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Les visages de l'exil

© Olivier Papegnies

Les visages de l'exil

Depuis cinq ans que dure la guerre civile, le brasier syrien demeure inextinguible. Alors que la communauté internationale échoue à trouver une issue diplomatique, alors que l’Europe se replie sur elle-même, sans répondre au besoin de protection des victimes, les drames humains se multiplient. Plus de 250 000 morts, un million et demi de blessés, sept millions de déplacésinfo-icon internes, cinq millions de réfugiés à l’étranger… Derrière les chiffres, des hommes, des femmes, des enfants réduits à un quotidien de violence, d’aliénation et de perte. À un sentiment de peur, de détresse et d’isolement.

Cette souffrance, ce sont cinq familles syriennes réfugiées au Liban, en Jordanie et en Turquie qui nous la racontent. Cinq familles qui ont fui l’horreur pour survivre et partagent dans l’exil – au-delà du dénuement et du désarroi – le même désir de préserver leur dignité et de construire un avenir pour leurs enfants.

Liban, Beyrouth Sud

Un quotidien de violence et d’humiliation

Les yeux baissés sur les arabesques du tapis qui couvre le sol de la petite pièce en rez-de-chaussée où vivent onze membres de sa famille, Amal, 15 ans, parle peu. C’est son père, Omar, le teint sombre et le verbe haut, qui raconte leur histoire. « Nous avons connu l’enfer en Syrie. J’espérais trouver une vie meilleure au Liban. » Réfugiésinfo-icon à Hay el-Selloum, au sud-Beyrouth, la famille fait régulièrement l’objet de persécutions depuis deux ans. Dans ce quartier où vivent des Libanais défavorisés, les drapeaux à l’effigie du Hezbollah flottent au-dessus des portraits de martyrs. Les Syriens qui, comme Amal et sa famille, s’y sont installés pour échapper à la guerre, font figure de pauvres parmi les pauvres, souvent pris à partie, humiliés, exploités.

Nous avons connu l’enfer en Syrie.

Originaire de Raqaa, au nord de la Syrie, la famille doit fuir dès le début du conflit. D'abord dans la Ghouta orientale, près de Damas, où ils vivent de travaux agricoles. Mais le blocus de la ville les oblige à reprendre la route. Direction Adra, à 30 km. Ils n’y resteront que 20 jours : « J’ai cru que nous allions mourir. Des combattants massacraient les gens partout autour de nous. Nous avons même fait nos adieux à nos amis. » Omar décide alors de mettre sa famille à l’abri au Liban. Mais la pression exercée sur l’économie et les institutions libanaises par l’afflux de réfugiés est énorme. Le pays, qui a déjà accueilli des centaines de milliers de Palestiniens depuis 1948, n’est pas en mesure de répondre aux besoins des 1,5 millions de Syriens installés sur son territoire. Avec l’enlisement du conflit, les conditions de vie de ces familles s’aggravent. 70 % d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté.

Omar et sa famille ont fui la guerre en Syrie ©Olivier-Papegnies
Omar et sa famille ont fui la guerre en Syrie © Olivier Papegnies

La famille d’Omar ne fait pas exception. « Quand nous sommes arrivés au Liban, nous avons travaillé quelques semaines dans une usine de nylon. On nous donnait 20 $ par jour pour dix personnes », s’insurge-t-il. Ses filles aînées, Amal et Chadia, 14 ans, sont ensuite employées dans une pâtisserie. 14 heures par jour, payées 10 $, elles s’épuisent en corvées ingrates. Le patron les humilie. « Il dit que nous sommes sales, il nous insulte, se moque de nous », finit par lâcher Amal dont la voix tremble de colère. Mais un jour Chadia, qui souffre d’une malformation des pieds, tombe, emportée par un plateau trop lourd. « Le patron l’a frappée alors qu’elle était par terre. Puis il l’a traînée par les cheveux jusqu’à l’extérieur et l’a chassée. » À l’évocation de ce souvenir, l’adolescente craque et fond en larmes. Aujourd’hui Chadia a trouvé un nouvel emploi. Amal, elle, continue à subir les offenses et les mauvais traitements.

