Accueil  >  Presse  >  Dossiers de presse  >  A l'International  >  République Démocratique du Congo : le viol se généralise...  >  2 Prise en charge psychosociale et médiation familiale

2 Prise en charge psychosociale et médiation familiale

2 Prise en charge psychosociale et médiation familiale



La conseillère : figure-clé de la prise en charge

Selon Christian Laval et Tatiana Kourline de MdM, « nous avons pris conscience à partir de 2002 des conseillères psychosociales. Leur fonction précise ? Elles sensibilisent aux violences faites aux femmes, repèrent les victimes, les écoutent et les orientent tout au long de leur parcours ». Selon les moyens de l’association, elles travaillent chez elles ou au sein d’une maison d’écoute, le plus souvent une petite pièce sombre comportant une table basse, deux chaises et un rideau. « Les conseillères sont souvent elles-mêmes des victimes de violences sexuelles » note Tatiana Kourline.


J’ai été violée il y a quatre ans. Une petite fille est née mais je ne pouvais pas m’en occuper. Au début, j’ai caché ce viol à mon ami. Je ne voulais pas qu’il soit rejeté à cause de moi. Finalement, je le lui ai dit. Cela nous cause beaucoup de problèmes. Sa famille l’a laissé tomber après avoir tout fait pour qu’il me quitte. Pourtant, nous avons deux enfants ensemble. A Goma, j’ai rencontré une femme qui m’a parlé de l’association Ghovodi. Il faut dire que je suis souple et ouverte. Mais cette force et cette volonté que j’ai aujourd’hui, je les dois à l’association. Ils m’ont écouté, m’ont aidé. A mon tour, je suis devenue conseillère pour aider d’autres femmes. L’important, c’est de ne pas les brusquer. Il faut se rabaisser à leur niveau. Le plus souvent, surtout, je leur raconte mon histoire. Cela les aide à faire sortir les mots

.
Judith, 34 ans, conseillère psychosociale pour l’association Ghovodi à Goma


Je travaille pour l’association Maodé depuis 2003. A l’âge de 7 ans, ma maman nous a abandonnés et j’ai été victime de viols par mes cousins et, plus tard, par le frère de ma meilleure amie. Après cela, j’ai vécu beaucoup de stress et de souffrances pendant de nombreuses années. Puis j’ai rencontré mon mari et cela a été très diffi- cile pour nous car sa famille ne voulait pas que l’on se marie. Je me suis finalement engagée dans la lutte contre les violences pour aider les autres. J’ai moi-même été détraumatisée par cette association. C’est pourquoi j’aide à décharger les autres. Je ne saurais plus vivre sans cela.

Césarine, 45 ans, conseillère psychosociale pour l’association Maodé à Goma


Un accompagnement au long cours

« Les conseillères se sont engagées au sein d’associations à la fois pour lutter contre les violences et pour se créer de nouveaux réseaux de sociabilité car elles ont été exclues du premier de tous les réseaux, celui de la parenté ». Au début des années 2000, les conseillères (victimes ou non) avaient un rôle dans la société civile (des enseignantes, des infirmières ou tout simplement des citoyennes voulant s’engager dans leur communauté). Aujourd’hui, cette activité tend à se professionnaliser.


Nous, les conseillères, nous sommes la porte d’entrée pour ces femmes. Nous leur montrons toutes les possibilités qui existent pour elles : l’écoute psychosociale, l’appui juridique, la réinsertion économique. En fonction de ce qu’elles souhaitent, nous les mettons en contact avec d’autres associations. Souvent elles ne veulent pas porter plainte à cause de la stigmatisation. Elles nous disent qu’elles ont déjà perdu leur dignité et que la justice ne changera rien. Mais certaines ont quand même voulu entamer des procès. Souvent, les femmes qui sont enceintes refusent leur grossesse. C’est difficile mais nous les accompagnons. On trouve de petites solutions. On leur donne des pagnes, on va à l’hôpital. On les aide à retrouver leur force et quand c’est possible, on les oriente vers des centres pour leur trouver une activité comme la broderie ou le tricot

Makuta, 53 ans, conseillère psychosociale pour l’association PPSSP à Béni


La médiation familiale

L’un des rôles des conseillères psychosociales consiste à intervenir auprès des familles des victimes pour leur éviter d’être rejetées.


J’étudiais à Butembo. J’ai voulu aller voir ma grand-mère dans la forêt à Burendo pour l’aider aux travaux des champs. C’est une contrée où habitaient des miliciens Maï Maï. C’était en 2005. Une nuit, ils ont attaqué. Ils ont tout pris et m’ont violée. Après le viol, j’ai eu la force de fuir. Mais ma grand-mère qui avait 65 ans et qui a été violée par plusieurs miliciens, est restée dans sa maison. Depuis, elle est morte. Je me suis retrouvée à Butembo chez mes parents. Ils n’ont pas compris mon état. Ils étaient découragés, ils ne voulaient plus me voir. Ils m’ont rejetée. J’ai rencontré ma tante maternelle, à Butembo et comme elle travaille pour Sofepadi, elle m’a conduite jusqu’ici. Suite au viol, je suis tombée enceinte. Je suis restée pendant un mois à l’hôpital. J’ai accouché par césarienne. Aujourd’hui, ma fille Huguette a trois ans et je vis chez mon grand-père.

Taali, 24 ans


On a commencé une médiation avec la mère qui ne voulait plus voir sa fille. Aujourd’hui, Taali peut retourner voir sa mère mais celle-ci n’accepte toujours pas qu’elle vive chez elle. Taali est retournée à l’école. Elle voudrait s’inscrire dans des études universitaires. Elle aimerait faire du droit pour défendre les autres.

La conseillère de Taali, à l’association Sofepadi à Béni


Le plus dur, c’est la stigmatisation qui fait que la victime s’enferme en ellemême. Si je la vois tout de suite, elle peut retrouver son estime en un ou deux mois. Ici, on dit qu’une femme violée est un tabou. Il n’y a pas de maison pour protéger ces femmes au Congo. Il y a quelques associations qui ont des maisons de transit mais on ne peut pas y rester longtemps. C’est pourquoi on doit les réintégrer dans leur propre famille. Entre nous, les conseillères, on s’entraide. Si le problème nous dépasse, on va voir le psychologue. Nous gardons espoir. Avant, on ne savait pas ce qui se passait. Maintenant on commence à comprendre ces situations

.
Césarine, 45 ans, conseillère psychosociale pour l’association Maodé à Goma

novembre 2009