Assistance médicale en réponse à la crise syrienne
Afin de répondre à la crise syrienne, qui concerne non seulement la Syrie mais aussi ses pays limitrophes, Médecins du Monde a adopté une stratégie régionale en trois axes : soins de santé primaire pour les réfugiés syriens, soutien aux réseaux de médecins syriens capables d’apporter une aide médicale à l’intérieur de la Syrie, et une aide humanitaire médicale en Syrie auprès des populations déplacées (camp de Qah au nord de la Syrie).
En 2013, la Syrie est plongée depuis de longs mois dans une véritable guerre civile. Le conflit aurait déjà fait plus de 70 000 victimes, principalement civiles. Près de 4 millions de personnes auraient besoin d’aide, en particulier médicale, à l’intérieur du pays, avec de nombreux blessés, près de 2 millions de déplacés internes et 1,2 million de maisons endommagées ou détruites. Par ailleurs, de nombreux Syriens ont fui le pays et ont trouvé refuge dans les pays voisins : en avril 2013, plus d'un million de Syriens sont enregistrés auprès du Haut Commissariat pour les Réfugiés en Jordanie, au Liban, en Turquie, en Irak, et en Egypte, tandis que des dizaines de milliers d’autres sont présents dans ces pays sans être enregistrés. Vivant dans des conditions précaires, sans ressources, ces personnes ont besoin d’un accès aux soins facilité et gratuit.
Auprès des déplacés du camp de Qah, dans le nord de la Syrie
Médecins du Monde a ouvert en octobre un centre de soins de santé primaires dans le Nord-Ouest de la Syrie. Situé dans le camp de Qah, d’une capacité de 5 000 personnes, proche de la frontière turque, le centre de santé accueille près de 100 patients par jour, majoritairement des femmes et des enfants. « Les principales pathologies rencontrées par nos équipes sont des affections liées aux conditions de vie de ces personnes durant leurs multiples déplacements. Elles sont souvent parties dans la précipitation, en abandonnant tout ce qu’elles possédaient, ce qui les précarise encore davantage » précise Joel Weiler, coordinateur général du programme en Syrie et des équipes sur place composées d’un médecin, une infirmière, un interprète, un garde et un secrétaire médical.
L’intensification des violences et des combats entraîne un afflux permanent de personnes dans le camp, qui compte actuellement plus de 600 tentes et presque cinq milliers de Syriens. A l’approche de la période hivernale, les équipes de MdM assurent également des distributions de couvertures, de savons et de bâches permettant d’assurer l’étanchéité des tentes et de meilleures conditions de vie pour affronter l’hiver. Un système d’adduction d’eau potable et d’évacuation des eaux usagées est actuellement mis en place ainsi que la distribution de kits d’hygiène afin de réduire le risque de maladies infectieuses au sein du camp. A ce jour, près de 1 500 consultations ont été réalisées dans le centre.
A proximité du camp, pour répondre à une demande des communautés locales syriennes, les équipes de MdM installent actuellement un centre post-partum pour les femmes vivant dans les camps de la région et venant d’accoucher. Le centre compte une dizaine de lits et peut accueillir pendant cinq jours mères et enfants afin de leur assurer des conditions de vie décentes, un peu de chaleur et de confort. Des soins postnataux seront également dispensés par trois infirmières qui viendront renforcer l’équipe. Malgré un contexte sécuritaire extrêmement tendu, le centre devrait être fonctionnel dans les jours à venir.
Approvisionnement en matériel médical et médicaments :
Médecins du Monde en soutien à des réseaux de médecins et de bénévoles syriens
Depuis avril 2012, MdM soutient matériellement des réseaux de médecins syriens appuyés par des équipes de bénévoles venant en aide à la population sur l’ensemble du territoire syrien. Face aux violences et aux bombardements généralisés, les besoins médicaux ne cessent de s’accroître. Le personnel médical ainsi que les structures de soins restent toujours la cible des forces gouvernementales et ont déjà payé un lourd tribut depuis le début des événements. Dans ce contexte, des réseaux de médecins se sont mis en place en quelques mois dans les principales agglomérations syriennes, que ce soit Deraa, Homs, Damas ou Alep pour tenter de faire face à l’urgence et répondre aux besoins médicaux.
