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Survivre sous occupation

Fadi fait partie des 3 750 pêcheurs qui travaillent aujourd’hui à Gaza, régulièrement victimes des forces de sécurité israéliennes. C’est ainsi qu’il a perdu son frère. © Olivier Papegnies

Survivre sous occupation

Depuis 50 ans, les Palestiniens vivent sous occupation israélienne. Dans la bande de Gaza leur quotidien de violences, d’humiliations et de violations des droits de l’Homme, se double d’un blocus qui, depuis 10 ans, provoque une lente asphyxie du territoire et de sa population.

Ces tristes anniversaires symbolisent surtout la souffrance de tout un peuple. Des femmes, des hommes et des enfants sans perspective d’avenir et privés de leurs libertés. Des victimes silencieuses que Médecins du Monde rencontre, écoute et soigne.

Ces images, réalisées en mai 2017 en Palestine, vous sont présentées pour donner à ces personnes toute la dignité qu’elles méritent et pour que nous ne les oublions pas.

Le mur de séparation

Débuté en 2002, le mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël symbolise à lui seul toutes les humiliations quotidiennes et l’oppression sécuritaire que subissent les Palestiniens. Il les prive notamment d’une liberté fondamentale, celle de circuler. Il a également pour vocation de les isoler et de leur rappeler la suprématie d’Israël sur leur territoire. À Bethléem, le mur sert aujourd’hui de support d’expression à des artistes, comme le Britannique Banksy. S’il attire de nombreux touristes, il s’agit avant tout d’un mur de la honte, qui divise au lieu de rassembler. Un mur qui pourrait incarner le vrai visage d’Israël et laisser place à une future annexion de la Palestine.

Il s’agit avant tout d’un mur de la honte, qui divise au lieu de rassembler.

Bethléem. Photo du mur qui sépare les Palestiniens ©Olivier Papegnies
Bethléem. Photo du mur qui sépare les Palestiniens ©Olivier Papegnies

Bethléem. Ces deux garagistes voient aujourd’hui déferler des centaines de touristes venus voir cette « curiosité » artistique. ©Olivier Papegnies
Bethléem. Ces deux garagistes voient aujourd’hui déferler des centaines de touristes venus voir cette « curiosité » artistique. ©Olivier Papegnies

Cisjordanie - Aider les victimes de la violence des colons

Selon Ghassan Daghlass, en charge du dossier des colonies dans la région de Naplouse pour l’Autorité Palestinienne, ce grignotage systématique représente l’un de leurs problèmes principaux. Rien que dans les zones d’intervention de Médecins du Monde, un incident critique est recensé en moyenne chaque semaine — épisode pendant lequel une personne a été tuée, a subi des menaces de mort ou des blessures graves. Au-delà de ces violences, ces colonies sont toujours implantées à des endroits stratégiques qui privent les Palestiniens de leurs ressources. Or ils vivent grâce à leurs terres millénaires. Celles-ci sont régulièrement confisquées ou détruites par les colons qui agissent en toute impunité.

Un incident critique est recensé en moyenne chaque semaine.

Comme à Urif, par exemple. La dernière attaque recensée dans ce village de 400 habitants, surplombé par la colonie d’Yitzhar, a eu lieu le 29 avril 2017. Ce jour-là, une quarantaine de colons, masqués et entourés de soldats de l’armée israélienne présents pour les protéger, s’en prennent à Mounir. Père de 8 enfants, il a été battu puis laissé gisant à terre avec la jambe fracassée. Handicapé, il ne peut plus nourrir sa famille mais peut compter sur la solidarité de son village qui reste mobilisé et témoigne régulièrement de ses attaques sur les réseaux sociaux et associatifs.

