Faire un don

Et si la politique innovait ?

L'Irak compte aujourd’hui 3,3 millions de déplacés fuyant les crimes de Daech et les opérations militaires.© Olivier Papegnies

Et si la politique innovait ?

Je reviens tout juste d’Irak. Et le retour est douloureux. Rongé par des divisions confessionnelles et politiques, le pays compte aujourd’hui 3,3 millions de déplacésinfo-icon fuyant les crimes de Daech et les opérations militaires. Des hommes, des femmes et des enfants qui traînent de profonds traumatismes dans des camps sans âme, dans des espaces sans futur où même l’Europe ne nourrit plus l’espoir. L’Europe qui n’offre accueil et protection qu’à quelques élus quand tant d’autres se heurtent à la peur, à la haine, au rejet. À ces autres visages de la violence.

Comment ne pas s’indigner de la surenchère de discours sécuritaires, de bouclages de frontières et d’arrestations de citoyens solidaires ? De cet accord entre l’Europe citadelle et la Libye qui sous prétexte de « briser le modèle économique des passeurs » piège des migrants épuisés et les tient éloignés du territoire français?

Alors que les candidats à la présidence de la République nous proposent d’imaginer le futur avec des discours gonflés d’«avenir» et d’«innovation», aucun ne porte d’engagement pour une politique d’immigration audacieuse. Comme des dizaines de milliers de citoyens, bénévoles, salariés d’associations, nous aurions pourtant rêvé de mécanismes innovants pour repenser le tissu social avec les personnes qui arrivent aujourd’hui sur le territoire français. Nous imaginions un courageux plan national d’accueil des exilés, garantissant un accompagnement sanitaire et social adapté. Un plan qui permettait de ne plus voir les exilés comme de potentiels «retournés» mais bien comme de futurs citoyens faisant société commune avec nous. Pourquoi ce défaut d’inventivité, ce manque d’ambition politique dès lors qu’il s’agit de dessiner de nouvelles formes de solidarité ?

De même, pourquoi ne pas reconnaître que l’immigration a des effets globalement positifs sur les finances de la protection sociale en France, comme l’a pointé le rapport Drees de Xavier Chojnicki et plus récemment l’OCDE, qui affirme que la contribution des immigrés à l’économie est supérieure à ce qu’ils reçoivent en termes de prestations sociales ou de dépenses publiques ?

 

 

Nous le sentons, l’édifice qui nous unit s’affaisse par secousses, il s’effrite devant le refus de nos gouvernants de le réinventer. Il est urgent de rompre avec la vision pessimiste et réductrice des immigrés. Des immigrés qui continueront d’arriver d’Irak où, même si la reconquête de Mossoul Ouest s’y enclenche, le temps sera long avant que s’installe une véritable paix.

 

Tribune parue dans le journal Libération le 24 février 2017.

Françoise Sivignon
Présidente de Médecins du Monde
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