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Droits et santé des femmes, piliers du développement : un défi permanent

© Quentin Top

Droits et santé des femmes, piliers du développement : un défi permanent

Droits humains essentiels, les droits sexuels et reproductifs constituent une composante majeure du progrès vers l’égalité des genres et un développement juste et durable. Pourtant, malgré des engagements répétés au niveau international et régional, la liberté des femmes et des filles à décider pour elles-mêmes de leur sexualité, de leur santé, de leur vie ne cesse d’être menacée et les progrès demeurent fragiles.

"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant." Près de 70 ans plus tard, cet appel de Simone de Beauvoir résonne toujours autant : proposition de loi visant à interdire totalement l’avortement en Pologne, dépénalisation des violences domestiques en Russie, rétablissement de la « règle du baillon mondial » qui conditionne l’aide publique au développement des Etats-Unis à l’engagement de ne pas fournir de services ou d’information relatifs à l’avortement, montée des mouvements anti-choix en Europe…, les exemples dans l’actualité récente attestent de la détérioration ou de la fragilité des droits des femmes. 

 

L’actualité récente atteste de la détérioration ou de la fragilité des droits des femmes.

 

En particulier, le plein exercice du droit à l’avortement demeure un sujet éminemment controversé sur la scène internationale mais également au sein de l’Union européenne. Malte, notamment, qui assure actuellement la présidence du Conseil de l’Union européenne, est l’un des derniers pays au monde qui ne tolère aucune dérogation en matière d’avortement. En France, ce droit se retrouve encore au cœur des débats entre les candidats à l’élection présidentielle.

Lois, restrictions, pressions sur la sexualité et le corps des femmes sont autant de freins à leur émancipation mais n’ont pas d’effet dissuasif quand elles décident de mettre un terme à une grossesse non désirée. Au contraire. Mais en faisant un choix, le leur, les femmes risquent toujours de mourir quand l’avortement sûr et légal n’est pas garanti. Pourtant il n’est plus à prouver que les femmes et les adolescentes qui ont le contrôle de leur sexualité et de leur fécondité sont en meilleure santé, ont plus de chances de poursuivre leurs études, d’entrer sur le marché du travail, de participer à la vie publique et d’investir dans la santé et l’éducation de leurs enfants.

 

 

Médecins du Monde a fait du combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps une de ses priorités d’action. Qu’il s’agisse d’une collégienne en Côte d’Ivoire - où 47% des enseignants déclarent avoir eu des relations sexuelles avec une élève-, d’une mère de famille qui a fui la Syrie pour l’Europe, d’une femme non mariée à Gaza, d’une jeune victime de violences en RCA, d’une femme ne pouvant pas accéder à un avortement médicalisé au Pérou (où Médecins du Monde a pris en charge plus de 1300 femmes suite à un avortement à risque en 2016) ou d’une femme sans papiers en France, nos équipes sont témoins de la persistance des inégalités et des discriminations vécues ainsi que des entraves à l’accès à des soins de qualité et à l’exercice des droits. Face à ce constat, MdM promeut la capacité des femmes et des filles à recourir à des services de santé de qualité et à faire valoir leurs droits.

 

Médecins du Monde a fait du combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps une de ses priorités d’action.

 

A l’échelle individuelle, locale ou globale, le droit des femmes et des filles au libre choix est un enjeu majeur qui doit mobiliser chacun et chacune d’entre nous pour faire avancer l’égalité réelle et la positionner comme un pilier essentiel du développement économique et social. Les représentants de près de 50 gouvernements réunis à Bruxelles le 2 mars aux côtés de la société civile à l’occasion de la conférence « She Decides » (Elle Décide), se sont engagés à unir leurs efforts pour que les droits des femmes et des filles soient inscrits en haut de l'agenda international dans les années à venir. C’est le point de départ d’un mouvement global qui doit s’intensifier ! Nous attendons notamment de la France que  son engagement politique réaffirmé soit augmenté de moyens financiers dédiés et adaptés à la réalité des besoins. Les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs concernés doivent se saisir sans attendre de cet enjeu majeur de santé et de développement et donner aux femmes les moyens de décider librement et en toute responsabilité de la vie qu’elles veulent mener.

 

Pour aller plus loin

A l’occasion de la 40e journée internationale des droits des femmes, Françoise Sivignon fut l'invitée de Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes, au Quai d’Orsay, lors d'une soirée rassemblant des personnalités de tous horizons. Retrouvez ci-dessous son intervention (à partir de la 57ème minute).

Dr Françoise Sivignon
présidente de Médecins du Monde France
Anne Sinic
chargée de plaidoyer à Médecins du Monde France