Des besoins importants sont clairement identifiés concernant la médecine de soins et d’urgence, liés aux bombardements massifs, et les pathologies médicales chroniques dont souffre une partie de la population (asthme, diabète, insuffisance cardiaque). Si les médicaments pour traiter ce type de maladies sont encore disponibles sur le territoire, ils commencent à manquer. L’acheminement et l’approvisionnement en médicaments font en effet partie des armes de répression utilisées par le régime. En outre, dans un état de non droit, où les violences du régime sont planifiées et systématisées (généralisation de la torture, des viols, bouclage des quartiers qui se sont soulevés, coupures d’eau et d’électricité), la santé mentale des populations est au cœur des priorités médicales. Si pour l’instant une réponse médicamenteuse est apportée, des solutions rapides doivent être mises en place pour traiter les chocs post-traumatiques et traiter les conséquences de la brutalisation de la société qui pourrait mettre en péril la reconstruction du pays.
Présent en Syrie entre 2008 et 2011, Médecins du Monde travaillait à l’amélioration de l’accès aux soins de santé primaire de qualité pour les populations rurales de la région d’Alep. Médecins du Monde approvisionnait dix cliniques en équipement médical et en médicaments, a formé un total de 20 médecins et de 260 infirmières et a organisé de nombreuses activités d’éducation à la santé pour les femmes et les enfants.
Médecins du Monde a dû mettre un terme à ses actions en Syrie fin 2011, faute d’obtention des autorisations nécessaires de la part du gouvernement de Damas, et ce malgré plusieurs sollicitations de l’Ambassade Syrienne en France et des autorités centrales du gouvernement syrien.
Aujourd’hui, en l’absence d’autorisation officielle pour intervenir en Syrie et dans un contexte où la sécurité des personnels de Médecins du Monde ne peut être assurée, la capacité d’action directe de Médecins du Monde à l’intérieur de la Syrie reste réduite.
Dans ces conditions, Médecins du Monde a choisi d’apporter un soutien aux réseaux de médecins syriens présents dans les pays frontaliers de la Syrie et capables de faire parvenir médicaments et matériel médical à l’intérieur du pays.
Médecins du Monde pré-positionne également des kits de soins primaires et des kits chirurgicaux en Jordanie et au Liban en cas d’ouverture de la Syrie à l’aide humanitaire.
Enfin, Médecins du Monde souhaite relayer la parole des médecins syriens qui continuent à soigner à l’intérieur de leur pays. Beaucoup d’entre eux décrivent l’instrumentalisation de la médecine dans le conflit syrien : professionnels de santé assassinés et torturés, hôpitaux inaccessibles aux blessés par peur de représailles, entraves constantes à l’aide médicale dans les hôpitaux et les zones bombardées et assiégées…
L’Appel Syrie lancé par Médecins du Monde début août 2012 exhorte l’ensemble des acteurs au conflit à respecter les règles de droit international, notamment en matière d’accès aux soins pour tous et de sanctuarisation des lieux de soins.
Témoignage d’un chirurgien syrien, arrivé en Jordanie en Février 2012 – recueilli par MdM en Mai 2012
« Quand j’étais en Syrie, j’ai effectué plus de 200 opérations sur des blessés. Mon travail de médecin m’a valu d’être emprisonné à plusieurs reprises et j’ai reçu des menaces, ainsi que ma famille dont certains membres ont été torturés. Il y a trois mois, j’ai décidé de traverser la frontière illégalement pour me réfugier en Jordanie. J’ai fait venir ma famille ensuite.
A mon arrivée en Jordanie, je ne savais pas trop quoi faire. Et puis, je me suis dit qu’en tant que médecin, je pouvais être utile et que j’avais aussi des contacts à l’intérieur de la Syrie qui me permettaient de savoir ce qu’il se passait et d’évaluer les besoins. Nous avons mis rapidement en place un réseau pour le passage de médicaments en Syrie, où l’accès aux médicaments est devenu très difficile. Beaucoup de personnes meurent parce qu’elles n’ont pas pu avoir de traitement à temps. Les médicaments sont considérés comme des armes : en avoir en sa possession en Syrie est très dangereux. Les passeurs retrouvés en possession de médicaments ou d’argent peuvent se faire tuer, emprisonner et torturer.»
