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Rapport - Rapport Moral 2008


Rapport Moral 2008 -
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SOMMAIRE

  • Notre projet
  • 2008 en chiffres
  • Les programmes internationaux
  • Réseau international
    • Planisphère
    • Afrique
    • Amérique latine
    • Asie
    • Europe
    • Moyen-Orient
    • Perspectives programmes
  • Projets transversaux
  • Les missions en France
  • Notre mobilisation
  • Délégations régionales
  • Notre organisation
  • Glossaire
  • Remerciements


LES NOUVELLES REGLES DU JEU

Depuis la guerre du Biafra le monde a changé, modifiant les équilibres économiques et politiques entre les différents continents, couplés à une forte revendication identitaire de l’ensemble de nos interlocuteurs sur le terrain.

Par le Dr. Pierre MICHELETTI, Président de Médecins du Monde France

Sur des territoires de plus en plus vastes les équipes humanitaires sont confrontées à une perte croissante de l’immunité qui jusqu’alors leur était conférée par les différentes parties belligérantes. En Afghanistan, à Gaza, au Soudan, en Ethiopie, en Somalie, au Zimbabwe, en RDC nous avons été contraints à des replis temporaires ou définitifs de nos équipes. L’histoire et les statistiques nous rappellent, par ailleurs, que ce sont les personnels locaux qui paient le plus lourd tribut à la violence délibérée qui nous prend parfois pour cible. Ce sont, cependant, deux volontaires expatriés de Médecins du Monde qui ont été kidnappés en Éthiopie sur notre programme et retenus pendant 108 jours en Somalie. Le dénouement a été heureux mais traduit globalement cette nouvelle « règle du jeu » pour les humanitaires. La mémoire collective de notre association devra savoir garder trace de la résolution de cette situation.

Ces évolutions à notre égard procèdent de la perception que nous les Humanitaires, nous sommes d’abord et avant tout, des enfants d’un monde occidental parfois arrogant et donneur de leçons.

Depuis 2006, je me suis fait le porte parole, au nom du Conseil d’Administration, de quatre grandes priorités, dont l’une était précisément l’incontournable prise en compte de ces nouveaux contextes et de leurs spécificités.

Des enfants d’Occident qui sont aujourd’hui confrontés, 40 ans après la naissance du mouvement des sans frontières, à une redistribution des cartes. Depuis la guerre du Biafra le monde a changé, modifiant les équilibres économiques et politiques entre les différents continents, couplés à une forte revendication identitaire de l’ensemble de nos interlocuteurs sur le terrain.

C’est pourquoi nous n’avons eu de cesse de nous démarquer de la politique étrangère du gouvernement français, non par dogmatisme, mais par réaffirmation de notre caractère non gouvernemental. Ceci nous a même conduit au refus bruyant d’un financement sur Gaza suite à des propos équivoques du MAE français concernant les ONG françaises. Nous avons été à l’initiative de plusieurs réunions visant à animer une réflexion autour de la problématique de la perception dans certains pays des ONG humanitaires. Nous avons développé des réflexions sur les partenariats locaux avec des entités comme People Health Movement, avec Ibuka au Rwanda 15 ans après le génocide, en Chine, en Inde, pour ne citer que quelques initiatives. Nous avons réaffirmé la nécessaire prise en compte des déterminants socio-culturels dans la mise en oeuvre de nos projets.

EN FRANCE

En France, l’année écoulée a été marquée par la poursuite d’une politique répressive à l’égard des patients, notamment des personnes en situation administrative précaire. Médecins du Monde constate au quotidien l’impact négatif des politiques en matière d’immigration sur les politiques sociales et de santé, et rappelle qu’une sanctuarisation des lieux de soins est indispensable pour permettre l’accès aux soins des plus précaires.

2008 a également été marquée par une montée de la précarité et de la pauvreté. Nous constatons dans certains de nos centres de soins le retour de personnes que nous ne voyions pratiquement plus depuis la mise en place de la CMU, des personnes de nationalité française et/ou des « travailleurs pauvres ».

Médecins du Monde a poursuivi son implication dans les territoires et départements d’Outre-mer. A Mayotte comme en Guyane, l’accès aux soins et aux droits est particulièrement compliqué.

A l’heure où se discute la loi Hôpital, patients, santé, territoire, il faut rappeler que la loi de lutte contre les exclusions de 1998, qui prévoyaient la mise en place de PASS (permanences d’accès aux soins de santé) sur tout le territoire, est très partiellement appliquée.

Le droit au séjour médical (DASEM) fait l’objet de nombreuses attaques. Médecins du Monde a poursuivi son implication avec l’Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE) sur la défense de la régularisation pour soins, et de la non expulsion des étrangers malades, elle aussi malmenée.

