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Qui doit faire la loi, le marché ou l'État ?

Qui doit faire la loi, le marché ou l'État ?

Aujourd’hui le marché du médicament est plus lucratif que l’industrie pétrolière. Ses taux de marge nette sont deux fois supérieurs à la moyenne du secteur industriel. Or les médicaments ne sont pas des biens de consommation courante, comme le téléphone portable ou les vêtements. Les prix aussi exorbitants qu’injustifiés des traitements contre le cancer ou l’hépatite C pèsent lourdement sur les systèmes de santé solidaires qui doivent les supporter. À terme, c’est l’accès aux soins pour tous qui est menacé. Médecins du Monde lance une campagne pour dénoncer cette dérive et réclamer que l’État intervienne pour faire baisser les prix des médicaments.

Recours abusifs aux brevets

Les autorités qui fixent le prix d’un médicament acceptent généralement de s’aligner sur les tarifs exigés par les firmes pharmaceutiques et déterminés en fonction de la capacité des États à payer. En somme, plus un État est riche, plus le prix d’un traitement sera élevé. De plus les industriels du médicament détournent les principes du brevet. Alors qu’il a été conçu comme un outil pour garantir une juste rémunération de l’inventivité, le brevet est au­jourd’hui utilisé pour imposer un rapport de force dans la négociation avec les États afin d’obtenir des prix plus élevés et des situations de monopole. Accessoirement, cette dérive tend à diminuer considérablement l’innovation ; 74 % des médi­caments mis sur le marché depuis 20 ans n’ap­portent aucun bénéfice thérapeutique par rapport à des molécules existantes.

Mais tout cela est possible car les agences d’État impliquées dans la mise sur le marché des médi­caments souffrent d’un profond manque de trans­parence, voire de conflits d’intérêt. C’est le dernier bastion dans lequel la démocratie sanitaire n’a pas encore pénétré. Quels arguments sont avancés dans le secret des négociations ? Pourquoi l’État régulateur n’arrive-t-il pas à imposer des prix justes ? Nous n’aurons pas la réponse tant que ces instances ne seront pas ouvertes.

Plus un État est riche, plus le prix d’un traitement sera élevé.

Le cas de l’hépatite C

Au début des années 2010 sont apparus de nouveaux traitements contre le virus de l’hépatite C : les antiviraux à action directe (AADinfo-icon), qui permettent d’envi­sager une élimination de la maladie. Formidable espoir pour les 80 millions de personnes infectées dans le monde, dont environ 230 000 en France.

 

Mais lorsqu’en novembre 2014 le premier de ces AADinfo-icon, le sofosbuvir, est mis sur le marché, c’est la douche froide. Avec un prix de vente fixé par le gouvernement à 41 861,40 € la cure de 12 semaines, traiter toutes les personnes concernées en France coûterait 10 milliards d’euros… 10 milliards, c’est presqu’un tiers des dépenses an­nuelles totales consacrées au médicament en France. 10 milliards, c’est le montant des économies atten­dues pour l’assurance maladie dans le cadre du plan gouvernemental d’économies 2015-2017. Pour la première fois depuis la création de la Sécurité sociale universelle en 1945, l’État a décidé de rationner l’accès à un traitement efficace pour des raisons uniquement budgétaires.

L’État doit réinvestir son rôle de régulateur pour fixer la norme.

Jamais de tels écarts entre les coûts de production et de recherche et développement n’avaient été atteints dans notre pays. Le coût de production du sofosbuvir, intégrant une marge bénéficiaire de 50 % pour le laboratoire, est estimé à moins de 100 € en utilisant des versions génériques homologuées qui existent dans plusieurs pays.

 

Le laboratoire pharmaceutique justifie le prix du sofosbuvir par les économies réalisées sur les soins aux malades de l'hépatite C, notamment sur le coût d'une greffe de foie. Un peu comme si le comprimé d’aspirine était vendu 1 000 € parce qu’il réduit les risques cardiovasculaires et permet d’éviter des interventions chirurgicales car­diaques… Ce changement de paradigme met clairement en danger la pérennité de nos systèmes solidaires de santé. Là encore, l’État doit réinvestir son rôle de régulateur pour fixer la norme. Depuis deux ans, Médecins du Monde n’a cessé d’alerter les pouvoirs publics. Sans réponse. C’est pourquoi nous avons décidé, en février 2015, d’utiliser la seule arme du droit à notre disposition pour faire entendre notre voix : l’opposition au brevet. Cette action judiciaire peut permettre d’ouvrir la voie à l’utilisation de médicaments génériques beaucoup moins chers. Le jugement de ce recours juridique est attendu les 4 et 5 octobre 2016.

Affiche hépatite C campagne Le prix de la vie

L’hyper-rentabilité des anticancéreux

Le cancer touche près de 400 000 nouvelles personnes par an en France[1]. Comme pour le sofosbuvir, le marché des anticancéreux est devenu particulièrement juteux pour les firmes pharmaceutiques. C’est le cas du Kadcyla qui permet de soigner une forme agressive du cancer du sein. Un traitement de 18 mois coûte 120 000 € par patiente. Or chez les femmes le cancer du sein est le plus fréquent et la première cause de mortalité par cancer.

Pour traiter le mélanome, le plus dangereux de tous les cancers de la peau, on dispose aujourd’hui du Keytruda dont le prix est fixé à 100 000 € par an et par patient. Le magazine Forbes estime qu’il pourrait générer 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires pour le laboratoire Merck qui le commercialise.

Même constat pour le Glivec, qui a révolutionné le traitement de cancers rares du sang et de la moelle osseuse. Il coûte jusqu’à 40 000 € pour un an de traitement, sachant que la durée de soins va de quelques mois à plusieurs années. Or son coût de production est estimé à seulement 200 €.

Ces exemples montrent que la logique à l’œuvre avec le traitement contre l’hépatite C est aussi appliquée aux médicaments anticancéreux. Bien pire, au lieu de baisser avec le temps, le prix des traitements contre le cancer augmente. Il est ainsi passé de 30 000 dollars par an en 2001 à 92 000 dollars en 2012. C’est ce qu’ont clairement dénoncé des cancérologues de renom en France dans une tribune publiée le 14 mars 2016, soulignant que l’augmentation des prix était complètement déconnectée des investissements en recherche et développement.

Affiche Cancer campagne Le prix de la vie

Favoriser la production de génériques

Or l’État refuse, malgré les demandes répétées de Mé­decins du Monde, d’utiliser un instrument légal puissant pour changer la donne : la licence d’office, qui peut être déclenchée si les médicaments sont « à des prix anormalement élevés » (article L 613- 16 du Code de la propriété intellectuelle). Cette loi ouvre la porte à la production de versions gé­nériques bien moins coûteuses et supportables par la Sécurité sociale.

Parce que c’est la faillite du sys­tème de santé qui est programmée si nous ne ré­visons pas la logique de fixation du prix du médicament, Médecins du Monde entend interpeler l’opinion publique. Notre campagne « Le prix de la vie » illustre en douze affiches la rentabilité des maladies pour les firmes pharmaceutiques. Découvrez le site Le prix de la vie et signez notre pétition adressée à la Ministre de la Santé, Marisol Touraine.

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Pour faire baisser le prix des médicaments