|
|
|
|
RESUMEEn 2006, la Mission France de Médecins du Monde mène 119 programmes dans 27 villes. Parmi ces missions majoritairement mobiles, les 21 Centres d’Accueil, de Soins et d’Orientation (Caso) ont enregistré 56 137 passages pour 24 977 patients différents. Ils ont effectué 38 490 consultations médicales, 59 % de patients ne sont venus qu’une seule fois consulter un médecin. Le profil démographique montre que les patients des Caso sont encore majoritairement des hommes (55 %), jeunes (âge moyen de 34,2 ans, 69 % ont moins de 40 ans, 8 % sont mineurs), et étrangers (90 %). Les cinq nationalités les plus représentées sont la Roumanie, l’Algérie, la France, le Maroc et le Cameroun. 56 % des patients étrangers sont en France depuis moins d’un an, 23 % depuis plus de 3 ans. 41 % des patients déclarent vivre dans un logement précaire et 19 % sont sans domicile. 18 % des mineurs sont sans logement ainsi que 10 % des plus de 60 ans. Lorsque le logement existe, celui-ci est décrit par les patients comme insalubre (20 %) ou surpeuplé (29 %). La quasi-totalité des patients vit sous le seuil de pauvreté (788 euros mensuels). 77 % des étrangers devant justifier d’un titre de séjour n’en ont pas et sont donc en situation administrative précaire. 20 % des étrangers sont concernés par une demande d’asile. Parmi eux, 72 % ont déjà déposé leur demande, dont une sur trois a déjà été rejetée. Plus de la moitié des patients (55 %) relevait du dispositif Aide Médicale Etat, 24 % de l’assurance maladie, alors que 21 % ne pouvaient bénéficier d’aucun dispositif : il s’agit de personnes dépourvues de couverture maladie car ne pouvant justifier de trois mois de résidence sur le territoire français (11 %), ou d’étrangers de passage en France, n’ayant droit à aucune couverture maladie (10 %). Parmi les personnes qui devraient avoir une couverture maladie, 82 % n’en ont pas. Rapporté à l’ensemble de la population rencontrée, ce sont 86 % de patients qui ne bénéficient pas d’une couverture maladie, le jour où nous les rencontrons à Médecins du Monde. La première difficulté d’accès à une couverture maladie réside dans l’obligation de domiciliation. En 2006, 52 % des patients étaient concernés par une domiciliation le jour de la première consultation à MDM. Parmi eux, 21 % disposaient d’une domiciliation réalisée le plus souvent par une association et 79 % en étaient dépourvus. Parmi les obstacles à l'accès et à la continuité des soins tels qu'ils sont exprimés par les patients eux-mêmes, notons :
L’utilisation de la Classification Internationale des Soins de santé Primaires (CISP) pour recueillir les données médicales nous permet de mieux décrire les motifs de recours de la population rencontrée et les problèmes de santé repérés par les médecins. Les symptômes et plaintes douloureuses, en particulier dans le domaine digestif et ostéoarticulaire, occupent largement la tête des motifs de recours à un médecin. Notons la fréquence importante des consultations liées à des problèmes de toux (6 %) et également à l’anxiété et au stress (4.9 %). A l’issue de 39% de consultations, le problème de santé diagnostiqué nécessitait une prise en charge à moyen ou long terme (hypertension, diabète, syndrome dépressif, cardiopathies, troubles du rythme, asthme, psychose, épilepsie, …) et dans près de 32 % des cas, la prise en charge envisagée était de court terme (infections respiratoires, parasitoses, infections cutanées, infections gastro-intestinales,…). Et pourtant, comme nous l’avons vu, les patients n’ont, le plus souvent, pas de couverture maladie et n’ont de fait pas accès aux soins, alors que leur état de santé le nécessite. Dans près de 14 % des consultations, les médecins ont constaté un (ou des) trouble(s) psychologique(s). Il s’agit le plus souvent d’anxiété ou de stress (44 %), mais aussi assez souvent de syndromes dépressifs (21 %), alors que les psychoses représentent environ 8 % des troubles psychologiques. Nous avons choisi cette année certaines pathologies présentant un potentiel de gravité important, nécessitant un accès aux soins et un suivi régulier et pouvant entraîner le cas échéant des demandes de régularisation pour raisons médicales. Il s’agit de l’hypertension artérielle, du diabète, de l’asthme, des hépatites virales, de l’infection à VIH/Sida et du syndrome de stress post-traumatique. Dans près de 15 % des consultations où un diagnostic a été posé, une de ces six pathologies chroniques potentiellement graves en l’absence de prise en charge a été diagnostiquée. Quant au VIH et aux hépatites citons les résultats spécifiquement recueillis par notre Caso de Paris : 3.3 % des patients orientés vers un dépistage sont VIH+. De même, parmi les personnes orientées vers un dépistage des hépatites, 4.7 % sont VHC+ et 7.7 % sont VHB+. Chez les patients dépistés au Caso de Paris, la prévalence du VIH est 7 fois plus importante que dans les CDAG ; celle de l’hépatite B est 12 fois plus importante que la moyenne nationale, celle de l’hépatite C l’est 5 fois et demie plus. L’indice CAO (indice de santé bucco-dentaire) des patients de Médecins du Monde examinés s’élève à 10.5, témoignant d’un état bucco-dentaire très dégradé dans cette population. Dans 13 % des consultations, un recours tardif aux soins a été constaté. Dans 11 % des consultations, des soins urgents se sont imposés.
