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Témoignage de nos équipes

Ina Bluemel, Coordinatrice Médicale chez MDM - 28 janvier 2009

Reprise des activités dans le Centre de Soins de Santé primaire Al Atatra :

Lorsque nous évoquons ce centre dans nos discussions avec des fonctionnaires, des employés et des gens qui sont à l’intérieur ou à l’extérieur de Gaza, le ton est sérieux, les mots sont implacables et les expressions varient entre colère et impuissance. Je n’ai toujours pas vu le centre même si je coordonne les efforts pour le remettre en marche. Il est entièrement en ruines. La destruction de ce centre médical prive à peu près 25 000 personnes de leur accès aux soins de la santé primaire. Ce sont ces gens qui ont été confrontés à la guerre au cours des dernières semaines, qui ont perdu leur maison et qui sont entassés dans des conditions de vie néfastes. Ce sont ces gens qui n’ont pas les moyens de se payer le déplacement vers les centres médicaux dans les autres régions. Ce sont aussi des gens qui n’ont pas nécessairement joué un rôle dans ce conflit qui a eu un grand impact dans leur vie depuis leur aissance, et qui les affecte aujourd’hui plus que jamais.

Je pourrais en dire davantage sur la situation dans laquelle vivent les Gazaouis à Al Atatra, mais je préfère passer au revers positif de la médaille. Nombreux sont les gens de l’extérieur qui font leur part pour répondre aux besoins des familles de Gaza : ils font confiance à des organisations comme MDM en leur donnant leur argent. Nous qui sommes dans la Bande de Gaza pouvons ensuite déterminer les besoins réels et agir en conséquence. Il y a des équipes à Jérusalem et à Paris qui facilitent la tâche et rendent notre travail possible. Il y a aussi une équipe incroyablement dévouée de personnel national et international dans Gaza qui travaille très dur pour améliorer la situation de différentes façons.



À Al Atatra, nous avons immédiatement contacté le ministère de la Santé pour leur faire part de nos moyens pour remettre les services en marche le plus tôt possible. Lors d’une visite, nous avons identifié un appartement qui servirait de local temporaire en face de la clinique détruite. L’équipe de professionnels de santé de Al Atatra a été mobilisée pour fouiller le matériel endommagé afin de trouver ce qui était encore fonctionnel, et nous a remis une liste d’éléments qui doivent urgemment être remplacés. Nous nous chargeons de nous les procurer, et les livrons au nouvel appartement. Si tout va bien, le centre sera de nouveau opérationnel dès dimanche matin, soit le début de la semaine ici en Palestine. Aujourd’hui, alors que toutes ces activités sont en cours, le personnel du Centre de soins de santé primaire commence déjà à stocker les provisions pour les soins les plus urgents (vaccins pour les enfants, soins des mères et enfants, et pansements pour les blessés) dans le sous-sol du nouveau bâtiment.


Le support que nous offrons pour que tout se remette en place à Al Atatra n’est qu’une des nombreuses activités que nous organisons pour répondre à la crise humanitaire à Gaza. Pour moi, c’est la plus satisfaisante parce qu’elle prouve qu’un groupe hétérogène (personnel médical, fonctionnaires, bénévoles, notre personnel national et nous, les « expatriés ») parvient à travailler ensemble pour atteindre le but que nous partageons tous : le désir de rétablir le plus tôt possible les services de santé à Al Atatra.


TINA, chef d’équipe, ville de Gaza, 23 janvier

Habituellement, les gens font face à la vie de nouveau et retournent à leur train-train quotidien, et non pas à la normalité ; à Gaza, la normalité n’existe pas. Toutefois, il y a plusieurs opinions sur le sujet. Il y a ceux qui veulent s’envoler bientôt, mais il y a aussi ceux qui ont été sous le choc quand les bombardements ont cessé.
Dans les maisons, pendant les bombardements, les réactions ont été différentes. J’ai entendu dire que certains parents ont caché la vérité à leurs enfants. Lorsque l’AIF (Armée de l’air israélienne) bombardait, ils leur disaient que c’était de la musique, exactement comme le fait le personnage principal du film La Vie est belle. D’autres enfants ont sauté dans les bras de leurs parents quand ils se sont rendus compte que ces derniers étaient aussi effrayés qu’ils ne l’étaient eux-mêmes. Un autre parent m’a dit qu’il disait à ses enfants : « Nous devons rester ensemble car nous allons mourir ensemble ».


RICARDO, traumatologiste, 23 janvier

Au-delà du passage d’Erez, les bâtiments étaient peu endommagés, à l’exception de quelques murs. Le paysage était comme je l’avais déjà vu parce que l’IDF (Forces de défense israéliennes) n’a pas traversé en passant par les routes principales. De plus, ils les protègent des mines et embuscades. J’ai été surpris de constater que certains marchés de fruits étaient ouverts au public. Dans la ville de Gaza, des endroits tels que des bâtiments officiels, des institutions militaires et des commissariats ont subi une destruction sélective. Le bâtiment du Ministère de la justice a été détruit, mais celui juste à côté est resté intact.

