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" Nous n'avions pas imaginé que la situation atteindrait ce niveau de violence."

Un infirmier soigne un patient blessé à la machette. © Sébastien Duijndam

" Nous n'avions pas imaginé que la situation atteindrait ce niveau de violence."

Géraldine Lang, médecin volontaire pour Médecins du Monde, de retour de Centrafrique.

 

Quelle est la situation actuelle à Bangui ?

La situation sécuritaire à Bangui est extrêmement tendue. On ne sait pas le matin si l’on va pouvoir travailler et parfois en quittant la base nous devons faire demi-tour parce que des tirs retentissent dans tous les sens. D’une heure à l’autre la situation peut changer pour devenir très violente. Un couvre-feu a été fixé à 18h, mais à 17h30 tout le monde doit être rentré. Rien ne se fait à pieds à Bangui. Un responsable sécurité est toujours informé de nos allers et venues et certains quartiers sont carrément interdits d’accès. Sur les 4 sites où l’on travaille, l’un est absolument inaccessible au niveau sécuritaire. En tant que médecin, on éprouve un fort sentiment de frustration. On ne peut pas transférer les personnes blessées, ni en soirée, ni la nuit et parfois même, on ne peut transférer personne. Lorsque l’on est face à des femmes enceintes ou des enfants notamment, c’est très difficile à vivre car on ne peut rien faire pour eux.

C’est un contexte de guerre, les militaires sont partout et on a le sentiment que la tension est palpable. À Bangui, on se couche en entendant des tirs et quand on se lève on les entend toujours. Médecins du Monde est arrivée en RCA en juin 2013, nous n’avions pas imaginé que la situation atteindrait ce niveau de violence.

 

Quels sont les besoins  pour la population ?

Le système de santé s’est complètement effondré. Les besoins en terme médicaux sont énormes, autant sur le plan des soins de santé primaires que secondaires. On s’aperçoit que des pathologies se développent comme le paludisme, la tuberculose, les pathologies respiratoires mais aussi les diarrhées. La population n’est plus du tout prise en charge avec des maladies chroniques qui peuvent très rapidement s’aggraver. Mais le plus inquiétant dans les mois avenir c’est que l’on risque de devoir faire face à une situation de malnutrition très importante. Les récoltes ont été complètement pillées ou n’ont pas pu se faire, les importations de l’étranger sont totalement bloquées au niveau des frontières, donc les prix flambent et la population n’aura bientôt plus rien à manger.

On a des blessures par flèches, machette, grenades, armes lourdes, armes blanches.

Au quotidien, on accueille de nombreux blessés, et on transfère environ 6 à 7 blessés graves par jour. Les blessures sont multiples et les armes utilisées également. On a des blessures par flèches, machette, grenades, armes lourdes, armes blanches. J’ai vu également des cas de torture. Un homme s’est présenté un jour avec les deux mains brulées. On les lui avait trempées dans de l’eau bouillante. Les patients sont en général des jeunes hommes, mais on a également référé des femmes et des enfants victimes des armes de longue distance.

 

Comment travailler dans ce contexte de tension extrême ?

Il est très difficile de travailler en tant que médecin à Bangui. Mais la population avec laquelle j’ai été en contact a toujours été très agréable et l’équipe locale est très compétente et motivée. Notre aide a été très bien accueillie. Les gens gardent de l’humour et de la bonne humeur même dans des situations dramatiques. J’ai le souvenir d’un homme qui s’est présenté à nous avec environ 50 plaies par machette sur le corps. L’infirmière qui préparait les soins était à court de fil de suture et l’homme a réussi, même dans cette situation terrible de souffrance, à faire de l’humour en disant qu’il avait certainement à lui seul vidé le stock. Mais c’est tout de même un contexte très barbare. C’est vraiment terrible et on ne sait pas tout. Nous n’avons par exemple aucune information sur la situation hors de Bangui. Il semble que les villages alentours soient complètement pillés et désertés. Nous maitrisons à peu près ce qui se passe à Bangui mais le reste du pays est complètement hors contrôle.