La souffrance se lit sur les visages d’Omar et de sa femme quand ils évoquent encore Marwan, leur fils de 8 ans, qui doit abandonner l’école parce qu’on le frappe. Ou le sac d’excréments qu’ils découvrent un matin sur leur balcon. Malgré les humiliations, retourner en Syrie est impensable. « Mon pays est complètement détruit, explique Omar, et les choses ne s’arrangent pas. Tout ce que je veux, c’est vivre dans un endroit où on peut manger à notre faim, un endroit où on nous respecte. »

Chadia, la fille ainée d'Omar, a subi les offenses et les mauvais traitements ©Olivier Papegnies
Chadia, la fille ainée d'Omar, a subi les offenses et les mauvais traitements ©Olivier Papegnies

Liban, Vallée de la Bekaa

Le poids de l’ennui et de la frustration

Le rejet, l’isolement, Hyam et Houda les connaissent. Ces deux sœurs arrivées de la banlieue sud de Damas il y a 4 ans ont été abandonnées par leurs maris au Liban. Hyam, la cadette, a deux filles, Janah et Farah. L’aînée, Houda, est mère d’une petite Zeina. Comme elles, des centaines de milliers de Syriens ont trouvé refuge dans la vallée de la Bekaa, qui borde la frontière occidentale de la Syrie. Mais contrairement à bon nombre de leurs compatriotes, condamnés à vivre été comme hiver dans des tentes parmi les champs qui tapissent cette région agricole, aujourd’hui Hyam et Houda partagent un appartement à Qab Elias, avec leurs parents et un de leurs frères.

Hyam et Houda se sont installées avec leurs enfants dans un appartement de la vallée de la Bekaa
Hyam et Houda se sont installées avec leurs enfants dans un appartement de la vallée de la Bekaa © Olivier Papegnies

À leur arrivée, pourtant, elles doivent se contenter d’un container dans lequel ils sont treize à s’entasser. Puis leur frère décroche un emploi de chauffagiste et la famille s’installe dans un logement plus décent. Assise sur un matelas, dans une chambre sans autre meuble qu’une paire de chaises de jardin, Hyam raconte : « Avant nous vivions dans la misère, nous ne pouvions par respirer correctement. Maintenant les choses vont un peu mieux pour nous, mais la pression psychologique est énorme. Sans maris, nous sommes obligées de jouer le rôle du père et de la mère. » Hyam trouve bien quelques petits boulots de coiffeuse, mais la plupart du temps les deux femmes sont complètement désœuvrées, assommées par la routine du quotidien. Leur vie sociale se résume au marché et à leurs enfants. « Nous ne faisons que dormir et manger, dormir et manger. » La détresse est frappante, les symptômes de la dépression évidents.

À leur arrivée, elles doivent se contenter d’un container dans lequel ils sont treize à s’entasser.

Hyam et Houda sont suivies par les équipes de santé mentale et de soutien psychosocial de Médecins du Monde. Aux côtés d’autres soignants libanais, elles viennent en aide aux réfugiés syriens comme aux Libanais démunis dans quatre centres de santé de la Bekaa, en partenariat avec trois associations : Amel, Islamic Welfare Society et la Paroisse d’El Qaa. « Nous rencontrons beaucoup de femmes seules, divorcées, avec des enfants, explique Fatima Nabaa, qui suit les patients en souffrance psychologique pour l’association. Elles se sentent isolées, tristes, pessimistes. »

À travers l’immense baie vitrée qui longe l’appartement, la vue sur la vallée est imprenable. Mais ce cadre naturel exceptionnel, les deux sœurs affirment ne plus le voir, ne plus y trouver la moindre consolation. Passant de l’écran de télévision sur lequel défilent des dessins animés à la terrasse où elles tournent en rond, leurs trois filles s’occupent comme elles peuvent. « C’est difficile de canaliser leur énergie. Elles ne sortent pas pour se dépenser parce que les enfants sont agressifs les uns envers les autres. C’est notre frustration de parents qui rejaillit sur eux. »

Hyam et Houda n’imaginent pas rentrer en Syrie un jour. Elles fondent leurs derniers espoirs sur une autre de leurs sœurs qui pourrait être accueillie en Europe parce que son mari a été tué. Mais ce regroupement familial risque d’être compromis par la situation de Houda, dont le mari est parti vivre au Brésil sans officialiser leur divorce, l’empêchant ainsi de voyager sans son autorisation. « J’espère que les autorités ne vont pas me rendre la vie plus difficile encore », soupire-t-elle. Consciente de sa double peine de réfugiée de guerre et de femme abandonnée.