Témoignage d'un médecin franco-syrien retourné en Syrie pour une mission médicale d'un mois en Juillet-Août 2012 - recueilli par MdM en Août 2012
Comment décririez-vous la situation actuelle à Deir Azzor pour les médecins et dans les structures de santé ?
« Deir Azzor a été désertée par la population, donc également par les médecins. Dans les 50 derniers jours, nous n’avons pu compter que sur 20 médicaux. C’est bien sûr insuffisant alors que la ville subit des bombardements continus. Le nombre de blessés est estimé à près de 7 000, rien qu’à Deir Azzor. Le flux est continu et très difficile à gérer pour les équipes médicales. On reçoit des personnes avec des éclats de bombe dans les yeux, des personnes qui ont perdu un membre. Beaucoup de civils sont aussi victimes des tirs de snippers. J’ai vu un homme, qui était seulement sorti dans la rue pour voir si une boulangerie était ouverte, recevoir quatre balles dans le corps. Alors qu’il était à terre, le snipper lui a encore tiré une balle dans le genou.
Actuellement, nous utilisons un hôpital privé abandonné pour opérer les blessés ayant besoin de soins urgents. On ne peut pas utiliser l’hôpital public parce qu’ils procèdent à des arrestations là-bas. L’hôpital a été fermé pendant les bombardements parce que le propriétaire avait peur que les militaires ne ciblent l’hôpital s’il l’ouvrait. Un missile a touché le deuxième étage de l’hôpital où nous travaillons et d’autres hôpitaux ont aussi été touchés par des missiles. Beaucoup sont actuellement fermés parce qu’ils sont dans la ligne de mire des militaires.
Il y a deux lits dans notre bloc opératoire pour que nous puissions réaliser deux opérations en même temps, en parallèle. Nous manquons de chirurgiens et le matériel disponible dans cet hôpital est vraiment minimal. Les médecins qui opèrent là-bas sont volontaires, on leur fournit seulement des repas réguliers mais on doit payer une certaine somme au propriétaire de l’hôpital pour chaque blessé opéré. Ces médecins volontaires, qui sont presque tous de la région, sont dans un état de pré-épuisement : cela fait environ 50 jours qu’ils opèrent non-stop.
Nous n’avons pas assez de monde pour constituer des équipes qui pourraient accompagner les blessés jusqu’à l’hôpital. Résultat, les blessés peuvent perdre énormément de sang durant le trajet et beaucoup meurent avant de parvenir au bloc opératoire. Avec les moyens adéquats, on pense que la moitié de ces personnes aurait pu être sauvée.
Nous n’opérons que ce qui est vraiment urgent, qui permette la survie des patients. Le reste, on n’y touche pas et on essaie de faire sortir de Syrie les patients qui ont besoin d’autres opérations. On les emmène dans des hôpitaux privés en Turquie, mais ça coûte très cher. On préférerait avoir les moyens de soigner les gens en Syrie.
Nous avons créé des points médicaux dans la ville. Certains sont des points médicaux ‘dormants’ qu’on pourrait utiliser au cas où l’hôpital où nous opérons actuellement serait bombardé. D’autres sont dédiés aux soins postopératoires parce que nous n’avons pas la place de garder les patients opérés à l’hôpital. On a donc mis en place des maisons avec 7-8 lits et un infirmier pour dispenser les soins postopératoires. »
Quels sont les besoins du réseau de médecins dont vous faites partie ?
« Nous avons d’abord besoin de personnel médical. Nous manquons cruellement de chirurgiens, notamment dans certaines spécialités, en chirurgie vasculaire par exemple.
Nous avons également besoin de matériel médical pour pouvoir opérer dans d’autres lieux au cas où l’hôpital où nous avons notre bloc opératoire serait bombardé. Nous avons besoin d’un stock de réserve en cas d’afflux massif de blessés. Ce stock doit être suffisant pour nous permettre de soigner 1 500 blessés supplémentaires.
En dehors de Deir Azzor, il y a des villages éparpillés partout, nous encourageons la création d’unités médicales, chacune capable de prendre en charge les patients de plusieurs villages. »
Pourquoi êtes-vous retourné en Syrie ?
