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Revue Humanitaire n°27 - Haïti : sortir de la dépendance humanitaire ? - décembre 2010
Avec ce 27e numéro, cela fait dix ans que l'idée de créer une revue de débat et de réflexion sur l'action humanitaire au sein de Médecins du Monde est née. (...) En revenant dans ce numéro sur le séisme d’Haïti survenu il y a un an, c’est bien sûr pour la revue l’expression d’une nécessité, celle de prendre le pouls de ce pays, bien bas au demeurant.
Table ronde : Haïti : sortir de la dépendance humanitaire ? Table ronde organisée le 2 décembre 2010
Animée par Luc Evrard, chef du service économie de la radio Europe 1
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Olivier Bernard Médecins du Monde est en Haïti depuis plus de vingt ans, mais il me semble que la situation qui prévaut depuis le 12 janvier 2010 concentre en un même lieu et dans un temps court la majorité des défis auxquels l’ensemble des acteurs de l’aide nationale et internationale se doivent de faire face et de répondre dans les prochaines années. Des questions nous sont également posées par les Haïtiens eux-mêmes, ici et là-bas, mais aussi par des journalistes comme Luc Evrard qui s’est rendu sur place en juillet avec nous et en a rapporté un texte, et par nos donateurs qui se sont beaucoup mobilisés. Il était donc de mon devoir, en tant que responsable de cette organisation, de créer les conditions d’une réflexion sur les enjeux actuels ou futurs. |
>> Le site de la Revue Humanitaire
>> Récit : Haïti : sortir de la dépendance humanitaire
Par Luc Evrard
Sommaire
| Éditorial
Table ronde animée par Luc Evrard Haïti : sortir de la dépendance humanitaire ?
| Reportage
Tribune
Regard de photographe
Lire, écouter, voir
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Edito : Unhappy birthday
Par Boris Martin*
Ce n'était pas écrit. Loin de là.
Avec ce 27e numéro, sans compter quatre hors série, cela fait dix ans que l'idée de créer une revue de débat et de réflexion sur l'action humanitaire au sein de Médecins du Monde est née. L'idée de départ était simple, résonnant comme une évidence : face à la prééminence d'un humanitaire anglo-saxon tendant à devenir la pensée unique d'un milieu en pleine mutation, il s'agissait d'ouvrir un lieu de débat permettant à la pensée latine de s'exprimer, d'imposer sa différence, sans pour autant nier les apports, réels, et même parfois devanciers, d'outre-atlantique. La place de Médecins du Monde dans l'histoire des « french doctors » lui donnait une légitimité certaine à être fer de lance d'une telle initiative. Le premier numéro de novembre 2000 consacré à la normalisation de l'aide humanitaire reflétait très largement cette ambition fondamentale.
Mais occuper une place particulière dans l'histoire de l'humanitaire français ne devait pas signifier pour autant que Médecins du Monde soit le principal animateur de cette revue, s'agissant d'un thème qui rassemblait bien au-delà de notre association. C'est la raison pour laquelle il nous a semblé essentiel dès le début d'œuvrer à son ouverture à d'autres acteurs, à d'autres façons de penser ‑ y compris anglo-saxonnes : si la revue Humanitaire était lancée par Médecins du Monde, elle ne devait pas être uniquement la revue de Médecins du Monde. Et c'est ce que nous sommes parvenus à faire. Depuis le premier numéro, nous avons accueilli des contributions de nombreuses autres associations (Médecins sans Frontières, Action contre la Faim, Handicap international, Aide médicale internationale, Solidarités, etc.) et reçu des intervenants de tous les milieux (chercheurs, CICR, Union européenne, ministère des Affaires étrangères, journalistes…) français et étrangers. Une diversité farouchement assumée et qui a donné à la revue sa crédibilité.
