n’est pas non plus inquiétée par un quelconque contrôle international de ses revenus gaziers ou un embargo sur les armes qui l’obligeraient à des changements significatifs.

Les changements profonds que le peuple birman attend avec anxiété trouvent des relais à travers le gouvernement en exil et les quelques acteurs humanitaires travaillant dans le pays. Dans une déclaration cosignée en Octobre par 13 ONG présentes en Birmanie, Médecins du Monde a alerté début Octobre sur la crise alimentaire touchant 5 millions de personnes et l’état sanitaire critique dans le champ des maladies infectieuses. Cette déclaration a été amplifiée par les nombreux témoignages de citoyens et de moines fournissant preuves et récits sur les violations des droits de la personne. Ces mesures répressives et cette terreur policière se sont exercées avec encore plus de vigueur sur les personnes vivant avec le VIH, usagers de drogue et personnes se prostituant qui sont les bénéficiaires de nos programmes. En Birmanie, seule 1 personne sur 10 en besoin de traitements antirétroviraux peut y accéder grâce aux interventions des organisations de solidarité internationale. Avec en prime, depuis la répression récente, un accroissement des conduites à risques pour le VIH car les moyens habituels de prévention, préservatifs et matériel d’injection propre, ne sont plus utilisés.

Comme il y a 2 mois, Médecins du Monde demande de façon urgente une augmentation de volume de l’aide humanitaire qui est l’une des plus faibles au monde à moins de 3 USD/ hab /an. Nous réitérons la demande d’un allégement des sévères restrictions sur les déplacements des acteurs humanitaires locaux et expatriés ainsi que sur les approvisionnements en médicaments. Nous insistons à nouveau sur la demande d’un accès facilité aux populations les plus marginalisées et les plus régulièrement réprimées des zones frontalières.

La France, en appuyant ces demandes, pourrait occuper la place si particulière qu’elle a dans le champ humanitaire. Ces demandes doivent s’inscrire dans une réponse internationale harmonisée car toute réponse non coordonnée profite à la junte. Alors que la France a placé le dossier birman parmi ses priorités en politique étrangère, Monsieur Nicolas Sarkozy a été attentif aux recommandations formulées par philosophes et écrivains français : les ONG n’ont clairement pas bénéficié de la même écoute que ces derniers.
Monsieur Nicolas Sarkozy a également exprimé à son retour de Chine lors de la journée mondiale de lutte contre le sida et d’une rencontre avec les ONG, son désir de mettre les droits de l’homme au centre des préoccupations de la France. Il a également souligné le rôle crucial joué par les ONG qui travaillent en proximité avec les populations qui souffrent.

La Birmanie donne donc l’opportunité à la diplomatie française de mettre en application rapidement ses préoccupations.

Dr Françoise Sivignon
Responsable de la Mission Birmanie
Médecins du Monde