Mission Afghanistan

CHIFFRES

Mortalité infantile : 165‰
Mortalité des moins de 5 ans : 257‰
Mortalité maternelle : 1 900/100 000

Espérance de vie à la naissance : 46

IDH : NC

PIB/habitant ($): 430

Population bénéficiaire :
Projet 1 - directe : 36 000 ; indirecte : 92 000
Projet 2 - directe : 415 000
Projet 3 - directe : 14 000 injecteurs de drogues (minimum) ; indirecte : 50 000 consommateurs d'héroïne et leurs proches

Personnel :
Projet 1 - local : 18 ; expatrié : 1 ; personnel MCH : 30
Projet 2 - local : 30 ; expatrié : 1 ; personnel MCH : 52
Projet 3 - local : 8 ; expatrié : 1

Sources de financement :
Projet 1 - MdM, Florindon Foundation, State of Guernsey
Projet 2 - MdM et SDC
Projet 3 - MdM

Budget 2006 :
Projet 1 - 197 425 euros
Projet 2 - 188 970 euros
Projet 3 - 56 327 euros

Malgré un processus de démocratisation en cours ainsi que des tentatives de normalisation et de sécurisation, les enjeux de la reconstruction institutionnelle et socioéconomique restent un défi pour les autorités afghanes. Le retour de millions de réfugiés d’Iran et du Pakistan, essentiellement à Kaboul, accentue des phénomènes de paupérisation nouvelle. Par ailleurs, l’Etat n’est pas encore en mesure d’assurer les charges de santé publique, et l’accès aux soins pour la population civile, notamment pour les femmes et les enfants, reste fortement entravé.

PROTECTION MATERNO-INFANTILE

Kaboul

Activités

MdM soutient 2 centres de protection maternelle et infantile à Kaboul. Le programme s’articule autour de 4 axes :

  • l’accès aux soins des femmes (consultations médicales en pédiatrie, gynécologie et obstétrique, campagnes de vaccination, éducation à la santé de base et à l’hygiène) ;
  • la formation du personnel soignant local ;
  • la réhabilitation, l’approvisionnement en médicaments et l’équipement en matériel des infrastructures de santé ;
  • le développement d’un partenariat constant avec les autorités sanitaires locales.

Le volet formation a pris une importance particulière depuis le départ des Taliban, avec la formation de médecins féminins, d’infirmières et de sages-femmes.

Perspectives

Assurer une passation des deux MCH restantes à une ONG locale qui soit à même de maintenir le niveau et la qualité des services actuels.
Réinvestir les champs de la santé mentale et de la réduction des risques oubliés du système de santé en reconstruction.

PROTECTION MATERNELLE ET INFANTILE

Hérat

Activités

Dans 3 cliniques de la ville d’Hérat, l’action de MdM comporte 4 volets :

  • intervenir directement auprès des populations (consultations en pédiatrie, gynécologie, obstétrique,malnutrition et médecine générale, campagnes de vaccination, suivi médical, éducation à la santé de base et à l’hygiène) ;
  • former le personnel soignant local ;
  • réhabiliter, approvisionner en médicaments et équiper en matériel des infrastructures de santé ;
  • établir un partenariat avec les autorités sanitaires locales.
Perspectives

MdM a continué à soutenir le transfert de ses activités à l’ONG Coordination of Humanitarian Assistance au travers d’un appui technique et financier sur les 4 premiers mois de l’année 2006. Depuis mai 2006, nous avons pu constater la poursuite des activités et le maintien de leur qualité.

RÉDUIRE LES RISQUES AUPRÈS DES USAGERS DE DROGUE DE KABOUL

Kaboul

Activités
Programme échange de seringues et drop-in center à Kaboul

Alors que l’Afghanistan produit 92% de l’opium mondial, la consommation locale d’héroïne revêt une ampleur sans précédent. Une partie croissante de la production afghane n’est plus exportée mais consommée sur place. Selon la seule étude officielle, réalisée par l’UNODC[1] et publiée en 2005, 920 000 personnes, soit 3,8% de la population, consomment des drogues diverses. La pratique d’injection d’héroïne se répand très rapidement et, avec elle, la transmission du VIH et de l’hépatite C, infections non prises en charge dans le pays. Ainsi, sur les 464 personnes testées dans le centre de dépistage de Kaboul, 14 étaient séropositives et plus de 100 personnes avaient contracté l’hépatite C.
Kaboul cristallise la problématique de l’injection de drogues. La capitale connaît depuis quelques années un afflux massif de réfugiés et de personnes déplacées, de retour en Afghanistan depuis la chute du régime des Talibans et qui cumulent tous les facteurs de vulnérabilité : parcours personnels marqués par la violence des guerres et des conflits, ruptures familiales, extrême pauvreté, etc.

Face à la montée en puissance du nombre d’usagers de drogue et pour prévenir une probable explosion de l’épidémie de Sida, Médecins du Monde, présent depuis près de 25 ans dans le pays, a inauguré en septembre 2006 un centre de soins, ouvert à tous, qui propose des échanges de seringues, des services de premier soin et d’hygiène, des conseils, un volet de prévention sida. A terme, un programme de substitution à l’héroïne sera développé. Dans le centre, les usagers de drogue peuvent se reposer, se laver et s’organiser en groupes de parole pour concevoir ensemble des supports d’information adaptés aux plus marginalisés. « Au-delà des soins et de la distribution de seringues, l’objectif est de permettre aux usagers de drogue de retrouver une certaine estime de soi et la possibilité de se responsabiliser », estime Guive Rafatian, coordinateur du programme de MdM.

