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Survivre à la violence

Femme survivante de violences liées au genre en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

Survivre à la violence

100 000 nouvelles personnes déplacées, 200 blessés et 300 décès, tel est le bilan des violences en République centrafricaine pour le seul mois de mai 2017. La Journée internationale pour l'élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, le 19 juin, est l’occasion de rappeler que le pays est en proie à une profonde crise politique, sanitaire et sociale qui dure depuis mars 2013. Les femmes et les filles en sont les premières victimes. Et malgré l’ampleur des crimes commis, leurs bourreaux agissent dans un contexte général d’impunité.

C'est dans la capitale de la République centrafricaine, Bangui, que Médecins du Monde œuvre à restaurer l’accès aux soins des populations en situation de vulnérabilité. Depuis 2 ans, des services spécifiques de prise en charge des survivantes de violences liées au genre sont proposés dans six centres de santé, en partenariat avec des acteurs locaux. L'objectif est de leur permettre de bénéficier d’un suivi médical, d’un soutien psychosocial et d’une assistance judiciaire.

Ce sont ces femmes et ces filles, mais aussi celles et ceux qui les accompagnent dans leur reconstruction, qui témoignent de l'inacceptable.

 

Judith, 41 ans

Survivante de VLG

Judith, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Judith, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

« Quand les Sélékas sont entrés dans Bangui, nous avons dû fuir notre maison. Quatre Sélékas nous ont aperçues, ma petite fille de 13 ans et moi. Ils nous ont violées devant mes neuf enfants. L’un d’entre eux n’a pas supporté, il est tombé alors qu’on s’enfuyait, mort. Nous avons dû l’enterrer dans la forêt.

Un relais communautaire m’a parlé des services de prise en charge des violences liées au genre et m’a assuré de la gratuité et de la confidentialité. Quand j’y suis allée, j’ai pu le voir de mes propres yeux. Cela fait plus de deux ans que c’est arrivé mais je n’avais jamais eu le courage d’en parler. Depuis que j’ai reçu une prise en charge, j’ai sensibilisé d’autres femmes qui ont elles aussi eu le courage de se rendre au centre de santé. »

 

Suzanne

Sage-femme au centre de santé de Bégoua

Suzanne, sage-femme en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Suzanne, sage-femme en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

 « Je suis très contente de participer à la prise en charge des survivantes de violences liées au genre avec Médecins du Monde. L’état dans lequel se trouvent ces femmes est très difficile. En tant que femme, je ne peux pas le supporter et c’est pourquoi j’ai décidé de leur venir en aide, pour les soulager en leur apportant des soins.

Je suis particulièrement affectée lorsque je reçois des femmes qui ont été violées à plusieurs reprises et par celles qui tombent enceintes suite au viol et qui n’ont aucun support dans leur communauté. »

 

Alice, 15 ans

Survivante de VLG

Alice, Survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silv
Alice, Survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silv

« Alors que ma mère était absente, mon père m’a demandé d’entrer dans la maison pour dormir. Quand je suis entrée, il m’a enlevé mon pagne et a couché avec moi. Il m’a ensuite menacée en disant que si je racontais ça à quelqu’un, il m’égorgerait avec un couteau.

C’est ma maman qui m’a emmenée au centre de santé. Elle avait eu connaissance du service de prise en charge des survivants de violences par sa sœur. Ma tante avait des problèmes avec son mari, et elle a été orientée par une voisine au centre de santé de Gobongo où elle a été reçue par une juriste. Cela avait aidé à régler son problème car depuis son mari a beaucoup changé et il ne la maltraite plus.

J’ai moi aussi pu rencontrer une femme juriste. Elle m’a bien reçue puis m’a envoyée vers une sage-femme en blouse rose. Celle-ci m’a prise en charge et m’a donné des médicaments. J’avais très mal au bas-ventre mais depuis le traitement, je me sens beaucoup mieux. J’ai aussi été orientée chez une conseillère psychosociale qui m’a écoutée et m’a beaucoup aidée à me remonter le moral. »

 

Andrée-Marie

Juriste au centre de santé de Gobongo

Andrée-Marie, juriste en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Andrée-Marie, juriste en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

« Je suis juriste de formation et j’ai commencé à travailler avec les personnes survivantes de violences liées au genre il y a six mois. C’est pour moi une vocation depuis l’université. Je veux apporter mon aide aux personnes qui ne connaissent pas leurs droits.