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Entre la télévision et la terrasse, les enfants tournent en rond ©Olivier Papegnies
Entre la télévision et la terrasse, les enfants tournent en rond ©Olivier Papegnies

Jordanie, Camp de Zaatari (nord)

Construire un avenir pour ses enfants

En Jordanie, les exilés syriens partagent ce même souci d’élever leurs enfants malgré le déracinement et une vie bouleversée. Sur les cloisons peintes de couleurs vives des préfabriqués qui bordent l’un des douze districts du camp de réfugiés de Zaatari, au nord-est d’Amman, des messages s’enroulent comme des volutes d’espoir. « Education », « I want to learn a language ». Un désir d’apprendre qu’illustre encore une fresque sur laquelle trois enfants accroupis se couvrent respectivement les yeux, les oreilles et la bouche avec des livres, détournant la maxime des singes de la sagesse : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

Élever ses enfants, quelles que soient les conditions ©Olivier Papegnies
Élever ses enfants, quelles que soient les conditions ©Olivier Papegnies

Ouvert en juillet 2012 par les autorités jordaniennes à moins de 20 km de la frontière sud de la Syrie, le camp accueille aujourd’hui 80 000 réfugiés. En presque 4 ans d’existence, Zaatari s’est organisé comme une ville, avec ses commerces, ses hôpitaux, ses écoles, son administration. Les Syriens y vivent en sécurité. Ils partagent une culture, une histoire. D’autant que la plupart d’entre eux viennent du gouvernorat de Deraa, de l’autre côté de la frontière. Comme Ahmed, sa femme Nour et leurs quatre filles. « On est arrivés le 12 avril 2014, se souvient Ahmed. À Deraa, je ne pouvais plus laisser mes enfants sortir, des bombes tombaient à 20 mètres de notre maison. » Depuis, la famille vit dans une cabane en taule que le père a construit de ses mains, après trois mois passés sous une tente. « On attend qu’on nous donne un préfabriqué mais rien ne se passe. On est six dans une seule pièce. La cuisine est séparée par une couverture et les insectes entrent partout. » Si aujourd’hui ses filles peuvent se blottir devant un radiateur à gaz récupéré chez des voisins, quelques semaines plus tôt seul le réchaud de la cuisine les protégeait du froid.

Zaatari s’est organisé comme une ville, avec ses commerces, ses hôpitaux, ses écoles, son administration. ©Olivier Papegnies
Zaatari s’est organisé comme une ville, avec ses commerces, ses hôpitaux, ses écoles, son administration. ©Olivier Papegnies

Car Ahmed et sa famille manquent de tout. Pour survivre, ils dépendent de l’argent qu’un parent leur envoie et des 120 dinars (150 €) versés chaque mois sur une carte de paiement par le programme alimentaire mondial. Ce crédit dédié à la nourriture, uniquement utilisable dans le supermarché du camp, Ahmed doit parfois le troquer contre de la monnaie pour pouvoir payer d’autres biens. Notamment les fournitures scolaires de Loundja et Maraha, ses aînées.

Les deux sacs à dos d’écolières accrochés au mur en témoignent, l’éducation est une priorité absolue, l’unique espoir d’un meilleur avenir pour ses enfants que le père n’entend pas sacrifier à l’horreur de la guerre et à la misère de l’exil. « Loundja est une très bonne élève. Elle va dans deux écoles, celle du Bahreïn et l’école américaine. J’aimerais qu’elle puisse faire de grandes études. » Avec un sourire où perce la timidité, Loundja murmure que son rêve est de devenir professeur d’anglais. Son père approuve, fier mais inquiet.

