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A Strasbourg

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Missions mobiles / A Strasbourg : Aller vers ceux qui n’osent pas se soigner


  • Médecins du Monde va aussi au-devant des plus exclus : ceux qui ne viennent pas dans les centres de soins de MdM, qui n’osent appeler un médecin, se rendre dans un cabinet médical ou dans une PASS (Permanence d’accès aux soins de santé, intégrée aux hôpitaux).
    A Strasbourg, nous allons ainsi deux fois par semaine sur les terrains où vivent des familles Rroms, explique Germain Mignot, coordinateur de Médecins du Monde à Strasbourg. Nous nous y rendons en camionnette avec une équipe médicale pour leur proposer des soins mais aussi les aider à ouvrir leurs droits à l’AME.


  • L’équipe va également deux soirs par semaine au-devant des SDF vivant dans les rues ou les squats de la ville. Nous les connaissons bien, il s’agit pour moitié de personnes vivant à la rue depuis de longues années. Mais nous voyons également de plus en plus de jeunes de 20 à 30 ans, français ou venant d’Europe de l’Est, qui voyagent et se déplacent régulièrement... Ils n’ont souvent plus aucun papier d’identité et ne bénéficient ni de la CMU ni de l’AME.
    Au-delà du soin, l’action principale de Médecins du Monde est donc de les accompagner vers le système de droit commun, d’assurer une médiation avec les structures de santé locales. Des démarches administratives souvent lourdes et complexes. Pour ouvrir des droits à une couverture santé, il faut absolument justifier d’une domiciliation, avoir une adresse postale. Ce qui est quasi impossible pour des personnes vivant à la rue, qui se déplacent souvent ou pour des familles Rroms régulièrement expulsées…


  • Pourtant les équipes font face à des pathologies souvent lourdes qui nécessitent une prise en charge médicale. Sur les terrains Rroms, les équipes MdM diagnostiquent de fréquentes infections ORL ou des cas de diabètes. Mais sur un terrain où les conditions de vie et d’alimentation sont si précaires, il est difficile pour un diabétique de respecter son régime. Des cas de cancer également. Germain Mignot se souvient ainsi d’un homme atteint d’un cancer des poumons. Parce qu’il avait des difficultés pour respirer, les médecins lui ont conseillé de dormir assisté d’un respirateur. Ils l’ont acheté mais comment le faire fonctionner sans électricité dans leur caravane ? Il ne peut donc pas s’en servir et le 115 refuse de le loger à l’hôtel. La seule solution serait les “lits halte soins santé” mais il n’y en a que dix à Strasbourg, la liste d’attente est très longue ! La famille est donc extrêmement inquiète. Les rendez-vous médicaux pris avec les spécialistes sont naturellement très espacés dans le temps mais ils risquent entre temps d’être expulsés…


  • Les expulsions répétées provoquent des ruptures de soins et compliquent le suivi médical et administratif par les associations.


Germain Mignot, coordinateur de Médecins du Monde à Strasbourg


"Lorsque des OQTF (obligation à quitter le territoire français) sont distribuées par les forces de police, les Rroms ont peur de se déplacer et retardent donc leurs soins jusqu’à ce qu’ils deviennent urgents.”

A la peur et aux démarches d’ouverture de droit déjà très complexes, s’ajoute à présent un droit d’entrée à l’AME de 30 euros par adulte. Un nouveau frein qui rendra l’accès aux soins encore plus difficile. 30 euros par adulte pour une famille vivant le plus souvent sous le seuil de pauvreté, cela représente une somme très lourde. Cela risque de les exclure encore un peu plus du système de soins.”


avril 2011