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Consommation à moindre risque

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Consommation à moindre risque

Le 7 novembre dernier ouvrait à Strasbourg la seconde salle de consommation à moindre risque de France (SCMR), après celle de Paris en octobre 2016. Plus connus sous le nom de « salles de shoot », ces lieux offrent aux usagers de drogue un espace sécurisé mais aussi la possibilité de se faire dépister, de comprendre les risques liés à l’injection et de suivre un programme de prévention.

La salle de Strasbourg, appelée « ARGOS » est située dans l’enceinte des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Quai Ménachem Taffel. Ouverte 7 jours sur 7, week-end et jours fériés compris, elle est gérée par l’association Ithaque, lancée en 1993 par Médecins du Monde pour œuvrer en faveur des usagers de drogues. Nos équipes se sont rendues sur place pour poser quelques questions à Danièle Bader, sa directrice.

Comment est née l’idée d’ouvrir à Strasbourg une salle de consommation à moindre risque ?

 

Le projet de création d’une salle de consommation à Strasbourg est né en 2000, après avoir constaté une forte augmentation du nombre d’usagers injecteurs. L’épidémie de SIDA avait fait des ravages dans leurs rangs et il y avait à l’époque déjà une réelle urgence sanitaire à traiter. Malheureusement, la loi qui pénalise l’usage de substances psychotropes n’ayant pas été modifiée, le projet n’a pas pu se concrétiser.

L’épidémie de SIDA avait fait des ravages dans les rangs des usagers injecteurs.

Nous avons déposé un deuxième projet en janvier 2013, le gouvernement ayant proposé, dans le cadre d’un plan quinquennal, l’expérimentation de deux à trois salles de consommation en France. Notre projet a été retenu du fait de sa pertinence et du soutien effectif du maire de Strasbourg.

 
La salle de Strasbourg est la deuxième en France. L’usage de drogue y est-il plus important qu’ailleurs ?

 

Nous sommes dans une région qui connait une forte consommation d’opiacés par voie intraveineuse. Une étude menée par l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies) en 2012 relève que parmi les usagers de drogues interrogés, la prévalence d’usage d’opiacés dans la Région Grand Est est de 89 % contre 73 % au niveau national.

En 2015, l’association Ithaque a quant à elle délivré plus de 104 000 seringues et aiguilles dans le cadre de son programme de prévention. Ce nombre a augmenté ces trois dernières années alors qu’il s’était stabilisé ou avait diminué les années précédentes. Le fait que nous soyons une région frontalière contribue certainement à l’accroissement de l’offre de produits, mais nous n’avons pas d’explication précise et étayée quant à la persistance des pratiques d’injection.

 

 
Comment fonctionne la salle de consommation à moindre risque ?

 

Il s’agit d’accueillir anonymement, dans des locaux conviviaux et spécifiquement dédiés, des usagers de drogues majeurs, utilisant la voie intraveineuse (la plus dangereuse en terme de contamination potentielle par le VIHinfo-icon ou les Hépatites) et de leur proposer un espace de consommation sanitairement sûr.

Accueillir anonymement des usagers de drogues majeurs et leur proposer un espace de consommation sanitairement sûr.

Mais notre travail ne s’arrête pas là. Il s’agit également pour les membres de l’équipe de délivrer des conseils de réduction des risques corrélés aux pratiques de chaque usager, ainsi que du matériel de prévention à usage unique. Nous accompagnons également les usagers qui le souhaitent vers un accès aux droits et aux soins. Les SCMR sont destinées en priorité aux usagers en situation de précarité.

Un dépistage VIHinfo-icon et VHCinfo-icon est systématiquement proposé et des permanences médicales, sociales, psychologiques, psychiatriques individualisées sont programmées une ou deux demi-journées par semaine.

 

 
Le programme de réduction des risques de Médecins du Monde, en Géorgie © Olivier Papegnies
Le programme de réduction des risques de Médecins du Monde, en Géorgie © Olivier Papegnies
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’association Ithaque ainsi que sur son fonctionnement ?

 

Ithaque est une association médico-sociale de droit local. Son président est le Professeur Jean-Louis Imbs et j’en assure la direction, avec Gauthier Waeckerlé. Elle est aujourd’hui constituée de quatre pôles :

  • un pôle Réduction Des Risques (RDR) dont dépendent un lieu d’accueil, un programme d’échange de seringues en antenne mobile et en lieu fixe, une unité mobile de RDR et de dépistage des hépatites en Alsace Nord et ARGOS, la salle de consommation.
  • un pôle Soins, délivrant des traitements de substitution aux opiacés à Strasbourg et à Molsheim.
  • un pôle Médecine de Ville, constitué de 14 microstructures médicales. Vingt-cinq médecins généralistes accueillent dans leurs cabinets un psychologue et un travailleur social qui assurent une permanence hebdomadaire. Ensemble, ils forment une équipe thérapeutique à même de proposer un accompagnement individualisé aux patients.
  • un pôle Recherche, en charge d’études et de publications corrélées à notre activité et à son évolution.

 

 
Quelles réflexions souhaiteriez-vous partager avec le public afin qu'il comprenne l'utilité des mesures adaptées à la prévention de l’usage de drogue et à l’accompagnement des usagers de drogue ?

 

Cette question soulève bien des pistes de réflexion : quelle fonction ont les drogues, licites ou illicites dans nos sociétés ? Une société sans drogue est-elle possible ? L’histoire de l’humanité semble prouver le contraire. La guerre à la drogue menée avec des moyens gigantesques ces dernières années est un échec, l’argent généré par le trafic ayant eu raison de tous les « efforts » déployés.

Le Mexique, par exemple, est dévasté par la corruption et le narco trafic, responsable de dizaines de milliers de morts. En France nous avons l’une des législations les plus répressives d’Europe pour ce qui concerne l’usage des drogues. Cela n’empêche pas les jeunes français d’être les plus gros consommateurs de cannabis en Europe, ni les drogues psychostimulantes, telle que la cocaïne, d’être de plus en plus consommées dans toutes les strates de la société, y compris dans la rue. Alors que faire ?

 

 

Réviser la loi de 1970, dépénaliser le simple usage de drogues - car les usagers n’ont rien à faire en prison, voire réfléchir à une légalisation contrôlée par l’État de l’usage de cannabis, sont autant de pistes qui devraient être étudiées dans le cadre d’un vaste débat citoyen, hors de toute instrumentalisation idéologique ou morale. Un débat dans lequel les jeunes devraient être bien plus entendus qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Danièle Bader
Directrice d'Ithaque
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