 

L'éducation des enfants, une priorité absolue pour Ahmed ©Olivier Papegnies
L'éducation des enfants, une priorité absolue pour Ahmed ©Olivier Papegnies

L’éducation, unique espoir d’un meilleur avenir pour ses enfants

Parce que la famille est sur le départ. « Quand j’ai décidé de quitter mon pays pour venir en Jordanie, c’était pour protéger mes enfants. À Zaatari elles sont en sécurité, mais c’est tout ce que nous avons trouvé ici. Je me sens enfermé, inutile pour ma famille. » Parce qu’il juge leurs conditions de vie indignes, inappropriées pour l’éducation des enfants, parce qu’il ne peut pas travailler et gagner sa vie, Ahmed va retourner en Syrie. « Dehors je pourrai être actif, prendre ma famille en charge. » Pourtant Ahmed sait bien que la situation ne va pas en s’améliorant en Syrie. Un de ses neveux est mort dans les combats il y a deux mois et il ne sait pas où se trouvent ses parents aujourd’hui. Ce dont Ahmed est sûr, par contre, c’est que sa maison est toujours debout. Il la prête à d’autres familles, elles-mêmes déplacées à l’intérieur du pays. Gracieusement, parce qu’il faut bien s’entraider.

Ahmed et sa famille, dans leur logement de Zaatari ©Olivier Papegnies
Ahmed et sa famille, dans leur logement de Zaatari ©Olivier Papegnies

Jordanie, Camp de Zaatari (est)

Nés en exil : l’enfance sans racines

Pour la famille de Sohad, 47 ans, il n’est pas question de rentrer en Syrie, pas tant que le pays est ravagé par la guerre civile. En 3 ans, sa famille a trouvé une forme d’équilibre dans le camp de Zaatari. Cette mère de huit enfants se souvient de son élevage de poulets, des champs d’oliviers et de la citerne souterraine qu’ils avaient creusée pour arroser leurs cultures. « À Deraa, on vendait les produits de nos cultures sur les marchés. » À Zaatari, Messaoud, le père, tient une petite boutique dans la grande rue commerçante, qu’ici on appelle les Champs-Élysées, entre un magasin de robes de mariées et une épicerie. Il y vend quelques vêtements, des denrées alimentaires, des produits d’entretien. Tout ce qui peut permettre de nourrir cette famille nombreuse installée dans deux préfabriqués attribués le HCRinfo-icon.

Messaoud, le père, tient une petite boutique dans le camp ©Olivier Papegnies
Messaoud, le père, tient une petite boutique dans le camp ©Olivier Papegnies

C’est là que Sohad occupe ses journées à prendre soin des plus jeunes de ses enfants pendant que les aînés vont à l’école. Le benjamin, Nabil, a trois ans. Boucles brunes et grands yeux rieurs ourlés de longs cils, il est né en exil, à l’hôpital de Mafraq, la ville jordanienne la plus proche du camp. Son terrain de jeu se limite à deux pièces austères tapissées de coussins que sépare une cour boueuse. Son horizon à une plaine désertique sans végétation. « Lorsque j’étais enceinte, les hôpitaux de Deraa n’étaient pas sûrs, ils étaient la cible des bombardements. C’est pour cette raison que nous sommes partis. »

Les hôpitaux de Deraa étaient la cible des bombardements

La peur, la fuite et l’abandon de toutes leurs possessions jusqu’à leurs plus intimes souvenirs ont terriblement perturbé Sohad. Elle accouche prématurément, alors que leurs papiers d’identité sont entre les mains des autorités jordaniennes qui contrôlent les arrivées de réfugiés. « C’est une véritable tragédie, explique Sohad, Nabil n’a pas d’identité légale, pas d’acte de naissance excepté un certificat de l’hôpital. Pour obtenir ce document, il faudrait aller au tribunal et payer des frais de justice. » L’autre option serait de passer par un contact à l’extérieur du camp pour en faire la demande en Syrie. Mais ces démarches, trop compliquées ou trop coûteuses, découragent Sohad. « Mon fils est en bonne santé, c’est l’essentiel. Je l’emmène au centre de santé de Médecins du Monde où les docteurs sont très gentils avec lui. »

Nabil, né en exil, et Sohad, sa mère ©Olivier Papegnies
Nabil, né en exil, et Sohad, sa mère ©Olivier Papegnies

« Ici les gens prennent soin les uns des autres, insiste Sohad, mais ce qui nous manque le plus c’est la liberté de mouvement. » Impossible pour cette mère dévouée de rendre visite à son fils resté en Syrie. « Je voudrais qu’il vienne nous retrouver mais il est coincé là-bas parce que la frontière est fermée. » Sa grande crainte, c’est qu’il finisse par s’engager dans la guerre, qu’il soit contraint de rejoindre les combattants d’un camp ou de l’autre. Et que jamais plus elle ne le revoie.

