Médecins du Monde auprès des femmes victimes de violences
Une urgence politique et un défi de santé publique
Battues, violées, vitriolées, mutilées, marginalisées… tel est le sort réservé encore aujourd’hui à des millions de femmes. Les statistiques officielles sont éloquentes : Une femme sur cinq subira un jour un viol ou des attouchements sexuels.
10 à 69% des femmes (selon les pays) auraient été agressées physiquement par un partenaire masculin au cours de leur vie.
En Asie, 90 millions de femmes manquent dans les statistiques démographiques, victimes d’avortements sélectifs ou d’infanticides.
Entre 100 et 140 millions de femmes et fillettes ont subi une mutilation génitale, pour
des raisons culturelles ou religieuses…
Ces statistiques, pourtant éloquentes, ne donnent qu’un faible aperçu de l’ensemble des violences
dont les femmes sont victimes. La violence faite aux femmes est endémique et touche tous les pays à travers le monde, dans chaque région, chaque société, chaque culture. Elle peut être perpétrée à l’intérieur de la famille, au sein du groupe social, de la communauté, ou encore commise au cours d’un conflit armé. Le viol devient alors une véritable arme de guerre.
Constituant une incontestable violation des droits humains les plus fondamentaux, ce phénomène est aussi un problème majeur de santé publique. Qu’elle soit sexuelle, physique, psychologique ou institutionnelle, cette violence a de graves répercussions sur la santé physique et mentale des victimes. Sans oublier que la violence peut aussi entraîner la mort, par homicide, blessure grave ou suicide. C’est a fortiori dans le contexte de l’épidémie de VIH/SIDA que le problème de la violence faite aux femmes revêt un caractère d’urgence, parce qu’elle est à la fois un facteur direct et indirect de la propagation du virus : une femme peut être contaminée suite à un viol par un homme séropositif, ou encore elle peut hésiter à se faire dépister par peur d’une réaction violente de son partenaire ou de sa communauté si elle est séropositive.
En outre, l’opprobre entoure souvent les femmes victimes de violence, notamment lorsque celle-ci est
de nature sexuelle. Ces femmes sont alors rejetées par leur communauté et parfois même par leur
propre famille, ce qui peut rendre leur situation encore plus précaire. Face à ce risque, nombreuses
sont les femmes qui gardent le silence sur les sévices qu’elles subissent.
Longtemps niée, ou acceptée comme telle, les violences faites aux femmes font depuis peu l’objet
d’une grande mobilisation, notamment de la part de la société civile et des organisations
internationales. Cette mobilisation se base sur la conviction que les comportements violents et leurs
conséquences peuvent être évités.
C’est parce que cette violence est un problème majeur de santé publique que Médecins du
Monde cherche à contribuer à la lutte contre les violences faites aux femmes.
En effet, nos équipes sont confrontées dans leur travail quotidien à la violence à l’encontre des
femmes, particulièrement vulnérables. Au-delà du soin, la vocation de Médecins du Monde est
également de témoigner des injustices dont elles sont les victimes souvent silencieuses : en
France, où les personnes se prostituant sont confrontées à la violence physique et sexuelle ; en
Algérie, où MdM soutient l’ouverture d’une ligne téléphonique anonyme à destination des femmes et
des enfants ayant subi des violences domestiques ; au Pérou, où les équipes de l’association
abordent la question des violences domestiques lors des formations à la santé sexuelle et
reproductive des adolescentes ; en Moldavie où MdM intervient pour prévenir la traite des femmes...
Ou encore au Pakistan, où près de 80% des femmes souffriraient de violences domestiques, qu’elle
soit physique, sexuelle ou psychologique. Fuyant ces violences ou les mariages forcés, certaines
femmes viennent chercher de l’aide dans des refuges gérés par le gouvernement pakistanais, des
Dar-Ul-Aman (« maisons de la paix ») dans lesquels Médecins du Monde intervient.