Pakistan (mai 2006)



Dominique Dumand et Pierre Puijalon, membres du Comité des Donateurs, ont passé une semaine au Pakistan où Médecins du Monde intervient auprès des victimes du tremblement de terre d'octobre 2005 et combat les violences faites aux femmes.

Dominique Dumand et Pierre Puijalon, membres du Comité des Donateurs, ont passé une semaine au Pakistan où Médecins du Monde intervient auprès des victimes du tremblement de terre d'octobre 2005 et combat les violences faites aux femmes.

Samedi 8 Octobre 2005 :

Séisme de magnitude 7,6 sur l'échelle de Richter.
Epicentre : les villes de Muzzafarabad et Balakot, aux confins du Cachemire et du Penjab.
Bilan : plus de 80 000 morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de sans-abri. Bilan froid d'une catastrophe qui n'a eu que peu d'audience dans les médias occidentaux. Pas de touristes, pas de Français dans les décombres.
La géographie : des vallées très abruptes et encaissées rendant difficile l'aide par hélicoptère.
Le climat: rude l'hiver, chaud l'été. Cette région, c'est celle du Nanga Parbat avec ses 8000 mètres.

Six mois après le séisme, les réfugiés ont été évacués des camps mais la reconstruction n’avance pas. Médecins du Monde a adapté son action et intervient maintenant dans la vallée du Kaghan. Nous nous y sommes rendus du 29 avril au 7 mai pour faire un point sur la situation.

Parallèlement à son soutien aux victimes du tremblement de terre, Médecins du Monde, qui intervient depuis 1996 au Pakistan, a démarré en 2004 un projet pilote dans le Penjab, pour venir en aide aux femmes victimes de violence. Nous avons partagé les difficultés de cette équipe, qui travaille dans un environnement extrêmement difficile.

De cette semaine passée au Pakistan nous restent en mémoire des images fortes.

Base MdM dans la Kaghan Vallée :

Choc visuel : une route de montagne qui monte à pic, d'énormes blocs, prêts à se détacher. Poteaux électriques arrachés, ponts détruits. Talagot, rasée avec ses milliers de tentes.

Choc émotionnel : ces regards de femmes assises par terre, complètement voilées, attendant la consultation de la sage-femme devant la tente à Lohar Banda. Enfants craintifs, manquant de soins et d'hygiène, hommes de 60 ans qui en paraissent 80.

Images fortes d'un groupe soudé, des chauffeurs à la coordinatrice médicale. Une équipe couchant sous la tente, dans un confort minimum, au milieu des ruines de l’école. Le tout dans une vallée superbe, dominée par des sommets enneigés.

Ils affrontent un chantier énorme : rétablir les bases du système de santé, inculquer des règles d'hygiène minima. Des gestes médicaux élémentaires, sans doute frustrants pour eux mais rassurants pour cette population traumatisée.

Si l’opportunité de cette phase de post-urgence nous semble indiscutable, nous pouvons nous interroger sur sa durée : 6 mois, un an, deux ans ? Certes, post-urgence par rapport au tremblement de terre, mais sûrement urgence face à la pauvreté. La question qui se pose maintenant est effectivement, celle de la durée de cette intervention.

Cette mission, telle qu’elle s’est re-déployée dans la vallée du Kaghan nous semble très emblématique des valeurs de MdM : assistance aux populations démunies et abandonnées, soins de santé primaires, structure légère et gestion optimum de l’argent des donateurs et témoignage .

À Lahore, autre choc :

Nous visitons un refuge pour femmes victimes de violences. Les coutumes au Pakistan sont terribles pour les femmes et la loi les renforce.

Avec ses grilles de sécurité, l'interdiction d'en sortir et son garde armé, le Dar Ul Aman ressemble davantage à une prison qu'à un refuge. Nous avons longuement rencontré deux de ces femmes : le tragique de leur situation nous a profondément émus. Quel espoir pour ces jeunes femmes qui ont déjà connu le pire ?

L’équipe de la mission long terme intervient sur 3 centres : ils apportent soutien médical, psychologique et juridique à ces femmes meurtries par la vie et mènent une action auprès d'autres ONG et de l'ONU pour faire évoluer la loi. Cette action nous semble avoir une portée symbolique forte.

Ces rencontres émouvantes ont renforcé notre fierté d’être donateur, de permettre à Médecins du Monde de venir en aide à ceux que le monde oublie : populations pauvres du nord, femmes des foyers d'accueil. Fierté également de la fraternité qui anime ces équipes dans leur lutte contre l’injustice. Merci à eux !

Dominique Dumand et Pierre Puijalon