Aujourd’hui, 750 000 personnes vivent dans les 182 colonies « officielles » de Cisjordanie ©Olivier Papegnies
Aujourd’hui, 750 000 personnes vivent dans les 182 colonies « officielles » de Cisjordanie ©Olivier Papegnies

Mounir, 56 ans, pose devant sa maison, une des plus proches de la colonie voisine, Yitzhar. ©Olivier Papegnies
Mounir, 56 ans, pose devant sa maison, une des plus proches de la colonie voisine, Yitzhar. ©Olivier Papegnies

Cette jeune fille a vu son école brûlée par les colons car le chant des écoliers les gênait. ©Olivier Papegnies
Cette jeune fille a vu son école brûlée par les colons car le chant des écoliers les gênait. ©Olivier Papegnies

Gaza "la porte du paradis ou le cimetière des rêves"

Près de 2 millions de personnes vivent recluses sur ce territoire, l’un des plus densément peuplés au monde. Outre cette pression démographique, Gaza subit également l’occupation israélienne et depuis 10 ans, un blocus qui prive ses habitants de matières premières, de soins et de libertés. Les importations de matériaux de télécommunications ou de construction sont également très restreintes.

Le blocus prive les habitants de matières premières, de soins et de libertés.

Soumis aux tensions politiques entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne, les Gazaouïs se retrouvent dans une situation kafkaïenne réduits au pragmatisme pour survivre. Les denrées alimentaires sont chères, le fioul aussi. Avec quatre heures d’électricité par jour, impossible de mener une vie normale. Pourtant, les ressources nécessaires existent à Gaza. Elles ne peuvent être exploitées à cause du blocus, pourtant illégal au regard du droit international. L’État d’Israël est-il au-dessus des lois ? En tout cas, à Gaza, il n’y a aucune justice.

 

Les Gazaouïs disposent de huit heures d’électricité par jour dans des conditions « normales ». Aujourd’hui, seules quatre heures sont disponibles. ©Olivier Papegnies
Les Gazaouïs disposent de huit heures d’électricité par jour dans des conditions « normales ». Aujourd’hui, seules quatre heures sont disponibles. ©Olivier Papegnies

Pour Salim, réfugié de 1948, « tout est compliqué à Gaza car nous vivons sous occupation et, aujourd’hui, tout est pire » ©Olivier Papegnies
Pour Salim, réfugié de 1948, « tout est compliqué à Gaza car nous vivons sous occupation et, aujourd’hui, tout est pire » ©Olivier Papegnies

A Gaza, plus de la moitié de la population a moins de 18 ans ©Olivier Papegnies
A Gaza, plus de la moitié de la population a moins de 18 ans ©Olivier Papegnies

A Gaza, le blocus tue et blesse

L’un des impacts majeurs du blocus se répercute sur l’état de santé général très dégradé de la population. Les conséquences sont multiples. Elles débutent par des problèmes matériels. Soumis à de fréquentes coupures électriques, le matériel médical et notamment radiographique fonctionne mal. Même si des générateurs sont disponibles, ils ne peuvent produire la puissance nécessaire pour un fonctionnement correct. Les consommables et les médicaments de type antalgiques ou antibiotiques manquent. Comme il leur est très difficile de sortir, les médecins ne peuvent pas se former correctement. Pour pallier à cette situation, Médecins du Monde s’est concentré sur la préparation aux urgences (Gaza a connu 3 guerres en 10 ans). Les médecins ont été formés à cette prise en charge spécifique ; les hôpitaux et centres de soins ont été approvisionnés et une attention toute particulière est portée au « triage » des victimes afin de sauver le maximum de vies.

Les consommables et les médicaments de type antalgiques ou antibiotiques manquent.

Le blocus a également de lourdes conséquences sur la santé mentale des Gazaouïs. Chaque jour, le nombre de dépressions, problèmes de sommeil voire de suicides augmentent. Des personnes sont décédées à cause du blocus car leur permis de sortie de Gaza pour raisons médicales a été refusé ou l’autorisation est arrivée trop tardivement. Car aujourd’hui, même les impératifs humanitaires ne garantissent plus systématiquement le droit fondamental d’être soigné.