Dix ans ont passé et l’action humanitaire a avancé au rythme de l’Histoire et encaissé les soubresauts de la nature. Le tsunami en Asie, en 2004, et le séisme en Haïti, au début de cette année, pour ne parler que de ces deux événements majeurs, ont plus que jamais braqué l’attention des médias et du grand public sur cet humanitaire, objet de toutes les attentes et de tous les fantasmes. Et c’est une bonne chose que cette attention portée à ce qui est devenu également un « objet d’intérêt social » quasi universel, tant l’action humanitaire est au final supportée par ce fameux « grand public », que ce soit par l’intermédiaire du don aux associations ou celui de l’impôt.
Mais en dix ans, la carte du monde a changé et l’action humanitaire a vu l’installation en masse d’acteurs étatiques, militaires, diplomatiques, économiques et confessionnels venus reconquérir un espace qu’ils avaient délaissé ou le conquérir lorsqu’ils l’avaient négligé. Désormais, la composante humanitaire est intégrée aux dispositifs diplomatiques et militaires des grandes puissances, brouillant les frontières entre l’humanitaire d’Etat et l’humanitaire indépendant. Et il devient de plus en plus complexe pour les Organisations Non Gouvernementales de pratiquer et d’expliquer leur action. A tout le moins de se faire entendre. Comment expliciter en effet la différence entre le domaine d’activité – « l’humanitaire », terme générique dont une multitude d’intervenants s’est emparé – et l’acteur en cause ? Et il existe un fossé entre « l’humanitaire » pratiqué par les Etats (via leurs armées ou leurs Protections civiles), celui pratiqué par des entreprises privées (via leur département mécénat ou leurs fondations) et l’humanitaire pratiqué par les ONG. Acteur parmi d’autres, avec leurs principes et leurs limites, celles-ci vivent désormais le paradoxe d’être devenues partie intégrante du Grand jeu diplomatique et de devoir sans cesse s’en affranchir pour expliquer leur singularité.
C’est tout le pari que la revue Humanitaire a fait depuis sa naissance d’associer le public le plus large possible à cette évolution complexe de l’action humanitaire en rappelant sans cesse son « point de vue » : celui d’une ONG, Médecins du Monde, porteuse d’une pratique liant soin et témoignage. « Réinvestir le terrain de la réflexion, telle est la raison d’être de la revue Humanitaire. Puiser aux sources des pratiques des acteurs, les confronter aux analyses des chercheurs, mettre les enjeux en perspective, susciter débats et échanges de vues, tels sont les objectifs qu’elle se fixe afin de favoriser l’émergence d’une réflexion sur l’humanitaire qui dépasse les polémiques », écrivions-nous dans le premier éditorial en novembre 2000. En regardant dans le rétroviseur, il nous semble que le pari est gagné. Humanitaire est la seule revue trimestrielle de débat et de réflexion sur l'action humanitaire en France s’appuyant sur les contributions les plus diverses. Et ce n'est pas rien.
Drôle d’anniversaire cependant. En revenant dans ce numéro sur le séisme d’Haïti survenu il y a un an, c’est bien sûr pour la revue l’expression d’une nécessité, celle de prendre le pouls de ce pays, bien bas au demeurant. C’est surtout l’expression d’une volonté : celle de mettre en œuvre, une fois de plus, les principes qui nous guident en posant une question que d’aucuns jugeront iconoclaste… A travers un supplément contenant un texte inédit de Luc Evrard qui vient compléter un dossier déjà riche de réflexions, nous offrons à nos abonnés de se faire leur idée tout en les remerciant de leur fidélité.
* Boris Martin est rédacteur en chef de la revue Humanitaire qu’il coordonne depuis sa création. Il est par ailleurs auteur, coauteur ou directeur de plusieurs essais dont Critique de la raison humanitaire (dir. avec Karl Blanchet, préface de Rony Brauman), Le Cavalier bleu, 2006. Il a également publié des récits aux éditions du Seuil (« C’est de Chine que je t’écris… », 2004, traduit en chinois, Chronique d’un monde disparu, 2008, traduit en allemand et en japonais) et une fiction aux éditions Elytis en 2010 : Hong Kong, un parfum d’éternité. Il est également expert et chercheur associé auprès de l’Institut de recherche et débat sur la gouvernance (www.irg.org) et tuteur à l’École des affaires internationales de Sciences Po (http://master.sciences-po.fr).