L’aide juridique est importante pour redonner espoir aux survivantes de violences liées au genre. Je les écoute, je rédige les plaintes et je les accompagne dans leurs démarches jusqu’au tribunal pour qu’elles obtiennent réparation. La mise en place de la Cour Pénale Spéciale est une source d’espoir pour les victimes. »

 

Estelle, 21 ans

Survivante de VLG

Estelle, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Estelle, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

« Lorsque les Sélékas ont pris Bangui, ils ont violemment frappé ma grand-mère et, quand j’ai voulu intervenir, ils m’ont frappée puis jetée au sol et violée. Je suis mère de trois enfants, le dernier est issu de ce viol.

Après ce qui m’est arrivé, mon mari m’a abandonnée avec mes enfants, disant à nos parents que je suis la femme des Sélékas et qu’il ne peut pas continuer à vivre dans une telle honte. Je n’avais pas le courage de me rendre à l’hôpital, j’avais peur que les gens se moquent de moi. Lorsque mon dernier fils est tombé malade, je me suis rendue au centre de santé de Gobongo. C’est là que j’ai vu une juriste en train de faire une sensibilisation sur les questions de viol et de violence conjugale. Elle a dit que tout ce qui se dirait resterait entre elle et les patients. Elle a aussi souligné l’importance de la prise en charge médicale pour être en bonne santé. C’est ainsi que j’ai eu le courage, après la consultation de mon fils, d’aller la consulter. Personne ne pouvait me voir entrer dans son bureau, car il est bien caché à l’arrière du centre de santé.

J’ai été très bien accueillie par la juriste. Elle m’a laissé le temps de m’exprimer et m’a dit que si je voulais, je pouvais poursuivre les agresseurs. Elle m’a ensuite référée vers la sage-femme pour une prise en charge médicale. Cette dernière m’a ensuite orientée vers une conseillère psychosociale. J’ai beaucoup apprécié l’appui de tous ces services et, depuis, j’ai sensibilisé plusieurs femmes qui vivent la même situation pour les inciter à venir au centre de santé. »

 

Geneviève, 41 ans

Survivante de VLG

Geneviève, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Geneviève, survivante de VLG en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

« Un jeune homme du quartier m’a toujours harcelée. Il me disait « Tu te crois trop importante ! Tu crois que tu es la seule femme au monde ? Je t’aurai. » À chaque fois que je passais devant lui, il se moquait de moi et un jour il m’a giflée sur l’oreille droite.

 Ma voisine avait entendu parler du service de prise en charge des violences au sein du centre de santé et m’a conseillée d’y aller. J’ai été reçue par une juriste et une conseillère psychosociale. Quand j’ai raconté les faits, elles ne m’ont pas jugée, au contraire, elles m’ont crue. J’ai été référée chez une sage-femme qui à son tour m’a orientée vers le service de petite chirurgie. Tous les services étaient gratuits et j’ai particulièrement apprécié que tout se passe dans le respect et la confidentialité.

Beaucoup de femmes sont dans cette situation mais elles ont peur d’en parler et que personne ne les croit ou qu’elles souffrent des représailles. Nous devons faire des sensibilisations dans nos quartiers pour que les violences cessent ! »

 

Cyril

Conseiller psychosocial au centre de santé de Liton

Cyril, conseiller psychosocial en Centrafrique (c) Christophe Da Silva
Cyril, conseiller psychosocial en Centrafrique (c) Christophe Da Silva

« Les situations de catastrophes, qu’elles soient d’origine humaine ou naturelle, font perdre aux populations victimes un pan important de leur vie. Parfois, le respect minimum que mérite la personne humaine s’en trouve menacé. C’est pourquoi, en plus des questions de relogement et d’alimentation, les sinistrés éprouvent d’autres besoins, beaucoup plus intimes, mais tout aussi urgents. Par exemple, comment poursuivre sainement leur vie sexuelle ou s’affranchir de la violence sexiste ?

En tant que travailleur social, je voudrais apporter une assistance sociale aux survivants de violences liées au genre, un soulagement et un rétablissement psychologique. Je me sens particulièrement touché par les cas de mineurs, parfois violés à maintes reprises par des agresseurs qui sont encore libres et vivent dans la même communauté que les survivants. »

 

Les prénoms des survivantes ont été modifiés.

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