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TEMPÊTE AGATHA - 29 MAI 2010

Interview d'Aurélie Leroyer, coordinatrice générale de Médecins du Monde au Guatemala.

92 morts. C’est le dernier bilan toujours provisoire de la tempête tropicale Agatha qui s’est abattue le 29 mai dernier au large du Guatemala. Les pluies torrentielles ont provoqué inondations et glissements de terrains sur l’Amérique centrale. Les dégâts sont lourds : des routes coupées, des dizaines de milliers de personnes évacuées, entre autre. Les régions touchées vont du sud du Mexique au Nicaragua.

  • Aurélie Leroyer, vous êtes coordinatrice de MdM au Guatemala, le pays qui compte le plus de victimes après le déferlement de cette tempête, quelle est la situation aujourd’hui sur place ?

Effectivement, cette tempête a touché les trois pays que sont le Guatemala, le Honduras et le Salvador. Le Guatemala est le pays qui serait le plus affecté, 92 personnes décédées pour l’instant mais de nombreuses personnes disparues, on peut donc imaginer que le bilan aurait tendance à augmenter. Aux dernières nouvelles il continue de pleuvoir, on reste particulièrement inquiet d’autant plus qu’on n’est qu’au début de la saison des cyclones.

  • Qu’en est-il des dégâts ?

Il y a beaucoup de routes coupées, de maisons ensevelies, certaines personnes ont pu être évacuées avant les écoulements de boues; on parle de 150 000 personnes évacuées au Guatemala, 26 600 ont été affectées, et environ 36 000 personnes sont encore accueillies dans des auberges d’urgence.

  • Les secours aujourd’hui sont-ils toujours à pied d’œuvre ?

Bien sûr, les secours sont toujours en train de distribuer principalement des vivres et du matériel de première nécessité du type couvertures, récipients pour stocker de l’eau, de la javel pour la désinfecter car on craint des maladies hydriques suite à des inondations de ce type. Comme je le disais, nous restons très inquiets à court terme mais aussi à moyen terme parce qu’il faut savoir qu’en 2009 nous avons eu au Guatemala la pire sécheresse de ces dernières années, avec plus de 400 personnes décédées faute d’alimentation. Il y a environ un mois ou deux, les guatémaltèques avaient commencé leur nouveau cycle de semis, donc le maïs et le haricot - bases de l’alimentation guatémaltèque - avaient commencé à sortir de terre, mais maintenant les champs sont complètement inondés et les premiers semis sont perdus donc nous sommes très inquiets car on pourrait se retrouver à moyen terme face à une crise alimentaire assez aiguë.

  • Quels types d’actions mènent MdM sur le terrain aujourd’hui ?

MdM a réagi de façon très rapide, nous avons une équipe locale qui nous à envoyer une proposition d’interventions dès le lendemain du jour où on a pu avoir des infos. Notre intervention va être séparée en deux axes : le premier, ce sera une distribution de biens non médicaux à toutes les personnes qui vivent dans des auberges, c'est-à-dire des couvertures, des petits matelas, de l’eau et du matériel de première hygiène. L’équipe de MdM va directement faire la remise de ses kits dans la zone d’intervention traditionnelle de l’ONG, qui est présente au Guatemala depuis 1983. En parallèle, nous allons soutenir notre partenaire local avec lequel nous travaillons également depuis de nombreuses années pour que celui-ci apporte une aide médicale aux victimes. L’idée est qu’il fasse des cliniques mobiles dans les zones affectées, en recevant un appui à la fois financier, technique et éventuellement logistique de MdM.

  • Avez-vous déjà évalué les risques d’éventuelles épidémies sur place?

Non pour l’instant, on n’a pas fait ce type de relevé médical, car au sein de l’équipe de MdM on est en phase de fin de projet donc il n'y a plus d’équipe médicale. C’est pour cela qu’on a décidé de se concentrer sur une distribution de biens non médicaux et d’appuyer l’association locale dans son travail. Nous prendrons contact avec l’association locale pour voir les premiers éléments épidémiologiques qui se dégagent.

  • Pour conclure, est ce qu’on a craint sur place une catastrophe comme ce qu’avait provoqué l’ouragan Mitch en 1998 en faisant près de 20 000 morts ?

Effectivement, on a un peu tendance à comparer même si en termes de morts cela n’a encore rien à voir, mais en termes de dégâts il semblerait que ce serait effectivement comparable avec ce qui s’est passé avec l’ouragan Mitch.

L'entretien a été réalisé le 3 juin dernier soit une semaine après le passage de la tempête en Amérique centrale, depuis le bilan d’Agatha a nettement été revu à la hausse : quelque 300 victimes et disparus selon un décompte toujours provisoire, et un trou de 20 mètres de diamètre, 30 de profondeur dans un quartier de Guatemala City.

Propos recueillis par Guillaume Gomis.

Pour écouter l'interview sur l'antenne de Radio Solidaire, cliquez ici.

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