Accueil  >  Presse  >  Tribunes  >  Thierry Brigaud, président de MdM : "Médecins du Monde, u...

Tribune

Thierry Brigaud, président de MdM : "Médecins du Monde, un chemin à poursuivre"

A l’issue de son assemblée générale du 2 juin, Médecins du Monde a élu un nouveau conseil d’administration qui m’a fait l’honneur de me désigner comme Président. L’occasion pour moi de dessiner quelques pistes.

Cessons le discours de la peur.

Dans nos sociétés essoufflées, nous croisons des "épaves" humaines au milieu de nos villes, comme si aucune solution n'était possible, comme si les plus miséreux étaient à la fois nos démons et nos boucs émissaires. Moi aussi demain je serai peut être "ce fou qui délire, ce SDF sans valise, cet étranger égaré". La rue comme exutoire pour les récalcitrants, pour les non productifs, pour les non compétitifs n’est pas le modèle de société que nous défendons.

Pour des populations exclues, nous pouvons proposer des solutions et des alternatives facilitant les insertions et le retour à plus de dignité. Pour les personnes à la rue, il faut trouver des solutions d’hébergement adaptées en créant des structures ouvertes toute l’année en nombre suffisant et conçues en fonction des personnes, notamment pour les malades.

La promotion de la santé est un moyen pour lutter contre les inégalités sociales de santé et pour éviter la descente dans la précarité excluante.

Rappelons que la migration est un droit et une opportunité.

La migration est un fait social ordinaire. En changeant de paradigme, en parlant de libre circulation des humains, la migration peut être lue comme une opportunité pour l'Europe. Il faut transformer la migration comme une chance pour les pays dits d'accueil. Actuellement, les parcours migratoires sont souvent désastreux et le coût humain de ces parcours est  inacceptable.

Pour les populations dites "roms", il faut rappeler le droit de libre circulation des ressortissants européens.

A Calais, nous ne pouvons pas continuer à gérer comme une urgence l'arrivée répétée de migrants. En prenant l'exemple des « casas de migrantes » au Mexique, nous pourrions construire des lieux d'accueil, avec des partenaires forts. Ces haltes pourraient être l'occasion pour les migrants de faire le point sur leur santé, sur leurs droits.

Décriminalisons l'usage des drogues.

Dans les pays producteurs, les politiques de lutte contre les drogues ont installé des guerres sans fin, des cartels mafieux voire des narco-états. Refusant d'être les pompiers des pyromanes, nous, personnels humanitaires, nous devons d’expliciter le rôle et l'impact du trafic des drogues en Afghanistan ou en Colombie par exemple.

La réduction des risques a démontré sa pertinence.Médecins du Mondeexpérimente depuis 2010 un projet d’éducation aux risques liés à l’injection (ERLI) pour diminuer les risques de contamination pour les hépatites C. Avec nos partenaires, nous devons également être au rendez-vous pour accompagner l'ouverture des salles de consommation à Paris et en province.

A l'international, la promotion de la réduction des risques est nécessaire pour lutter contre les endémies que sont le SIDA et les hépatites B et C. Le plaidoyer pour l'octroi de génériques accessibles pour soigner les hépatites va dans le même sens.

Les populations au cœur de notre action.

L’espace humanitaire  se réduit comme peau de chagrin, les contextes d'intervention sont de plus en plus difficiles et parfois dangereux. Cela nous oblige, vis à vis des acteurs terrains, à être sans faille dans nos pratiques et nous invite à retravailler nos liens avec les populations bénéficiaires, ainsi qu’à mieux décoder comment nous sommes perçus. A accepter aussi une certaine perte de notre pouvoir.

Il existe des contextes où la présence des "humanitaires occidentaux" est mal venue, mal interprétée. Dans ces pays en mutation plus ou moins violente, nous construisons des modes nouveaux d'intervention, à distance, aux frontières de l'impossible, en nous adaptant de façon permanente selon la volatilité des contextes.  En Syrie, c’est la violation des droits humains et plus particulièrement celle des personnels de santé que nous dénonçons.

Face à l’humanitaire industrialisé, le modèle associatif et militant de MDM est un des garants visant à promouvoir une approche alternative et plus respectueuse des aspirations des populations que nous assistons. Notre indignation doit être le moteur de nos engagements, de notre révolte, pour soigner tous les exclus que notre société marginalise et pour se faire entendre, pour construire aussi des partenariats plus équilibrés avec des acteurs de la société civile.

                                                                                              Dr Thierry Brigaud
                                                                                              Président de Médecins du Monde