Comme chaque année, l’analyse globale descriptive des patients reçus dans les Caso se double de focus populationnels, afin d’en repérer les spécificités. Il s’agit des femmes, des mineurs, des français, des demandeurs d’asile, des personnes en situation administrative précaire, des jeunes de 16 à 24 ans, des sans domicile et des personnes âgées de plus de 60 ans. Nous avons ajouté pour 2006 les étrangers originaires d’Union Européenne, avant l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’UE, afin d’avoir une base de comparaison pour 2007 ; nous faisons un focus aussi sur les patients qui reviennent à MDM parce que nous devons être attentifs aux raisons Par ailleurs, une analyse par centre nous permet d’observer la diversité des populations reçues dans les différents Caso. Un chapitre est consacré aux principales évolutions depuis 2000 des patients reçus dans les Caso. Nous notons une part toujours plus importante de femmes parmi les patients, une nette diminution des patients français (alors même que la part des patients français augmente cette année dans certains centres comme Ajaccio ou Aix en Provence), une augmentation des Roumains, une augmentation des personnes en situation administrative précaire (qui suit la dégradation des taux d’accord aux demandes d’asile), une part toujours importante de personnes en grande difficulté sur le plan du logement, une augmentation continue du blocage administratif que représente l’obligation de domiciliation, une détérioration de l’accès à une couverture maladie. Nous présentons les missions mobiles de proximité, qui représentent 98 des 119 missions, et faisons un focus sur certaines d’entre elles grâce aux recueils de données et témoignages recueillis sur le terrain.
La Mission France de Médecins du Monde continue à pointer les difficultés d’accès aux soins rencontrées sur le terrain au quotidien. L’Observatoire de l’accès aux soins de la Mission France est un outil majeur pour servir la vigilance de l’ensemble des acteurs socio-sanitaires de notre pays.Il est également le témoin des souffrances endurées par les personnes que nous rencontrons au quotidien. ------------------------------- 1. Le taux normal est de 0µg/l dans le sang. La présence de plomb dans le sang est toujours néfaste et il n’y a pas de valeur seuil.Toutefois, en France, on considère qu’un enfant est imprégné entre 50 et 99µg/l et que l’intoxication est avérée à 100µg/l. |
INTRODUCTION :Notre rapport sort au moment où l’Insee vient rappeler que le taux de pauvreté reste à peu près stable depuis plusieurs années avec toutefois une augmentation entre 2004 et 2005 puisque la France passe d’un taux de pauvreté (2) de 11.7 % en 2004 à 12.1 % en 2005 ce qui représente plus de 7 millions de personnes (7 136 000). N’oublions pas que cette « petite variation » représente une augmentation de 269 000 êtres humains qui vivent désormais dans la pauvreté. Si depuis 30 ans, la tendance est à la baisse, les chiffres de 2002 à 2005 restent stables. Dans ces mêmes années, rappelons que les revenus des 0.1 % des Français les plus riches (35 000 foyers) (3) auront eux augmenté de 32 %.
Certes, 2006 aura vu une part de la mobilisation associative autour du logement porter ses fruits après de longues années de bataille : depuis 2000,ATD Quart Monde, le Droit au Logement et Médecins du Monde ont initié une plateforme interassociative
En effet, depuis la création de la CMU et la rénovation de l’AME (Couverture maladie « universelle » et Aide médicale Etat, loi de juillet 1999 appliquée depuis le 1er janvier 2000), plus personne ne parle de la santé des populations vivant dans des conditions précaires, ou alors sur le seul aspect comptable, et les programmes politiques sont d’une étonnante pauvreté sur les questions d’accès aux soins. En effet, la responsabilisation à outrance des usagers (qui seraient personnellement responsables des dérives financières du système de santé), permet de cacher la responsabilité d’un système non régulé, centré sur le curatif et le manque de travail à long terme et de moyens sur tous les déterminants de la santé. Les inégalités
Il faut donc encore rappeler que les inégalités sociales de santé perdurent malgré l’accroissement de la richesse en France : les dernières études sur l'espérance de vie des Français montraient qu'à 35 ans, les cadres bénéficiaient de 7 ans d'espérance
Mais lorsque les personnes vivant dans la précarité ont obtenu une couverture maladie, tout n’est pas résolu, comme on pourrait le croire au premier abord. Il faut avoir le temps et la disponibilité de prendre soin de soi. Comme nous l’avons vu, il est nécessaire de comprendre le système de soins et savoir s’y orienter alors même que notre système français n’est pas si simple entre la médecine libérale de secteurs 1 et 2, les centres de santé, les hôpitaux, les laboratoires d’analyse… Quand on fait partie des populations largement rejetées, on devient vite une balle que tout le monde se renvoie. Citons par exemple les refus de soins de la part de certains médecins. Alors, les solutions ?
Mais pour cela, il faut accepter d’arrêter de se servir de « boucs émissaires » pour expliquer pourquoi l’un des pays les plus riches du monde arrive si peu à atteindre l’un des trois principes de sa devise, l’égalité, en particulier devant les soins : -------------------------------
2. Le seuil de pauvreté est calculé sur la base de 60% du revenu médian de la population française. |