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En finir avec les mutilations féminines

©Quentin Top

En finir avec les mutilations féminines

Encore un 8 mars. Encore une Journée internationale de la femme. Mais la lutte pour l’égalité des sexes et le respect des droits des femmes n’est pas le combat d’un jour. C’est une lutte au long cours. Comme celle que mène Médecins du Monde en Éthiopie où les mutilations sexuelles – pourtant considérées comme une violation des droits de la personne par l’OMSinfo-icon – continuent d’être imposées aux femmes à leur naissance.

Une violence ancrée dans la tradition

Samedi 27 février 2016, région Afar, dans le nord-est de l'Éthiopie. La salle municipale du village de Dawe est en pleine effervescence : venus en groupes, les habitants assistent à la première cérémonie d'abandon des mutilations génitales. Au nom des leurs, les chefs de quatre communautés du district s’engagent solennellement à ne plus tolérer ces pratiques.

« En Afrique, 115 millions de femmes sont aujourd'hui victimes de mutilations génitales », s’indigne Marie-Hélène Boko Meaux, coordinatrice générale de Médecins du Monde en Éthiopie. Si des critères d’hygiène et d’esthétique sont parfois avancés, l'ablation totale ou partielle des organes sexuels externes féminins est pratiquée au nom de croyances religieuses ou culturelles par des exciseuses traditionnelles. Considéré comme une excroissance masculine, le clitoris serait gênant pour l’homme. En le supprimant, c’est aussi le désir de la femme que l’on condamne, sa virginité et sa fidélité que l’on préserve. Les mutilations sexuelles permettent de garder le contrôle sur les femmes, réduites à leur fonction d’épouse. Elles sont considérées comme une garantie de moralité et d’honneur au regard de la communauté. Ainsi une femme excisée a plus de chances de trouver un mari qu’une femme non excisée. Et la plupart des mères ayant subi ces pratiques, soumises à la pression sociale, les imposent à leurs propres filles.

En Afrique, 115 millions de femmes sont aujourd'hui victimes de mutilations génitales
 

C’est dans la Zone 5 de la région Afar que la pratique est la plus répandue. Environ 98 % des femmes y ont subi des mutilations génitales et trois femmes sur cinq l'infibulation, la forme la plus sévère, qui consiste à rétrécir l’orifice vaginal en scellant les lèvres. Excisées dans les 12 à 24 heures qui suivent la naissance, ces femmes entrent dans la vie par la douleur. Les complications immédiates vont de l’hémorragie jusqu' à la mort de la nouveau-née. Au quotidien, la vie des femmes qui ont subi des mutilations génitales est un calvaire. « J’ai très mal à chaque fois que j’ai des relations sexuelles avec mon mari. Ça me fait très peur », explique une habitante de Dawe. Elles souffrent de règles douloureuses, d’infections urinaires, de kystes ou encore de complications lors des accouchements pour lesquels les lèvres doivent être décousues.

Pourtant, cette pratique traditionnelle est officiellement interdite. « Le gouvernement éthiopien considère les mutilations comme criminelles depuis 2005, mais les taux de mortalité maternelle et néonatale liée à ces pratiques demeurent alarmants », explique Marie-Hélène Boko Meaux. « Elles constituent un problème de santé publique majeur dans la région Afar. »

 

 

©Quentin Top
©Quentin Top

La sensibilisation, moteur du changement

Aux côtés de l'association éthiopienne ACISDA , Médecins du Monde a donc décidé de mettre en place des activités d'éducation auprès des villageois et des formations du personnel médical. L’objectif est à la fois de lutter contre les idées reçues et de limiter les conséquences des mutilations sur la santé des femmes. Des agents de santé et des travailleurs communautaires vont à la rencontre des femmes enceintes, des jeunes mères, des enfants, pour les informer des séquelles physiques et de l’illégalité de ces pratiques. 11 000 personnes ont déjà pu bénéficier de ces actions de sensibilisation, notamment dans les établissements scolaires.

Au cours de la cérémonie organisée dans la salle municipale de Dawe, un groupe d’élèves interprète une scène écrite par leur professeure. Dans le décor reconstitué d’un centre de santé, un médecin explique à un futur père de famille et à sa compagne les méfaits de l'infibulation. Dans le rôle de la jeune épouse, Asiya, 13 ans. « Grâce à l'école et aux animations, j'ai pris conscience des dangers de l'excision. Je sais aujourd’hui que cette pratique n'est pas une obligation », raconte-t-elle. Et de poursuivre, le regard fier : « Plus tard, je serai médecin. Je me battrai pour le respect des femmes et pour qu’elles aient plus de droits. »

Grâce à l'école et aux animations, j'ai pris conscience des dangers de l'excision. Je sais aujourd’hui que cette pratique n'est pas une obligation

Le principe du programme est d'atteindre tous les membres de la population Afar, qu’ils soient semi-nomades ou éleveurs sédentaires. « Nous nous appuyons sur le dialogue communautaire – le "dagou" – en sensibilisant les personnes influentes, comme les chefs de clans et les leaders religieux, qui diffusent les bonnes pratiques au reste de leur groupe », explique Marie-Hélène Boko Meaux.

L'évolution des pratiques des générations à venir dépend également du renforcement du système sanitaire. Pakiza Goulamaly, sage-femme chez Médecins du Monde, forme le personnel de santé à l’identification des différents types de mutilations, à leurs conséquences et à la technique spécifique de désinfibulationinfo-icon. Elle les accompagne également lors d’accouchements difficiles. « À cause de la perte d'élasticité des tissus due aux mutilations, les femmes présentent un risque élevé de déchirure périnéale et d'hémorragie lors de la délivrance, explique-t-elle, le bébé peut également souffrir d'asphyxie périnatale. » Confrontées à de telles complications et aux douleurs qu’elles entraînent, de nombreuses femmes craignent de mettre au monde leur enfant.

C’est pour combattre ces maux que Médecins du Monde et ACISDA travaillent main dans la main avec les communautés. Ce 27 février marque une première victoire. La déclaration publique d'abandon annoncée dans l'allégresse et les chants, touche à sa fin. La salle se vide, plusieurs collégiennes continuent de danser sur l'estrade comme pour faire durer ce moment important pour elles. Important aussi pour la condition féminine, en zone Afar comme ailleurs dans le monde.

Aurélie Defretin
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