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Les laissés pour compte

© Kristof Vadino

Les laissés pour compte

Le rapport s'appuie sur des données et entretiens recueillis au cours de l’année 2016 auprès de 43 286 bénéficiaires des programmes de Médecins du Monde et ONG partenaires de 14 pays européens. Les patients reçus sont des ressortissants nationaux dans leur propre pays, ainsi que des migrants UE/EEE et hors UE/EEE, qui sont nombreux à avoir fui les violences, les conflits et la discrimination sévissant dans des pays comme la Syrie et l'Afghanistan. Près d'un quart des personnes reçues sont des enfants de moins de 18 ans.

L'essentiel

Les systèmes de santé européens négligent les populations les plus exclues, selon notre rapport publié ce jour.

Des maux physiques et psychologiques

Outre les problèmes de santé physique, de nombreux patients souffrent de traumatismes psychologiques. Plus de la moitié des personnes ont parlé des violences durant leurs consultations et plus de 60 % de ceux ayant déclaré avoir des enfants de moins de 18 ans étaient séparés de plusieurs ou de la totalité de leurs enfants . Une majorité écrasante (89 %) ne dispose pas des ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins essentiels ni au paiement des soins médicaux.

Plus de la moitié des personnes ont parlé des violences durant leurs consultations.

« Quel que soit leur pays d'origine, nos patients vivent tous dans des conditions de vie extrêmes » a déclaré le Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde France. « Ils font appel à nous en dernier recours et souffrent de graves problèmes de santé, leurs jours étant parfois en danger. Ils sont laissés pour compte par les systèmes de santé » poursuit le Dr Sivignon.

 

 

Médecins du Monde et les ONGinfo-icon partenaires ont traité des patients présentant divers problèmes de santé aigus et chroniques, ainsi que des complications liées à la grossesse. Plus de la moitié d'entre eux ne bénéficiait d'aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. Nombre de nos patients étaient incapables de se frayer un chemin à travers les démarches administratives des systèmes de santé nationaux, ne maîtrisant pas la langue locale, subissant des discriminations ou le refus de l'accès aux soins, ou de peur d'être arrêtés.

Plus de la moitié des patients reçus ne bénéficiait d'aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. ©Kristof Vadino
Plus de la moitié des patients reçus ne bénéficiait d'aucune couverture maladie, ne pouvant donc pas payer pour des soins médicaux. ©Kristof Vadino

marche arrière pour la couverture santé universelle

Le rapport met l’accent sur le désengagement des États membres européens quant à la couverture santé universelle, et ce sous couvert de l'austérité : il présente en détail le mouvement de marche arrière observé en matière législative en France, en Allemagne, en Irlande et au Royaume-Uni. De même, il démontre à quel point les mesures de restriction de l'accès aux soins des migrants se sont avérées néfastes pour les personnes vulnérables – notamment dans les pays tels que le Royaume-Uni, qui se sont servis de l'accès aux soins comme d’un outil de contrôle de l'immigration.

« L'accès aux soins est un droit humain, pas une arme politique », affirme le Dr Françoise Sivignon. « Les données que nous avons collectées démontrent que ce n'est pas cet accès aux soins qui attire les migrations vers l'Europe et qu'exclure ces populations de l'accès à ces services constitue un risque de santé publique ».

exclure les migrants de l'accès à ces services constitue un risque de santé publique ©Kristof Vadino
exclure les migrants de l'accès à ces services constitue un risque de santé publique ©Kristof Vadino

L'accès aux soins est un droit humain, pas une arme politique.

« Il s'agit d'un choix politique. Certes, les restrictions budgétaires sont drastiques, il est dans l'intérêt de toutes et de tous que toute personne ait accès aux soins, ce qui s’avère souvent plus rentable à long terme », conclut le Dr Françoise Sivignon.

Le rapport révèle également des disparités inquiétantes en termes de vaccination des enfants, bien en-dessous des niveaux préconisés, et exige une approche plus progressive et équitable en matière de santé publique, comprenant l'accès aux soins de santé primaires, prénataux et postnataux, aux services de santé mentale, ainsi que la promotion de la santé.

Selon le rapport, les gouvernements doivent prendre les mesures nécessaires à l'élimination des barrières administratives et de la discrimination au sein des services de soins, ainsi qu’à la sensibilisation des patients et professionnels de santé en matière de droits, notamment à travers des campagnes d'information et la formation des équipes en première ligne à la prise en charge des personnes en situation précaire.

À propos du Rapport

Le Rapport de l'Observatoire dresse le portrait de ceux et celles qui sont laissés pour compte par les systèmes de santé européens, en s’appuyant sur des données et entretiens recueillis au cours de l’année 2016 auprès de 43 286 bénéficiaires des cliniques et programmes de Médecins du Monde et d’ONGinfo-icon partenaires de 14 pays européens. Il a été rédigé en partenariat avec l’Institut pour la santé mondiale (Institute of Global Health) de l’University College de Londres. Face à la difficulté à collecter des données sur l'état de santé des populations exclues, cette enquête annuelle prétend donner des outils pour mieux appréhender les inégalités en matière de santé et servir de support au plaidoyer pour l'accès universel aux systèmes de santé en Europe.

 

À propos du Réseau européen

Le Réseau européen pour la réduction des vulnérabilités en santé, hébergé par Médecins du Monde, rassemble les programmes de MdM et des ONGinfo-icon partenaires ainsi que des universitaires issus de 17 États membres de l'UEinfo-icon et de deux pays de l'AELE/EEE. Son but est de contribuer à la réduction des inégalités en santé à travers l'Europe et au renforcement des systèmes de santé pour faire face aux facteurs de vulnérabilités contribuant à ces inégalités.

 

 

Études de cas

Les témoignages des patient.e.s interrogé.e.s présentés dans le rapport sont disponibles sur le lien suivant :

 

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