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La douleur à vif

© Olivier Papegnies

La douleur à vif

Alors que la bataille pour libérer Mossoul progresse lentement, une grande partie de la population irakienne vit toujours sous la menace des violences de Daesh. Le pays compte plus de trois millions de déplacés internes. Des déracinés que Médecins du Monde soigne et aide à se reconstruire. Malgré le dénuement et des traumatismes profonds.

L’essentiel

En Irak, Médecins du Monde intervient dans les gouvernorats de Kirkouk, Ninive et Dohuk. Nos équipes viennent en aide aux déplacésinfo-icon à l’intérieur du pays, aux réfugiés syriens et aux populations des régions d’accueil.

« Être aux mains de Daesh revient à être esclave. J’ai passé mes journées seule, privée d’eau et de nourriture. Enfermée dans le noir comme en prison, je ne voyais plus le soleil. Les minutes comptaient comme des heures.

J'ai été maltraitée, battue et violée par chacun de mes propriétaires.

J’ai été maltraitée, battue et violée par chacun de mes « propriétaires ». On n’est plus un être humain sous la menace de ce monstre de groupe armé. On vit un cauchemar éveillé. »  Haifa, 22 ans, vient d’échapper à l’enfer. Arrivée il y a seulement trois jours dans le camp de Chamisku, qui compte plus de 26 000 déplacésinfo-icon, elle est restée deux ans prisonnière des hommes de Daesh.

Une vie de camp

Occupation de leur ville, bombardements, combats et enfin la fuite pour échapper à la progression rapide de l’organisation de l’État islamique. Depuis 2014, les Irakiens - Kurdes, Yézidis, Assyriens ou Arabes - vivent dans la violence. La plupart font le douloureux récit de déplacements forcés, d’exécutions sommaires, de décapitations, de viols, de châtiments corporels et de pertes d’êtres chers.

Près de la moitié d’entre eux se sont réfugiés au Kurdistan irakien et dans les régions avoisinantes. Le gouvernorat de Dohuk, située à la frontière turque, accueille aujourd'hui plus de 500 000 personnes qui vivent dans des préfabriqués dans des camps ou ont échoué dans des abris de fortune. « Après avoir fui dans des conditions tragiques, elles sont traumatisées. La santé mentale est un des enjeux humanitaires de ce pays. Leur passé sous Daesh, leur présent de déplacésinfo-icon et l’incertitude de leur avenir sont des vecteurs d’importants troubles psychologiques », explique Amélie Courcaud, coordinatrice générale en Irak pour Médecins du Monde. Les populations reçues par nos équipes souffrent d’anxiété, de troubles du sommeil, de dépression ou encore de stress post-traumatique. Les besoins sont immenses et les séquelles profondes.

 

 

© Olivier Papegnies
© Olivier Papegnies

Les blessures invisibles

Sous une lumière blanche, les yeux fermés, mains sur leur diaphragme et leur ventre, une dizaine de femmes yézidis sont réunies autour de Hairan, une des psychologues de Médecins du Monde à Chamisku : elles apprennent à mieux respirer pour gérer leurs angoisses. Après avoir défini le stress post-traumatique et ses symptômes, Hairan insiste sur l’importance de parler pour exprimer ce qu’elles ont vécu, en particulier à un spécialiste. Depuis plus de deux ans, Médecins du Monde a intégré la santé mentale à ses activités de soins dans ses centres de santé et cliniques mobiles des gouvernorats de Dohuk, Ninive et Kirkouk.

Hairan, psychologue de Médecins du Monde à Chamisku, soigne les maux de l'âme © Olivier Papegnies
Hairan, psychologue de Médecins du Monde à Chamisku, soigne les maux de l'âme © Olivier Papegnies

Médecins du Monde a intégré la santé mentale à ses activités de soins.

« Les déplacésinfo-icon doivent être suivis et accompagnés pour atténuer l’extrême souffrance à laquelle ils sont  confrontés. Les maux de l’âme, comme ceux du corps, doivent être traités », confie Hairan. Des sessions en groupe ou individuelles, proches de séances de thérapie, sont mises en place. Le personnel de santé mentale de Médecins du Monde appartient généralement à la même communauté que les patients. Ils sont eux-mêmes déplacésinfo-icon. Dotés d’une forte capacité de résilience, ils parviennent à nouer des liens de confiance avec les patients. « L’objectif est qu’ils expriment par la parole, le dessin ou d’autres activités thérapeutiques leurs traumatismes. Dans les cas plus graves, nous devons les référer à un psychiatre, même si parfois cela peut se révéler compliqué car les ressources font défaut », déplore Amélie Courcaud.

Soigner les maux du corps et les maux de l'âme © Olivier Papegnies
Soigner les maux du corps et les maux de l'âme © Olivier Papegnies

Des besoins sur le long-terme

À Chamisku, les déplacésinfo-icon sont sensibilisés aux bénéfices des activités psychosociales. Ce qui n’est pas forcément le cas dans le reste de l’Irak, où la santé mentale est encore considérée comme un tabou. « Quand on va voir un psychologue, on est pris pour un déséquilibré, c’est un stéréotype très négatif » poursuit Amélie Courcaud. La société irakienne n’a pas encore intégré la santé mentale dans ses mœurs : un défi crucial pour les années à venir.

Dans une maison aux fenêtres abimées, Bashra est assise sur un sol couvert de tapis élimés. Elle est rentrée il y a trois jours à Borek, dans le Sinjar, village occupé et attaqué par Daesh jusqu’en 2015. Après plus de deux ans dans un camp de déplacés, elle fait partie des populations qu’on appelle « retournées » : sa famille a décidé de revenir dans son village natal, malgré les pillages et les destructions. Les services de base, tels que l’accès à l’eau potable, ne sont plus disponibles et de rares échoppes ont rouvert leurs portes. À Borek, le silence est assourdissant : seul le centre de Médecins du Monde, qui propose des consultations et des sessions d’accompagnement psycho-social, semble animé.

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« Je suis heureuse d’avoir retrouvé ma maison mais tout a changé ici, c’est un village fantôme et ceux qui sont rentrés ont encore peur de l’EI. Rien ne sera comme avant désormais ». Des 5000 familles d’origines, 1 250 sont de retour. Malgré la liberté retrouvée, la violence a investi les esprits et la barbarie a semé la terreur. Aider les déplacésinfo-icon à se reconstruire sera long : c’est cet effort que soutient Médecins du Monde dans un pays déchiré par les conflits.

 

 

Certaines familles font le choix de revenir dans leur village natal © Olivier Papegnies
Certaines familles font le choix de revenir dans leur village natal © Olivier Papegnies

Témoignage

Dr Edmund, Coordinateur médical à Dohuk

© Olivier Papegnies
© Olivier Papegnies

Des ressources insuffisantes

« En Irak, les ressources en santé mentale sont très peu développées. Dans le Kurdistan irakien, on compte simplement 5 psychiatres et 2 psychologues pour 2 millions de personnes. Aucun programme éducatif n’est actuellement prévu pour accroître les ressources. Le pays n’est pas assez développé en termes de santé mentale. À cause de la guerre et des déplacements de populations, la structure familiale est déstabilisée, et par conséquent la société dans son ensemble. Les populations n’ont plus de repères, ce qui est générateur de stress et d’insécurité. Tous ceux qui en auraient besoin ne sont actuellement pas pris en charge et cela va s’étendre sur plusieurs générations. La santé mentale est une crise humanitaire durable et trans-générationnelle, à prendre en compte urgemment. »

Aurélie Defretin
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