A l’hôpital Nasser de Khan Younis, le service des urgences, ouvert, il y a 6 mois, accueille 400 patients par jour ©Olivier Papegnies
A l’hôpital Nasser de Khan Younis, le service des urgences, ouvert, il y a 6 mois, accueille 400 patients par jour ©Olivier Papegnies

Médecins du Monde a formé le personnel médical de l’hôpital Nasser à la prise en charge spécifique des urgences © Olivier Papegnies
Médecins du Monde a formé le personnel médical de l’hôpital Nasser à la prise en charge spécifique des urgences © Olivier Papegnies

L’une des conséquences majeures du blocus reste le manque de médicaments et de matériel médical ©Olivier Papegnies
L’une des conséquences majeures du blocus reste le manque de médicaments et de matériel médical ©Olivier Papegnies

Outre les hôpitaux, Médecins du Monde a formé et équipé 6 centres de santé primaires avec des salles d’urgences ©Olivier Papegnies
Outre les hôpitaux, Médecins du Monde a formé et équipé 6 centres de santé primaires avec des salles d’urgences ©Olivier Papegnies

Être une femme à Gaza, la double peine

Tiraillées par un quotidien ponctué de difficultés pour se nourrir, se soigner et élever correctement leurs enfants, les femmes à Gaza doivent aussi affronter les pressions culturelles et familiales. Rares sont celles qui peuvent choisir librement le moment où elles souhaitent avoir un enfant. Tout comme les médicaments, les contraceptifs manquent du fait du blocus. L’avortement est autorisé uniquement dans des cas extrêmes et seulement si le mari ou le tuteur légal ainsi que autorités religieuses l’acceptent.

Les femmes à Gaza doivent aussi affronter les pressions culturelles et familiales.

Doublement victimes, les femmes atteintes de cancer le sont également. Par peur d’être quittées par leur mari, elles cachent souvent leur maladie à leurs proches. En l’absence de toute possibilité de traitement chimiothérapique, elles doivent soumettre des demandes d’autorisation pour sortir de Gaza.

Or, ces permis sont de moins en moins accordés, notamment quand une personne de leur entourage a été activiste politique ou encore quand les femmes subissent des pressions d’Israël pour être leur informatrice, ce qu’elles refusent. Elles deviennent ainsi otages politiques et sanitaires. Ne pouvant se soigner correctement, seul 50 % des femmes souffrant d’un cancer du sein - un cancer sur 10 - guérissent contre 80 % en Israël. L’association gazaouie CFTA (Culture et pensée libre), partenaire de longue date de MdM, organise dans ses centres des groupes de parole pour redonner confiance à ces femmes et leur permettre de s’affranchir de ces difficultés.

À Gaza, la question des grossesses non-désirées continue de représenter un tabou très fort. ©Olivier Papegnies
À Gaza, la question des grossesses non-désirées continue de représenter un tabou très fort. ©olivier Papegnies

Des séances de sensibilisation et d’écoute sont régulièrement organisées dans les centres de CFTA, comme ici dans le camp de réfugiés d’Al Bureij. ©Olivier Papegnies
Des séances de sensibilisation et d’écoute sont régulièrement organisées dans les centres de CFTA, comme ici dans le camp de réfugiés d’Al Bureij. ©Olivier Papegnies

Zones d'accès restreint : civils en danger

À Gaza, certains secteurs proches de la frontière sont interdits d’accès par Israël de manière unilatérale et sans fondement juridique. Dans ces zones-tampons qui empiètent sur le territoire gazaouï, Israël se réserve le droit d’intervenir et de recourir à ses forces armées. Mises en place pour raisons de « sécurité » le long de sa frontière et en mer, elles se caractérisent par des tirs réguliers des forces israéliennes alors que des milliers de paysans et de pêcheurs ont besoin de s’y rendre pour travailler et obtenir un revenu de subsistance. Près de 10 % de la population de Gaza est directement affectée et les incidents sont nombreux.