MARC, 24 janvier

Des attaques sélectives ont eu lieu et certaines zones ont été ravagées dans la ville de Gaza, dans le quartier Zeytoun. La plupart des hôpitaux étaient presque vides, et les patients malades à cause du phosphore blanc ont dû être envoyés à des hôpitaux à l’étranger en Égypte, Jordanie, Arabie du Sud et Hollande. Des équipes mènent une enquête sur ces cas particuliers ainsi que sur les autres violations des droits de l’homme à Gaza. L’équipe locale est prête à travailler, et ils se sentent mieux maintenant que les coups de feu ont cessé.


Soutenir les centres de santé

L’opération « Plomb durci », menée par Israël dans la bande de Gaza du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a fait de nombreuses victimes dans cette zone la plus densément peuplée au monde (4 500 habitants/km2).

1 380 Palestiniens ont été tués et 5 380 ont été blessés. 15 hôpitaux et 41 centres de santé ont été endommagés. MdM a soutenu 25 des 56 centres de soins de santé primaires mis en place par le ministère de la Santé, en apportant des équipements et des formations aux personnels médicaux.

1 800 000 consultations ont pu y être effectuées en 2009. Des sessions de sensibilisation à l’éducation à la santé ont également été assurées dans les 25 centres. Les services d’urgence, très fortement sollicités, ont été renforcés dans trois hôpitaux, notamment sur le plan orthopédique. Un an après l’offensive israélienne, le système de santé reste très insuffisant et très fragilisé à Gaza.

Juin 2010


Prôner le dialogue et la non-violence en Cisjordanie

Par Catherine Legras

SANTE MENTALE / Afin de répondre aux besoins dans le domaine de la santé mentale, Médecins du Monde soutient le travail d’un partenaire local oeuvrant en faveur de la non-violence à Hébron en Cisjordanie

Les conflits et les tensions qui affectent les territoires palestiniens depuis des décennies ont de lourdes conséquences sur la santé psychique des populations, témoins directs des violences quotidiennes. Les plus jeunes en souffrent et sont sujets à des troubles post-traumatiques, des états d’anxiété fréquents : insomnies, phobies, voire actes de violence, résultats souvent d’une incapacité à contrôler des émotions comme la colère. La LOWNP (Library on Wheels for Non Violence and Peace) est une bibliothèque à la fois fixe et mobile qui tente, par la lecture et divers moyens d’expression, defaire passer des valeurs de non-violence auprès des plus jeunes, de leur famille, des écoles, des camps de réfugiés ou aux checkpoints autour d’Hébron. « Notre partenaire, la LOWNP, cherche à sensibiliser la population sur la résolution possible des conflits par la non-violence, explique Séverine Laville, coordinatrice générale du projet. Cela se fait par le biais de groupes de paroles, de formations à la gestion du stress, de thérapie par l’art et de toute activité valorisant la créativité et l’estime de soi des enfants, et aussi la formation du personnel local à la culture de la non-violence.»

Renforcer le soutien psychosocial

MdM apporte son expertise afin de développer et de renforcer l’offre de soutien psychosocial grâce au recueil de témoignages, à travers des débats et une assistance psychologique individuelle. Il est surtout essentiel de pouvoir déstigmatiser le trouble mental aux yeux de la population. Des brochures sur des sujets tabous ou méconnus tels l’autisme, la dépression, l’épilepsie, sont ainsi distribuées aux parents et éducateurs. Les émissions de radio ou les cafés littéraires permettent également d’aborder des thèmes sociaux sensibles (situation économique et politique, relations familiales…) et de les partager publiquement. « Ces activités mettent en lien les personnes qui seraient restées isolées et permettent de les réunir autour de difficultés communes, ajoute Séverine Laville. L’entraide et les liens communautaires s’en trouvent renforcés. » Et le recours aux soins de santé mentale peut être mieux accepté.

La maison de la non-violence créée en 2007
L’objectif de la maison de la non-violence est de proposer d’autres moyens que la violence pour répondre à l’occupation et de conseiller la population sur la manière de réagir face à l’armée israélienne sans avoir recours à la force. Le conflit est le quotidien des bénéficiaires. Les activités proposées visent à les sortir de ce quotidien afin que la paix redevienne la situation normale à leurs yeux. Donner des moyens de lutter pacifiquement pour résoudre les conflits, c’est les préparer au dialogue et à une issue possible du conflit.

(Photo: Pierre-William Henry)

Décembre 2008

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