Avec l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union Européenne en 2007, les Rroms auraient dû voir leurs droits élargis, en tant que nouveaux ressortissants de l’UE. Tel n’a pourtant pas été le cas. Ils restent des citoyens européens de « seconde catégorie »…

Les personnes vivant à la rue ou en logement très précaire sont de plus en plus touchées par des pathologies mentales. Nous développons des actions dans ce domaine.

Nous avons enfin poursuivi notre stratégie d’implantation dans le milieu universitaire et fait la promotion de diplômes de troisième cycles pour mettre en avant les problématiques santé / solidarité / précarité.

2008 aura été l’occasion, par ailleurs, de fêter les 20 ans du parrainage dans les hôpitaux et de l’adoption internationale. Deux moments qui, par leur ampleur et les manifestations de sympathie constatées, traduisent de fait, la qualité et la pertinence du travail accompli. Ces actions font l’objet d’une forte reconnaissance de la part des bénéficiaires comme des partenaires de leur mise en oeuvre.

LA DIVERSIFICATION FINANCIÈRE

L’émergence de la crise économique internationale nous a, de ce point de vue, placés sur une attitude plus défensive. Tout en continuant à préserver l’avenir par de fortes dépenses d’investissement sur la recherche financière, nous avons opté pourdes budgets en équilibre.

Les populations les plus précaires seront une nouvelle fois les plus exposées. Pour les associations qui oeuvrent en France et à l’international, la perspective de cette crise ne manquera pas de susciter un dilemme : quelle répartition de nos actions et de nos moyens financiers entre populations vulnérables dans les pays en développement, versus la prise en charge, à nos portes, de personnes précaires sur notre territoire ? Sera ainsi réactivé le vieux débat relatif à la solidarité entre « la Corrèze et le Zambèze »… Dans ces nouveaux contextes « Soigner et témoigner, ici et là-bas » restera donc notre préoccupation prioritaire pour les années à venir.

LE RÉSEAU INTERNATIONAL.

L’année écoulée a été l’occasion de continuer d’affirmer que le réseau international est un outil pour démultiplier les moyens de Médecins du Monde au service de l’action. Mais, c’est aussi la construction d’alliances internationales pour pouvoir continuer d’interpeller et peser davantage dans nos prises de parole, en particulier à l’échelle européenne. Sa construction nous offre l’opportunité de réfléchir à notre ancrage hors le monde occidental.

2008 a permis la relance d’une nouvelle dynamique au sein de notre réseau. Des projets transversaux comme les coordinations en Palestine, en Haïti ou les projets de l’Observatoire européen et Averroès nous inscrivent désormais concrètement et résolument dans un partenariat renforcé.

La DRI a été clairement et unanimement reconnue dans son rôle support au plan technique de coordination, mais également dans sa capacité d’intervention si les règles fixées en commun n’étaient par respectées par l’un des membres du réseau.

Dans ce domaine nous avons fait aboutir une séparation en douceur avec les délégations de Médecins du Monde Chypre et de Médecins du Monde USA.

ENFIN, LA GOUVERNANCE REPRÉSENTE LE QUATRIÈME CHANTIER IMPORTANT POUR NOTRE AVENIR.

Nous avons bien avancé sur le chantier de la régionalisation, dont la mise en oeuvre concrète verra le jour dans les mois à venir, au travers de l’élaboration des premiers projets de territoires.

Par ailleurs, l’association a validé par le vote de nouveaux statuts le principe de l’indemnisation du Président. C’est une mesure dont nous pouvons être fiers, car elle constitue une avancée notable en terme de démocratie interne, en permettant à un nombre élargi de candidats de pouvoir briguer cette fonction. Elle constitue une nécessaire adaptation de nos statuts et des moyens mis à disposition du Président pour exercer des responsabilités importantes dans un volume d’activités qui va crescendo.

Conscients de l'importance symbolique d’une telle décision, nous en avons défini les modalités dans la plus grande transparence en l’inscrivant directement dans les statuts de l'association.

Nous avons limité le mandat d’indemnisation à 3 années, consécutives ou non, et avons fixé le montant de cette indemnisation à 1,3 fois le plafond de la sécurité sociale ce qui représente moins de la moitié du montant maximal autorisé par la loi.

Au nom du Conseil d’Administration mais également en mon nom propre alors que j’arrive au terme d’une présidence aussi captivante que bien remplie, je souhaite remercier tous ceux qui, par leur action ou leur soutien, ont témoigné leur confiance à cette formidable aventure humaine qu’est Médecins du Monde.

Volontaires, bénévoles, associatifs, partenaires locaux, salariés du siège ou sur le terrain, financeurs, c’est la collaboration de chacun en un tout cohérent et porteur de sens qui permet à notre association de poursuivre son action en faveur d’un meilleur accès aux soins des populations les plus précaires.

J’ai essayé de poursuivre le travail accompli par mes prédécesseurs. Je souhaite à mes successeurs d’éprouver le même bonheur qui a été le mien à exercer une fonction qui demeure une marque de confiance et un honneur.

Pierre Micheletti président de Médecins du Monde