Israël se réserve le droit d’y intervenir et de recourir à ses forces armées.

En mer, il est très difficile pour les pêcheurs de savoir s’ils se trouvent dans la bonne zone, alors même que la plupart des attaques sont recensées dans les zones autorisées. Avec six bateaux militaires qui patrouillent en permanence, même la mer ne peut pas symboliser un horizon infini. Le 15 avril 2017, Fadi a perdu son frère, fusillé par les soldats israéliens. Depuis 15 ans qu’il pêche avec sa famille, il a déjà été arrêté quatre fois et son bateau confisqué une dizaine de fois. Il continue d’aimer son travail tout comme Mardleen. Seule femme pêcheuse à Gaza, elle aussi a été victime de ces violences. Elle s’est formée aux premiers secours avec les équipes de Médecins du Monde pour pouvoir aider sa communauté et être indépendante.

Fadi fait partie des 3 750 pêcheurs qui travaillent aujourd’hui à Gaza, régulièrement victimes des forces de sécurité israéliennes. C’est ainsi qu’il a perdu son frère. ©Olivier Papegnies
Fadi fait partie des 3 750 pêcheurs qui travaillent aujourd’hui à Gaza, régulièrement victimes des forces de sécurité israéliennes. C’est ainsi qu’il a perdu son frère. ©Olivier Papegnies

Mardleen, blessée en mer il y a quelques mois, a fait le choix de se former avec Médecins du Monde aux premiers secours. ©Olivier Papegnies
Mardleen, blessée en mer il y a quelques mois, a fait le choix de se former avec Médecins du Monde aux premiers secours. ©Olivier Papegnies

Quel avenir pour les jeunes Gazaouïs ?

La jeunesse et ses talents sont là. Formés et instruits, les moins de 18 ans représentent plus de la moitié de la population. Alors que le territoire ne demande qu’à se développer, plus de 60 % des jeunes sont au chômage. Comme le déclare Assma, 20 ans, « nous vivons une vie extraordinaire à Gaza. Nous ne pouvons pas penser au lendemain sinon, nous devenons fous ». Pour Youssef, « il faut être très fort pour vivre à Gaza mais les Palestiniens sont résilients ». La seule possibilité de s’évader de cette prison à ciel ouvert reste Internet et les réseaux sociaux. Même la musique est contrôlée par le Hamas qui ne tolère que des chants arabes traditionnels.

Plus de 60 % des jeunes sont au chômage.

Pourtant l’espoir est présent. Pour Majeda Al Saqqa, l’emblématique fondatrice de l’ONGinfo-icon Culture et pensée libre (CFTA), « un jour, nous retrouverons nos droits car ici tout est illégal et je crois en la justice. Dans 10, 20 ou 50 ans, peu importe. Ce sont des périodes très courtes par rapport au temps long de l’Histoire qui nous donnera raison ».

Dans ses cinq centres, CFTA organise des activités psychosociales pour augmenter la résilience des jeunes Gazaouïs. ©Olivier Papegnies
Dans ses cinq centres, CFTA organise des activités psychosociales pour augmenter la résilience des jeunes Gazaouïs. ©Olivier Papegnies

Grâce au soutien de CFTA, ces jeunes hommes ont créé une radio locale pour s’exprimer sur leur quotidien. ©Olivier Papegnies
Grâce au soutien de CFTA, ces jeunes hommes ont créé une radio locale pour s’exprimer sur leur quotidien. ©Olivier Papegnies

Assma et Saga, sœurs jumelles de 20 ans, étudient ensemble l’architecture. Elles rêvent de poursuivre leurs études à Lille. ©Olivier Papegnies
Assma et Saga, sœurs jumelles de 20 ans, étudient ensemble l’architecture. Elles rêvent de poursuivre leurs études à Lille. ©Olivier Papegnies
Crédits

Photos | Olivier Papegnies / Collectif Huma

Textes | Lisa Veran et Léo Goupil-Barbier

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