Paris, 4 juillet 2007 – À mi-chemin de la date butoir fixée pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), l’Europe a pris beaucoup de retard par rapport aux engagements qu’elle a pris d’améliorer l’état de santé des pays en développement. « Il apparaît que de nombreux gouvernements, au Nord comme au Sud, ont oublié ce qu’ils avaient promis ou se sont servis d’un changement de gouvernement pour s’exonérer des engagements pris » a commenté l’archevêque Sud-africain Desmond Tutu à propos du rapport publié aujourd’hui par Action for Global Health, un réseau européen constitué de quinze ONG spécialisées dans la santé.
Malgré les engagements pris en 2000 lors du Sommet du Millénaire et leur réaffirmation de G8 en G8 par les pays les plus riches du monde, la faiblesse des fonds alloués à la santé par les gouvernements européens contribue à accentuer les inégalités dans ce domaine entre pays développés et pays en développement. Telle est la principale conclusion du rapport Alerte santé : pourquoi l’Europe doit agir d ‘urgence afin de sauver les objectifs du Millénaire pour le développement en santé.
Si certains progrès peuvent être relevés d’après l’ONU, les OMD relatifs à la santé sont en revanche loin d’être atteints et le manque de progression en ce qui concerne les niveaux de mortalité infantile, de mortalité maternelle et de prévalence du sida est très alarmant dans certaines régions, en particulier en Afrique sub-saharienne.
Cette situation est en grande partie due au fait que les pays contributeurs ne tiennent pas leurs promesses. Le rapport d’AFGH s’intéresse donc au niveau d’APD en santé demandé à l’Union européenne en général et aux plus fortes économies d’Europe en particulier, à savoir l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Dans tous les pays, on est loin du chiffre de 0,1 % du RNB qui devrait être consacré à l’aide au développement en santé.
« Consacrer 0.1% du RNB des pays riches à l’APD en santé serait suffisant pour commencer à reconstruire les systèmes de santé dans les pays en développement », estime Desmond Tutu, « mais la volonté politique manque à la fois chez les pays donateurs et les pays récipiendaires, d’investir massivement dans la santé et les systèmes de santé. C’est pourtant la seule manière de garantir que chaque citoyen puisse exercer son droit à la santé et se libérer de la pauvreté ».
La France se distingue par le faible montant d’aide publique au développement (APD) qu’elle consacre à la santé (4 % de l’APD totale en 2005), qui la situe bien en-dessous de la moyenne de 11 % relevée dans les pays de l’OCDE. S’appuyant sur les résultats de ce rapport, AfGH invite la France à reconnaître publiquement que les progrès accomplis en vue de la réalisation des OMD en santé sont insuffisants et à prendre l’engagement d’augmenter nettement la part de l’APD destinée au secteur de la santé jusqu’à 1,7 milliards d’euros par an. Seule une telle mesure permettra d’atteindre les OMD en santé et de renforcer les systèmes de santé des pays en développement.
Dans son rapport, AfGH formule une dizaine de recommandations qui précisent les mesures concrètes devant être prises par l’Europe en général et le gouvernement français en particulier, notamment :
Il faut faire passer l’APD destinée à la santé à 1,7 milliards d’euros par an et veiller à ce que la France rattrape au plus vite la moyenne de 11 % atteinte par les pays
de l’OCDE. La France doit également donner la priorité à la santé dans ses programmes de développement, secteur aujourd’hui négligé par la coopération
bilatérale. Elle doit aussi prioriser le renforcement des systèmes de santé et se préoccuper tout particulièrement de la crise des personnels de santé
AFGH estime que les politiques des institutions financières internationales, notamment le FMI, limitent la capacité des pays à investir dans les services publics tels que l’éducation et la santé. La France doit exercer son influence auprès des IFI en faveur d’un assouplissement des conditionnalités contraignantes imposées aux pays en développement dans le secteur de la santé (plafonnement des dépenses, gel des salaires des personnels de santé, etc.)
Les montants alloués à l’APD doivent exclure la part des allègements de dette et les artifices comptables qui ne constituent pas des fonds additionnels ; la France doit ainsi garantir que l’augmentation de l’APD officielle constitue une augmentation de l’APD réelle. Elle doit également améliorer la prévisibilité de son aide.
À propos d’Action for Global Health
Action for Global Health a été créée en octobre 2006. Ce partenariat regroupe quinze organisations non gouvernementales œuvrant dans le domaine de la santé et du développement, qui sont implantées à Bruxelles et dans plusieurs pays européens, à savoir l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Sa mission est de surveiller les effets de l’action et des politiques des pouvoirs publics européens sur la situation sanitaire des pays en développement et d’inciter les décideurs à améliorer leurs pratiques. Le rapport publié par Action for Global Health traduit l’unité de vues des ONG membres du partenariat et se veut un appel collectif à la mobilisation. Pour plus de détails, consultez le site www.actionforglobalhealth.eu
Action for Global Health publiera un rapport de suivi annuel afin d’évaluer les actions menées par l’Europe et la France et d’analyser en détail les politiques menées en matière d’aide au développement dans le domaine de la santé.
Informations complémentaires :
Pleon
Christophe Garcia / Mathilde Hurtaud
01 53 04 23 50 / 01 53 04 23 12
06 23 90 72 70 / 06 18 90 33 73
christophe.garcia@pleon.com / mathilde.hurtaud@pleon.com
Action for Global Health
Julie Ancian – Médecins du Monde
01 44 92 14 88
julie.ancian@medecinsdumonde.net
Patrick Bertrand / Annick Jeantet – Global Health Advocates
06 60 04 04 42 / 06 08 81 25 66