Parallèlement, des unités mobiles vont à la rencontre des usagers dans la rue afin de poursuivre ce travail de sensibilisation. Ainsi, des « pairs éducateurs » afghans, usagers de drogue ou anciens toxicomanes, formes par Médecins du Monde, délivrent dans la rue des messages de prévention et des outils de réduction des risques adaptés aux modes de consommations.

« A terme, notre objectif est de faire de ce programme un initiateur de nouvelles pratiques d’approches et de prises en charge des usagers de drogue. Ceci permettra d’élargir la palette d’offre de soins en Afghanistan et favorisera le transfert de compétences auprès des acteurs locaux », conclut Olivier Maguet, responsable de la mission.

TEMOIGNAGES

Saïd Aziz, 38 ans, se rend au centre depuis 2 mois.

« Il y a 20 ans, je suis parti vivre en Iran. J’étais tailleur et mon patron me donnait de la drogue pour que je puisse travailler jour et nuit. C’est là-bas que je suis devenu dépendant. Apres la chute du régime des Talibans, je suis rentré a Kaboul mais sur le chemin du retour, des voleurs m’ont pris tout pris. Ici je n’ai pas de travail, je ne suis pas heureux. A la radio, ils disaient que la situation s’améliorait mais si j’avais su que la vie en Afghanistan était comme ça, je ne serais pas rentré. Quant je vivais en Iran, j’étais dépendant mais ma famille ne me rejetait pas parce que j’avais un travail et que je pouvais subvenir à leurs besoins. Depuis que je vis ici je n’ai pas de travail fixe et a cause de ma dépendance a la drogue, j’ai dû quitter ma famille. Cela fait maintenant 1an et 2 mois que je vis dans la rue avec les autres usagers. Je ne veux pas retourner vivre avec ma sœur, ma femme et mes 4 enfants parce que j’ai honte. Je viens d’apprendre par un ami que ma famille allait être expulsée parce qu’elle n’a pas pu payer le loyer depuis 7 mois. Je ne sais pas quoi faire.

Certains jours, je travaille pour décharger des camions de sacs de ciment et de briques. Je gagne environ 150 afghanis par jour et je travaille 4 jours par semaine. Avec cet argent ou celui que j’emprunte a des amis, j’achète pour 100 afghanis de drogue par jour. Il ne me reste pas beaucoup d’argent alors je ne mange que 20 jours par mois, le plus souvent du pain et du thé. Parfois je me sens tellement faible que je ne peux pas travailler. En plus, dans la rue, nous sommes harcèlés et rackettés par la police. Ils protègent les dealers de drogue même sur les lieux où nous achetons notre drogue. »

Moslem a 32 ans et entre dans le centre pour la 1ere fois. Apres avoir émigre en Turquie puis en Iran, il a été reconduit à la frontière il y a 2 ans. Ses papiers n’étaient plus en règle.

« Je vivais en Iran avec ma femme qui est iranienne et nos deux enfants. Ils sont restés en Iran et je n’ai pas de contact avec le reste de ma famille qui vit à Londres et en Iran.

Là bas, j’étais tailleur et je faisais du Karaté. Lorsque je suis rentre en Afghanistan, j’ai voulu monter une école de Karaté avec un ami qui rentrait aussi d’Iran. Cet ami se droguait et c’est avec lui que j’ai commencé. Depuis, je chasse le dragon avec de l’héroïne. Je fume trois fois par jour et si je n’ai pas mes doses, c’est insupportable, je vais très mal et je pense à me suicider.

J’emprunte de l’argent à mes amis pour m’acheter ma drogue. J’ai voulu arrêter et je me suis inscrit dans un centre de sevrage mais je ne pouvais pas me permettre de m’y rendre tous les jours, je devais travailler pour gagner ma vie. Pourtant, je veux vraiment arrêter de consommer, je ne peux plus continuer à vivre sur le dos de mes amis. Avant j’étais quelqu’un de respecté, de vertueux et de confiance mais depuis que je consomme, mes amis m’évitent. Mon meilleur ami ne veut même plus me voir. Aujourd’hui, j’ai plein de dettes. Je veux les rembourser et retrouver la confiance des gens.

Je vis à l’hôtel et parfois je dois dormir dehors. La rue, c’est une mort progressive. Tout y est difficile : trouver de l’argent, de la drogue, un endroit pour consommer...Toute la journée, c’est de la souffrance. La drogue détruit tout. J’attends que quelque chose me sauve, que je sois soigne et que je reprenne une vie normale. Si j’arrive à m’en sortir, je voudrais que ma famille me rejoignent en Afghanistan mais pour le moment, ce n’est pas possible : la situation a Kaboul est très difficile. L’insécurité, le manque de travail et l’instabilité politique ne permettent pas leur retour. Si ça ne va pas mieux, je repartirais en Iran ».



Photos : Jacky_Naegelen / Reuters; textes Florence Priolet

Juillet 2007