Paris, le 15.09.2008
APPEL
Les ONG signataires de cet appel, qui travaillent depuis de nombreuses années sur le terrain aux cotés
des Afghans, alertent les parlementaires français sur les dangers d’une lecture exclusivement militaire
de la crise afghane et sur le nécessaire renforcement d’une aide humanitaire et de développement aux
populations de l’Afghanistan.
Leurs principales recommandations portent sur les points suivants :
1) Les aides à la société civile et à la reconstruction demeurent les leviers essentiels du retour à la paix et du développement en Afghanistan. L’engagement pris lors de la conférence internationale du 12 juin dernier, d’une augmentation de l’aide française à la reconstruction et au développement doit être mis en œuvre sans tarder.
L’accès de tous les Afghans à la sécurité alimentaire, à l’eau, aux soins primaires, à l’éducation et au logement constitue le socle indispensable à toute reconstruction, au développement et à la stabilité de l’Afghanistan. Le processus de reconstruction ne doit pas oublier les plus pauvres. Les mécanismes d’aide civile destinés à lutter contre ces dynamiques d’exclusion doivent être renforcés.
2) L’accroissement des besoins humanitaires exige que restent en place des mécanismes d’aide d’urgence.
Un dernier hiver particulièrement rigoureux et l’aggravation de la sécheresse ont dégradé les facteurs de sécurité alimentaire et d’accès à l’eau pour une grande partie de la population. L’inflation des prix des denrées alimentaires, qui s’est accélérée ces trois derniers mois rend la situation intenable pour un nombre grandissant de familles. On estime que plus de 60% du budget des ménages passe désormais dans l’achat du pain.
L’intensification du conflit entraîne des déplacements de population fuyant les combats et le nombre de victimes civiles du fait des opérations conduites par la coalition internationale, par les forces afghanes ou par les insurgés est en augmentation de plus de 65% par rapport à l’année dernière, représentant plus de 700 victimes depuis le début de l’année.
L’afflux des réfugiés afghans, renvoyés d’Iran et du Pakistan entraîne d’importants besoins en logement, eau et assainissement qui doivent être couverts pour éviter les tensions avec les populations hôtes.
Les mines, sous-munitions non explosées et autres résidus explosifs de guerre constituent une menace
et un obstacle à la reconstruction économique et sociale du pays, et au retour des réfugiés. Actuellement au moins 17% de la population vit dans des zones dangereuses. L’effort déjà consenti
pour neutraliser ces engins doit être poursuivi.
3) Les ONG souhaitent qu’il soit clairement compris que l’apaisement ne peut être attendu d’une victoire militaire mais ne peut résulter que d’une transformation politique, sociale et économique.
Les lenteurs dans les transformations de la société et de l’économie afghanes sont à l’origine des ressentiments donc de l’insécurité.
4) Les décaissements de l’aide internationale doivent gagner considérablement, non eulement en volume, mais en rapidité et en pertinence.
Les cas de gabegie dénoncés en juin dernier lors de la conférence de la société civile ne doivent plus se reproduire.
5) Les ministères afghans doivent être mis en mesure, grâce à une assistance technique appropriée, d’utiliser tous les crédits dont ils disposent (ce qui n’est pas encore le cas) et de le faire au profit des populations sans gaspillage ni détournement.
6) Les ONG souhaitent voir leur mission transférée aux acteurs afghans, mais dans la situation
actuelle, elles estiment leur action indispensable et digne d’être soutenue. Malgré les conditions difficiles d’accès et de sécurité, de nombreuses ONG continuent de travailler auprès des populations afghanes et apportent une aide qui touche des populations vulnérables dans des secteurs essentiels comme la santé, l’agriculture ou l’éducation.
Ainsi, les ONG signataires de cet appel apportent une aide à 21 600 communautés rurales et dans
toutes les grandes villes. Elles mettent en œuvre des programmes d’urgence ou de développement en
milieu rural ou urbain et contribuent à assurer la stabilité du pays, dans les zones où elles seules
peuvent travailler avec la confiance des populations.
Elles contribuent au développement des compétences afghanes dans les nombreux domaines où elles
exercent leurs activités. Elles complètent et accompagnent le travail des fonctionnaires de services
publics.
7) La distinction entre acteurs militaires et acteurs humanitaires doit être clairement affirmée
dans les discours et dans les actes afin que les seconds puissent conserver leur capacité
d’accès aux populations.
Fidèles à leurs principes de neutralité politique, ethnique et religieuse, les ONG réaffirment leur identité
d’acteurs non gouvernementaux, attachés à apporter une aide impartiale, indépendante de
considérations géopolitiques ou stratégiques et tournée vers la réponse aux besoins et aspirations de
la population afghane.
Le gouvernement doit veiller à ne pas assimiler l’aide apportée par les ONG à l’action conduite par
« la coalition » ou par l’ISAF. Les forces armées doivent clairement identifier les activités qu’elles
mènent comme des opérations militaires, communiquer en ce sens et éviter d’être confondues avec les
acteurs humanitaires civils. Une telle confusion engendre la méfiance au sein des populations,
méfiance qui rejaillit sur l’ensemble des acteurs étrangers présents dans le pays, en contribuant à
dégrader globalement le climat de sécurité.
8) L’action de la France doit être menée et présentée comme au service des populations, de la
souveraineté afghane, des valeurs universelles.
Le conflit en Afghanistan comporte des dimensions économiques, idéologiques et culturelles. L’action
de la France ne doit pas apparaître comme promouvant des intérêts qui seraient « siens », des valeurs
qui seraient « siennes », une sécurité qui serait « sienne ». Une telle attitude engendrerait fatalement
une incompréhension et une réaction de résistance. La concertation, le respect, la référence aux
valeurs universelles, la vérification permanente que la population adhère dans sa grande majorité aux
actions entreprises, sont indispensables.
Contacts
Alain Boinet, Solidarités, aboinet@solidarites.org
Guy Caussé, Médecins du Monde, guycausse@wanadoo.fr
Christian Blanchard, Madera, maderadg@madera.asso.fr