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Nantes : reportage sur le Funambus



Sans jugement, ni tabou


Depuis dix ans, le Funambus parcourt les rues nantaises pour aller à la rencontre des personnes se prostituant. En 2004, la mission a complété cette action en offrant un accueil de jour.



Tournée de nuit Permanence de jour Profil des bénéficiaires

1512 contacts établis

153 personnes rencontrées dont 68 nouvelles personnes

36 618 préservatifs masculinsdistribués, 96 féminins

909 gels lubrifiants en tube

101 personnes rencontrées

1220 contacts

90 % de femmes

9 % de transgenres

1 % d’hommes

Nationalités : nigériane, équatorienne, roumaine, camerounaise, française


© Elisabeth Rull

ALLER VERS

Depuis 2000, le Funambus parcourt les rues nantaises tous les jeudis et vendredis soirs pour aller à la rencontre des personnes se prostituant. La volonté des équipes de Médecins du Monde est véritablement d’aller vers, de créer un lien dans l’espace des bénéficiaires afin d’équilibrer la relation. Autour d’un thé, d’un café, les personnes rencontrées à l’intérieur du bus se livrent sur leurs pratiques, mais aussi sur les conditions de vie, sur les problèmes qu’elles rencontrent au quotidien. « Il faut vraiment créer un lien de confiance dans la durée. Nous les écoutons sans jugement, c’est pour cela qu’elles nous parlent sans tabou » explique Eléonore, éducatrice spécialisée. « Il ne suffit pas d’avoir des réponses médicales, le relationnel joue également un rôle très important » ajoute Irène, coordinatrice de la mission. « ll s’agit de discuter ensemble des prises de risques, d’évoquer les solutions existantes, mais ne jamais rien imposer, il est essentiel de laisser le libre choix et de partir de leurs pratiques pour s’adapter.»


NE PAS JUGER LES PRATIQUES

La réduction des risques est une véritable approche de santé publique. « Il n’y a pas de jugement des pratiques, il s’agit de permettre aux personnes de faire des choix dont elles mesurent les risques, de faire en sorte qu’elles puissent en parler en sachant qu’en face d’elles la personne est attentive à leur réalité, quelle qu’elle soit », développe Irène. Le rôle de Médecins du Monde est donc de prendre en compte l’environnement de la personne et de réfléchir avec elle à la manière dont elle puisse réaliser son travail en limitant les risques. « Notre mission c’est comme une balance, on réfléchit avec la personne des options, on pèse les pour, les contre, on les compare mais c’est toujours la personne qui finit par faire le choix final. C’est toute l’importance du dialogue et de l’information » précise Éléonore.


UN ACCUEIL DE JOUR

En 2004, la mission décide d’ouvrir un local en journée qui permet aux personnes se prostituant de venir librement. Elles y retrouvent l’ensemble du matériel de prévention distribué dans le bus : préservatifs masculins, féminins, gels lubrifiants, documentation, etc. Mais elles peuvent aussi rencontrer une intervenante sociale qui les accompagne dans les démarches à réaliser pour avoir une sécurité sociale, un médecin traitant, ou encore établir une demande d’asile.

Le but de cette permanence est de rendre les personnes autonomes dans le système de droit commun. Il s’agit de les sensibiliser aux actions qu’elles peuvent réaliser seules. C’est aussi une façon de renforcer l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes.

Cette permanence de jour est aussi la continuité des actions de réduction des risques menées lors des maraudes de nuit. « Ce local permet de développer le côté participatif, nous avons mis en place des mois thématiques sur le traitement VIH post exposition (en cas de rupture de préservatif notamment), sur l’IVG, la contraception, cela suscite la curiosité et les questions, les personnes échangent plus facilement entre elles » ajoute Éléonore.


L'IMPORTANCE DES PARTENARIATS

« Médecins du Monde ne doit pas se substituer au droit commun, mais être un relais entre celui-ci et les personnes. Pour cela, nous essayons de favoriser au maximum les partenariats avec d’autres structures » explique Irène. Centre de dépistage anonyme et gratuit, Cimade, centre de lutte anti-tuberculose, permanence d’accès aux soins de santé, centre de planification, centre de vaccination sont autant de structures avec lesquelles MdM est en lien.. MdM a également mis en place un réseau de médecins traitants anglophones ainsi qu’un réseau d’avocats spécialisés dans la prostitution et les droits des étrangers.


Découvrez le témoignage d’Estelle, bénévole depuis 7 ans sur la mission Funambus de Nantes.


Comment avez-vous connu la mission Funambus ?

Tout est parti d’un article que j’ai lu dans le quotidien Ouest France. Cet article qui présentait le Funambus m’a beaucoup interpellée, j’ai eu envie de m’investir. Je n’exerce pas une profession médicale mais j’ai quand même apprécié l’approche santé vis-à-vis de la prostitution.

J’avais observé les femmes nigérianes dans les rues nantaises, je me suis souvent interrogée sur leur présence, sur leur intégration dans la ville. Le positionnement de Médecins du Monde d’aller vers elles, d’aller à leur rencontre m’a tout de suite plu.

Une majeure partie des bénéficiaires ne parlent pas français, comme je suis anglophone, je me suis dit que c’était la première chose que je pouvais apporter à la mission.


Comment s’est déroulée ta première tournée ?

J’ai été surprise par la facilité de cette première tournée, le contact est passé tout de suite, l’approche s’est faite dans la simplicité. J’ai appris en faisant, en observant beaucoup aussi. L’essentiel repose sur le dialogue, l’échange, la démarche d’écouter sans juger. L’équipe est aussi importante pour se sentir impliquée, cette mission est un véritable laboratoire de questions, nous remettons toujours en cause les démarches, les actions pour faire progresser les choses.


Qu’est-ce que t’apporte cette mission ?

C’est une ouverture vers le monde, ou plus exactement vers des mondes et aussi sur ma vie à Nantes. Je trouve que cette mission décloisonne complètement le paysage nantais.

C’est très intéressant de travailler avec une autre culture. J’ai beaucoup voyagé dans ma vie, c’est un moyen de poursuivre cela.

Cette mission permet aussi d’aller vers une population que l’on n’aurait pas forcément abordée ou d’entrer en contact avec des personnes qu’on aurait pu juger avec des a-priori, de faire tomber les barrières pour briser les idées reçues. C’est une vraie richesse humaine d’apprendre et de transmettre. En plus, on se rend compte que l’on n’a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour aider les plus vulnérables.


Quelles sont les difficultés rencontrées ?

C’est une mission délicate dans le sens où il y a toujours une certaine distance à respecter, les personnes sont souvent de passage, il ne faut pas trop s’attacher même si l’on voit les personnes régulièrement et qu’elles se livrent à nous.

En plus, cette mission touche à l’intime, cela peut facilement déstabiliser.


En tant que documentariste, quel est ton regard sur cette mission ?

Je réalise actuellement un documentaire sur la mission, ma volonté est de témoigner de la complexité de la mission dans la durée, de la création du lien de confiance. Et puis également de mettre en avant tous ces témoignages de vie que l’on reçoit dans le bus. J’espère pouvoir sensibiliser les personnes au réflexe essentiel de témoignage.


Pour devenir bénévole sur la mission Funambus, participer aux tournées nocturnes et aux réunions d’équipe : mdmfunambus@free.fr


Laure Antoine


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Programmes

21/01/2011

- Nantes


Médecins du Monde Nantes - Centre d’Accueil de Soins et d’Orientation
33 rue Fouré 44000 NANTES - Tél : 02 40 47 36 99 / Fax : 02 51 82 38 09