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L’échec de l'Europe à Lesbos

©Guillaume Pinon

L’échec de l'Europe à Lesbos

Comme « la jungle » de Calais en France, le camp de Moria, sur l’île de Lesbos en Grèce, illustre l’échec de la politique européenne vis-à-vis de l’accueil des migrants. Depuis la signature de l’accord entre l’UEinfo-icon et la Turquie, l’engorgement aux frontières de l’Europe ne fait qu’empirer. Il nourrit de vives tensions parmi les migrants dont les conditions de vie se dégradent. Ainsi, à Moria, ils sont plus de 5 000 dans un camp prévu pour accueillir 3 500 personnes au maximum.

Des tensions plus vives

Les tensions ne cessent de croitre dans les îles grecques, où 66 000 réfugiés et migrants sont actuellement bloqués. Lundi 24 octobre, 70 demandeurs d’asile du camp de Moria ont attaqué les locaux du service d’asile de Lesbos pour protester contre leurs conditions de vie misérables et contre la durée de leur rétention.

Cet incident intervient un mois à peine après les affrontements qui ont opposé migrants et policiers dans ce même campement, le 19 septembre. L’émeute s’était soldée par un gigantesque incendie, provoquant la fuite de milliers de réfugiés contraints de revenir deux jours plus tard. L’équipe de Médecins du Monde Grèce était quant à elle restée sur place pour fournir une assistance médicale aux blessés et transférer les mineurs isolés vers un camp plus sûr.

Ces émeutes, de plus en plus fréquentes dans les camps de Grèce, sont le symbole de l’échec de la politique européenne menée jusqu’à présent pour répondre à la crise des réfugiés.

 

Un migrant blessé à l'oeil se fait soigner par l'un de nos infirmiers © Katerina Haggioannou / MdM Grèce
Un migrant blessé à l'oeil se fait soigner par l'un de nos infirmiers © Katerina Haggioannou / MdM Grèce

 

Moria, du camp de transit au centre de rétention

Le cas du centre d’accueil de Moria est caractéristique. Premier « hotspot » de Grèce, le plus grand en termes de taille et de capacité, il fait office de point d’entrée pour 50 à 60 % des migrants en transit vers l’Europe. Créé il y a 3 ans avec l’idée qu’il servirait à l’accueil provisoire des personnes en cours d’enregistrement, il reçoit, depuis la signature de l’accord entre l’UE et la Turquie le 18 mars dernier, des milliers de migrants bloqués là dans l’attente d’être renvoyés vers la Turquie.

 

 

Or la tentative de coup d’État en Turquie, les 15 et 16 juillet, a provoqué une recrudescence des arrivées qui demeurent beaucoup plus fréquentes que les renvois en Turquie. Chaque jour, de nouvelles personnes s’ajoutent à la population de réfugiés du camp, déjà trop importante. À Moria, la promiscuité et les difficultés d’accès à l’hygiène sont aujourd’hui insupportables.

Les femmes voyageant seules avec leurs enfants sont de plus en plus nombreuses parmi les migrants de Lesbos ©kristof Vadino
Les femmes voyageant seules avec leurs enfants sont de plus en plus nombreuses parmi les migrants de Lesbos ©kristof Vadino

Entre confusion et désolément 

Le séjour prolongé de milliers de personnes dans une structure devenue trop étroite, les retards dans les procédures d'asile ainsi que le manque d’information ont conduit les réfugiés dans une impasse. La confusion est aujourd’hui totale, tant pour ces personnes fragilisées par l’exil que pour la communauté locale qui se sent de plus en plus dépassée.

La confusion est aujourd’hui totale

En septembre 2015, les pays de l’Union européenne s’étaient fixé l’objectif de relocaliser 98 255 réfugiés arrivés en Grèce et en Italie sur deux ans. Un an après l'adoption de ce programme, seules 5 651 personnes ont été relocalisées.
Il est évident que, jusqu'à présent, l'approche européenne pour lutter contre la crise des réfugiés en Europe a échoué. Des initiatives novatrices et réalistes doivent être prises afin d'assurer des voies d’accès légales et sûres pour les réfugiés, en particulier pour les femmes et les enfants.

En quête de ces solutions, Athènes tente notamment de convaincre ses partenaires européens d'autoriser le transfert d'un certain nombre des migrants et de réfugiés dans des camps en Grèce continentale.

Depuis la tentative de coup d'Etat en Turquie, les arrivées sur l'île de Lesbos se sont multipliées © kristofvadino
Depuis la tentative de coup d'Etat en Turquie, les arrivées sur l'île de Lesbos se sont multipliées © kristofvadino

Témoignage

Hadil, Réfugiées syrienne dans le camp de Kavala, en Grèce.

« Nous avons quitté notre ville d’origine, Raqqa, en 2012, puis la Syrie en 2015. Nous avons essayé de rester mais nous ne pouvions pas. Tout est détruit là-bas. Il n’y a plus de nourriture à acheter, même plus de pain. Le sang et la mort sont partout. Nous avons donc dû fuir. Nous avons d’abord traversé la Turquie pour finalement arriver en Grèce, à Mytilène. Nous y sommes restés quatre jours avant de prendre un bateau pour Kavala.

 

L'intérieur du camp de Kavala, où sont bloqués des milliers de réfugiés, dont la plupart sont des femmes et des enfants ©MdM Grèce
L'intérieur du camp de Kavala, où sont bloqués des milliers de réfugiés, dont la plupart sont des femmes et des enfants ©MdM Grèce

Je ne peux pas envisager l’avenir de mon enfant dans ce camp.

Cela fait 6 mois que nous sommes ici. Les grecques et les personnes du camp sont de bonnes personnes. Ils sont tellement gentils. L’équipe de Médecins du Monde est restée avec nous et se tenait à nos côté tout le temps. Je la remercie du fond du cœur. 

Mais les conditions ici sont si difficiles pour nous. La Grèce est un pays très pauvre. Nous ne le comprenons que maintenant. Les conditions sont mauvaises pour le peuple grec, et le sont d’autant plus pour nous, migrants. 

Aujourd'hui, nous partons pour Athènes. Ensuite, nous espérons rejoindre les Pays-Bas. Nous devons d’abord passer deux entretiens et une visite médicale. Les Pays-Bas décideront ensuite si oui ou non ils veulent bien de nous. Nous ne savons pas combien de temps cela prendra, mais j’espère que cela ne dépassera pas 2 mois.

J’ai si peur. Mon frère est ici avec nous, mais je pars seule avec mon mari. Je ne veux pas le quitter mais il le faut, la vie ici n’en est pas une. Je suis enceinte de quatre mois et je ne peux pas envisager l’avenir de mon enfant dans ce camp. Je ne pense pas que nous pourrons un jour revoir notre pays, la Syrie. La guerre là-bas empire de jour en jour. »

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