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Turquie, Reyhanli

Fuir Alep à feu et à sang

Cette guerre, dont l’issue semble s’éloigner à mesure que ses acteurs se multiplient, s’est intensifiée dans le nord depuis que l’aviation russe pilonne Alep et son gouvernorat. Des bâtiments publics sont détruits, parmi lesquels de nombreuses structures médicales et hôpitaux. Sans accès aux soins, encerclés par les forces du régime de Bachar al-Assad, des milliers de civils fuient vers la frontière turque.

Sans accès aux soins, des milliers de civils fuient vers la frontière turque.

« Aujourd’hui je me sens enfin en sécurité », explique Hassan, assis dans l’une des deux pièces exiguës d’un préfabriqué qu’il partage avec sa femme, ses trois enfants, sa mère et sa sœur. La frontière n’est qu’à quelques pas de ce petit village turc près de Reyhanli qui compte aujourd’hui 130 familles syriennes, soit 80 % de la population. « On a réussi à tenir pendant trois ans dans notre campagne au sud d’Alep. Mais en nous bombardant, les Russes ont ouvert la voie à des massacres de civils. Des combattants sont venus chez nous. Ils ont brûlé nos maisons. Ils ont tué une vingtaine d’hommes et enlevé des enfants. Je les ai vus assassiner un médecin, un homme qui soigne des gens », raconte Hassan en faisant défiler des photos de victimes sur l’écran de son téléphone portable.

\"Je les ai vus assassiner un médecin, un homme qui soigne des gens\" confie Hassan ©Olivier Papegnies.
"Je les ai vus assassiner un médecin, un homme qui soigne des gens" confie Hassan ©Olivier Papegnies.

C’est en empruntant de l’argent au chef du village que la famille peut fuir jusqu’à Bab al-Salam, un des points d’entrée vers la Turquie. « Ma femme et mes enfants n’avaient même pas de chaussures aux pieds lorsqu’on est partis. » Mais la frontière est fermée. La Turquie y dresse un mur de béton de 7 km. Seuls sont admis des blessés qui sont conduits vers les hôpitaux, notamment le centre post-opératoire de l’UOSSMinfo-icon (Union des organisations de secours et soins médicaux) à Reyhanli, que Médecins du Monde équipe et appuie financièrement. Hassan et les siens parviennent à passer illégalement. Ils retrouvent un cousin qui a fui en Turquie deux ans plus tôt.

La frontière est fermée. La Turquie y dresse un mur de béton de 7 km.

Depuis deux mois, Hassan n’a trouvé que des petits boulots temporaires, non déclarés, car les Syriens ne sont pas autorisés à travailler en Turquie. Pas de quoi nourrir sa famille. D’autant qu’ils n’ont reçu l’aide alimentaire qu’une fois en deux mois. Pour payer des vivres et des couvertures, ils doivent vendre les bijoux en or de sa femme. « Ma mère a 60 ans, elle a des problèmes cardiaques. À Reyhanli, un médecin lui a dit de faire des examens à Adana. C’est beaucoup trop loin pour nous. Je n’ai pas les moyens de prendre soin d’elle. »

L'école turque accueille désormais des enfants syriens ©Olivier Papegnies
L'école turque accueille désormais des enfants syriens ©Olivier Papegnies

Autour de leur baraque de fortune, entre les cordes chargées de linge, des enfants jouent devant la façade bleue d’une école turque qui accueille aujourd’hui des élèves syriens. Abdulrahman, 10 ans, l’aîné des enfants d’Hassan, y est scolarisé. « Il a du mal à se concentrer, s’inquiète le père. Il est perturbé, il dort mal. Je voudrais qu’il soit suivi par un psychologue. » Le traumatisme des atrocités vécues en Syrie est encore très vif. Et s’il affirme vouloir rentrer au pays dès que la guerre sera terminée, Hassan sait que plus rien ne l’attend là-bas. Il a perdu sa ferme, ses champs. L’Europe, il y pense. « Mais comment faire pour partir si loin quand on parvient à peine à survivre ici ? »

 

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Thomas Flamerion
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