Evènement permanent Forum MdM : Pétro-violence en Afrique : un cri d’alarme auquel les ONG doivent répondre - Intégralité en vidéo
© Paolo Pellegrin / Magnum
Forum du Groupe Afrique de Médecins du Monde - 20 juin 2008
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Quel enjeu pour la manne pétrolière ? Les réalités de la production pétrolière, son avenir... |
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Intervenants : - Aminata TRAORE, ex-ministre de la culture du Mali, écrivain, alter-mondialiste, forum pour un autre Mali - Francis PERRIN, membre du bureau exécutif d’Amnesty International, directeur de la publication « Pétrole et gaz arabe » - René DE VOS, sociologue, professeur à l’ENSAM - Mahamat ZANG-NEZOUNE, enseignant-chercheur à l'INFREP (Institut National de Formation et de Recherche en Education Permanente). Responsable de l'association "Amicale Panafricaine". |
SYNTHÈSE DU FORUM AFRIQUE : LA MALÉDICTION DU PÉTROLE
RÉSUMÉ DES DÉBATS
Après la projection du documentaire « Delta, les affaires sales du pétrole », réalisé par Yorgos Avgerpolous, les différents intervenants conviés par le forum Groupe Afri-que ont débattu du rôle du pétrole dans les innombrables difficultés que rencontre l’Afrique aujourd’hui.
LA MANNE PÉTROLIÈRE
Après avoir expliqué le concept de rente pétrolière et évoqué le problème de son appropriation, Francis Per-rin, d’Amnesty International, a situé l’Afrique dans le contexte pétrolier international. Si sa place peut paraître peu importante au regard des autres régions productri-ces de pétrole ( l’Afrique représente 10 % des réserves prouvées mondiales, contre 60 % pour le Moyen-Orient ), elle est en réalité au centre des enjeux relatifs au pétrole. Contrairement aux autres régions productrices, le con-tinent africain, largement sous-exploré, est en effet très ouvert aux investissements étrangers pour les activités d’exploration-production. Dans ce contexte, l’Afrique est devenue l’un des principaux champs de rivalité au sein de l’industrie pétrolière mondiale.
L’EXEMPLE TCHADIEN
Mahamat Zang-Nezoune, chercheur à l’INFREP, a ensuite détaillé un projet d’exploitation pétrolière mis en œuvre dans son pays, le Tchad. Présentant à l’origine de réelles garanties, notamment pour le contrôle des ressources pétrolières, le projet, sous la pression d’Idriss Déby, appuyé par la France et les Etats-Unis, a rapidement reproduit les pratiques habituelles, à la fois banales et affligeantes. L’outil de développement promis s’est ainsi transformé en source de nuisance : pollution, maladies, pillage sys-tématique des ressources engendrées par le pétrole par les groupes multinationaux. Plus largement, l’extraction des matières premières africaines est désormais à l’ori-gine d’une économie de la mort. Dès lors, il faut briser le lien entre corruption, extraction et militarisation pour que l’exploitation des richesses africaines ne devienne pas de plus en plus un réel facteur de génocide.
TRANSPARENCE ET DÉMOCRATIE
Aminata Traoré, ex-ministre de la culture du Mali, alter-mondialiste, a ensuite orienté les débats sur la question de la transparence et de la démocratie en Afrique. Con-sidérant que le système actuel, fondamentalement anti-démocratique, se limite à légitimer par le vote les méca-nismes de la prédation, elle invite les Africains à imaginer un fonctionnement qui ne soit pas ultralibéral. Imposé par les pays du Nord, ce système lui semble en effet avoir largement montré son échec. Il faut également que les sociétés civiles pèsent sur les dirigeants. A l’inverse, des institutions qui permettent simplement d’interchanger des dirigeants appliquant la même politique économique ne constituent pas une démocratie.
QUELLES SOLUTIONS ?
Les débats ont confirmé la nécessité de se battre pour le respect des droits humains, pour la démocratie et la transparence. Pour Francis Perrin, il est indispensable de faire pression à la fois sur les compagnies pétrolières mul-tinationales, les Etats producteurs, les compagnies pétro-lières nationales ainsi que sur les pays consommateurs. Malgré la toute-puissance que semblent avoir des com-pagnies pétrolières immensément riches, il est possible d’exercer des pressions sur elles car elles présentent des facteurs de vulnérabilité. La forteresse peut se craqueler, notamment si les ONG agissent ensemble.
Les débats ont également fait apparaître la nécessité d’informer et d’aider les Africains à construire une opinion africaine, afin de « permettre à la lumière de prendre la place de l’ombre ».