Mission Mongolie

CHIFFRES

Mortalité infantile : 41‰
Espérance de vie à la naissance : 64
IDH : 0.691 ; rang 116/177
PIB/habitant ($) : 690

Population bénéficiaire :
directe : 55 000
indirecte : 325 000

Personnel :
local : 3
expatrié : 2

Sources de financement : MdM

Budget 2006 - 2007 : 76 420 euros

Après sept décennies de régime à parti unique, le processus de démocratisation se poursuit en Mongolie même si un tiers de la population vit encore en dessous du seuil de pauvreté. Dans ce pays caractérisé par un fort exode rural et par un phénomène de sédentarisation des populations nomades, l’alcoolisme constitue un des problèmes majeurs de santé publique dans les agglomérations urbaines. 51% de la population mongole serait concerné et la mortalité attribuée à l’alcool atteint 27, 5%. 60% des actes de violence conjugale se produisent sous l’effet de l’alcool.

LUTTER CONTRE L’ALCOOLISME ET PRENDRE EN CHARGE LA TUBERCULOSE

Ulaanbaatar

Activités

Pour mener à bien ses activités en Mongolie, MdM s’appuie sur deux axes :

  • la mise en place d’une équipe mobile médico-sociale pour le dépistage alcool-tuberculose et le diagnostic social dans un quartier de Uliastai ;
  • l’orientation des populations vers les structures déjà existantes et le renforcement des capacités de leurs équipes actives sur tout Ulaanbaatar.

Formation basée sur un échange de pratiques entre MdM et un employé provenant d’une structure locale à la gestion de sessions de prévention.

L’extension du programme de lutte contre l’alcoolisme

Dans ce pays caractérisé par un fort exode rural et par la sédentarisation des populations nomades, l’alcoolisme constitue un des problèmes majeurs de santé publique dans les villes. 22 % des hommes sont concernés contre 5% des femmes. Depuis 2005, Médecins du Monde accompagne les acteurs locaux en vue d’un meilleur dépistage de l’alcool et d’une meilleure prise en charge des patients et forme également le personnel des cabinets de famille et des hôpitaux d’Ulaanbaatar. L’ampleur des besoins a incité l’équipe à développer des outils de formation et de sensibilisation auprès du personnel des centres de dégrisement et des prisons spécialisées n’accueillant que des alcooliques.

REPORTAGE
Informer et lutter contre l’alcoolisme et la tuberculose

En Mongolie, pays où les anciens nomades sont devenus sédentaires, la dégradation des conditions sociosanitaires s’accompagne de problèmes liés à l’alcool, touchant la moitié de la population, et d’une forte prévalence de la tuberculose.
"Allez, assieds toi et trinque avec moi ! »
Assis au milieu d’une petite salle d e l ’ hôpital Tolgoït d’Oulan-Bator, l’homme insiste. L’autre s’efforce de décliner. Puis, la dizaine de participants commente la scène : « a-til été assez ferme ? », « aurait-il pu dire non autrement ?».Apprendre à des personnes alcooliques comment refuser une incitation à boire, c’est l’un des objectifs des jeux de rôle organisés par l’équipe de MdM. «Je suis bien décidé à arrêter, je bois deux ou trois bouteilles de vodka par jour, raconte Buyankhichig, 44 ans. Je vis à la campagne et là-bas, tous mes amis boivent. Mais aujourd’hui, j’ai retenu plusieurs façons de leur dire non. » Selon le Centre national de narcologie (CNC), 51 % de la population adulte est en consommation excessive d’alcool et 25 % est dépendante. Lancée en octobre 2005, la mission de prévention et de prise en charge de l’alcoolisme et de la tuberculose a développé des formations auprès des professionnels médicaux et, avec eux, des actions de sensibilisation de populations ciblées : les patientes du cabinet de médecine de famille, les tuberculeux, les

personnes en cellules de dégrisement suite à leur arrestation… « Sur la question de l’alcool, il n’y a pas de traitement médical à proprement parler. La prévention est donc un levier primordial d’intervention », explique Olivier Delclos, coordinateur de la mission. Soutenue par un fort lobby des fabricants, la production d’alcool est importante et tout le monde peut s’en procurer facilement, parfois de très mauvaise qualité étant donné le peu de contrôle. « C’est une des causes structurelles du problème, avec le changement de système. Après la fin de l’URSS, le passage
à la démocra t i e s ’ est accompagné d’un développement de la pauvreté, du stress, du chômage », analyse Baigal, médecin au CNC.

SANS EMPLOI, SANS PAPIERS

Suite aux nombreuses fermetures d’usines à travers le pays et aux difficultés économiques des éleveurs, c’est désormais dans la capitale que vit près de la moitié
de la population, pourtant traditionnellement nomade. Les nouveaux arrivants s’entassent dans les quartiers de yourtes de la périphérie. Sans emploi pour la plupart,
leur vie est remplie par l’alcool et le lot de violences qu’il entraîne. « À leur arrivée, beaucoup ne s’enregistrent pas auprès des autorités locales et ne peuvent
donc pas prétendre à une prise en charge de leurs soins médicaux », explique Navchaa, qui dispense pour MdM des formations sur les démarches d’obtention des papiers d’identité, nécessaires à l’ouverture de droits sociaux. En travaillant auprès des acteurs de proximité, dans un quartier de yourtes, la mission s’attelle également à les impliquer davantage dans le repérage des symptômes de la tuberculose. « Parfois dix personnes vivent ensemble dans une yourte exiguë. La maladie a alors tendance à s’étendre rapidement, d’autant plus vite parmi les alcooliques, car leur organisme est déjà affaibli » explique Olivier Delclos. Or, il n’existe aucun dépistage systématique dans l’entourage du malade. Pourtant, il est plus que jamais crucial d’améliorer l’information, puisque certains malades, des alcooliques en particulier, ont développé des formes de tuberculose résistantes. Le centre des maladies contagieuses vient d’ailleurs de créer un département pour ces patients.

Catherine Petillon
Photos : © David Delaporte

MédecinsduMonde - Le journal destiné aux donateurs - n° 86 mars 2007


TEMOIGNAGE
"J’ai appris des techniques pour dire non.”

Bayanjargal, originaire de la campagne, a 44 ans.

« En participant à cette séance de formation, j’ai appris des techniques pour dire non quand des amis me proposent de l’alcool. C’est précisément parce que j’ai du mal à refuser que je suis là. Je bois toujours trop : deux ou trois bouteilles par jour, le plus souvent de la vodka. Tout cela a commencé en 1990. À l’époque, j’avais 30 ans, je travaillais dans les mines. Un milieu d’hommes : tu es presque obligé de boire. Au début, je buvais après avoir touché mon salaire. Et puis, je n’ai plus contrôlé ma consommation. Et mes amis ne m’ont pas aidé. En plus, les conditions de travail sont si dures que souvent l’alcool réconforte, même s’il entraîne aussi beaucoup d’accidents mortels. Tous les problèmes que j’ai eus sont liés à l’alcool : j’ai perdu la confiance de ma femme, j’ai des ennuis de santé et j’ai eu trois accidents de voiture. Tous mes amis boivent. D’ailleurs, en Mongolie, maintenant, tout le monde boit. C’est le problème majeur du pays. Je dirais même que c’est la faute de la société. La pauvreté incite les gens à boire. »

MédecinsduMonde - Le journal destiné aux donateurs - n° 86 mars 2007

Décembre 2007