Tribune   Chronique d’une paix impossible


L'histoire, pour le moins convulsive du Moyen Orient, et du Liban en l'occurrence, n'a pas dit son dernier mot ! Le pays du Cèdre, bombardé depuis plusieurs jours, est l'objet, au mieux, de condoléances contrites de la part de nos dirigeants politiques, au pire, d'un constat d'incapacité d'agir sur les protagonistes, donc sur la guerre. L'ONU est une fois de plus réduite à un forum incantatoire, veto américain du conseil de sécurité oblige.
Qu'en est-il au Liban? L'ensemble de la population est agressée, les tueries (plus de 400 morts, le double de blessés ) continuent de façon indiscriminée, et les secours, obligation minimale mais absolue, sont bloqués.
Rappelons que la grande majorité des victimes sont des civils. C'est également le cas côté israélien, dont les civils de Haïfa et de Galilée connaissent aussi un drame meurtrier depuis plus de deux semaines.
Pour sa part, le président libanais Emile Lahoud reprend la rhétorique du rôle du Hezbollah, plein acteur de la politique libanaise, ( deux ministres, des parlementaires..), et appelle au cessez le feu. Il rappelle une certaine vérité, celle de la popularité du même Hezbollah dans le "monde arabe"; le trait est quelque peu forcé, sachant les tensions chiito-sunnites dans ce même monde arabe, et l'aversion de bien de ces pays pour le régime iranien, accusé d'être le grand maître à penser et agir du Hezbollah.
Le problème n'est pas là, dans l'immédiat.
L'urgence est au cessez le feu, à la condamnation d'un pays, Israël, qui, au regard du Droit International Public, est agressé sur son territoire par un groupe militaro-politique, le Hezbollah, mais qui, comme on l'a si souvent vu, riposte de façon disproportionnée, asymétrique, sans discrimination, et en toute impunité. Le pire est probable.
Le pire, c'est une guerre qui s'enkyste. C'est l'entêtement israélien à gérer la crise avec ses méthodes d'exécution des leaders ennemis, c'est d'imposer au Liban son ordre intérieur, de forcer le peuple libanais à se diviser, c'est-à-dire à s'unir contre le Hezbollah. Le résultat risque d être exactement inverse au but recherché : l'union sacrée du peuple libanais, en quête de souveraineté fragile, contre l'ennemi régulier, Israël. Le pire, c'est encore le blocage américain à des résolutions fermes du conseil de sécurité de l'ONU, le nanisme politique arabe et européen. C'est enfin la radicalisation des opinions arabes, iranienne, et le grain à moudre que cette tragédie ne manquera pas d'apporter aux fondamentalistes islamistes de tous bords, pour lesquels tout est bon pour alimenter un Jihad haineux.
En face du pire, il pourrait y avoir moins pire : une réelle pression sur Israël pour stopper cette opération, un accès aux victimes, un quartet qui, autrement que virtuellement, se saisisse de la question palestinienne (ce pourquoi il a été crée).
Les acteurs humanitaires ne sont pas politiques, mais ils sont au coeur des politiques les plus extrêmes parfois, ce qui les engage à porter assistance mais aussi à témoigner, pour relater ce qu'ils voient : les horreurs de la guerre, les violations graves du Droit International humanitaire, les entraves à l'accès aux victimes. Médecins du Monde est une ONG médicale ; le soin, le soutien, à leur demande, aux soignants libanais, est légitime en soi, mais ne suffit aucunement : reste l'indispensable rôle de lobbying et de dénonciations face au désastre constaté sur le terrain. C'est la raison d'être d'associations telles que la nôtre. Chacun sait l'absurdité des secours, certes indispensables, hors de toute solution politique. La stratégie de la mise a feu de la poudrière moyen-orientale serait celle de certains dirigeants de ce monde? Hypothèse plausible, comme bien des Libanais en sont persuadés. Et les calculs politico-militaires aventureux ont cette constante: un prix très élevé en désastres humains...