« Le réseau avait besoin de quelqu’un qui s’occupe de la coordination, pour qu’on puisse s’organiser, constituer les équipes, mettre en place des référencements, gérer les stocks. L’autre jour, le réseau m’a contacté pour me dire que leur stock de matériel et de médicaments étaient proches de l’épuisement alors qu’il nous faut minimum deux semaines pour rassembler tout ce qui est nécessaire. On a besoin d’être mieux organisés.
Quand j’ai quitté la Syrie il y a un an, on ne s’attendait pas à ce que ça dure aussi longtemps, à ce que ça prenne de telles proportions. »
En avril 2013, la Jordanie compte plus de 420 000 Syriens enregistrés ou en attente d’enregistrement par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Le gouvernement jordanien, quant à lui, estime à près de 500 000 le nombre de Syriens présents en Jordanie. Les Syriens réfugiés en Jordanie sont principalement originaires de Deraa - située à quelques kilomètres de la frontière et lieu de naissance de la vague de contestation syrienne - et de Homs - ville du centre de la Syrie particulièrement éprouvée par le conflit.
Médecins du Monde apporte une aide médicale aux réfugiés syriens en Jordanie à travers trois centres de santé primaire, en collaboration avec le Ministère de la Santé jordanien.
DANS LE CAMP DE ZAATARI
Ouvert début août 2012, le camp de Zaatari accueille la plupart des Syriens ayant rejoint la Jordanie par des voies illégales. Auparavant, ces personnes passaient par des sites de transit avant qu’un système de parrainage ne leur permette de vivre au sein des communautés jordaniennes. Ce système de parrainage ayant été fortement restreint et le nombre de Syriens fuyant les combats ayant dramatiquement augmenté ces derniers mois, plus de 120 000 personnes vivent en avril 2013 à Zaatari, une zone désertique au Nord de la Jordanie. Le choc de la fuite et les conditions de vie très difficiles dans le camp rendent cette population très vulnérable, notamment en matière de santé.
Ecouter l’interview du Dr Maryvonne Bargues, psychiatre MdM ayant travaillé auprès des réfugiés syriens en Jordanie – Mai 2012
Au sein du camp de Zaatari, Médecins du Monde gère un centre de santé primaire fournissant consultations médicales, médicaments et écoute psychosociale. Durant le mois de mars 2013, plus de 4 200 consultations ont été réalisées dans ce centre. Les pathologies les plus fréquentes sont des infections respiratoires, des maladies de peau ou des blessures par accident, ce qui montre bien l’impact négatif des conditions de vie à l’intérieur du camp sur la santé des réfugiés.
DANS LA VILLE FRONTALIERE DE RAMTHA
Ramtha a été l’une des premières villes jordaniennes à voir arriver en masse les Syriens fuyant les violences, en particulier les habitants de Deraa, à quelques kilomètres de là. Les liens économiques et sociaux qui existent depuis longtemps entre les deux villes ont permis l’accueil des réfugiés au sein des familles jordaniennes ou dans des logements loués en ville. L’accès à la santé de cette population est cependant limité par leurs maigres ressources financières et la surcharge qu’elle implique pour les services de santé jordaniens.
En juillet 2012, Médecins du Monde a donc ouvert un centre de santé primaire au cœur de la ville de Ramtha pour les Syriens et les Jordaniens vulnérables. Des consultations médicales et des médicaments gratuits sont fournis par les équipes de MdM (deux médecins, infirmiers, pharmacien et sage-femme) qui assurent également le suivi des femmes enceintes et des personnes atteintes de maladies chroniques et les vaccinations. Durant le mois de mars 2013, plus de 2 600 consultations ont été réalisées dans ce centre.
DANS LE CAMP DE KING ABDULLAH PARK
Le camp de King Abdullah Park accueille actuellement environ un millier de réfugiés syriens, principalement dans des caravanes fixes.
Dans le centre de santé implanté dans ce camp, Médecins du Monde soutient financièrement et techniquement le personnel du Ministère de la santé jordanien et fournit médicaments et matériel médical.
Une ambulance de MdM transfère les cas graves et urgents (tels que les accouchements) des centres de santé primaire MdM vers les hôpitaux du Ministère de la Santé jordanien pour tous les réfugiés vivant dans la zone de Ramtha.
Médecins du Monde appuie des réseaux de médecins syriens faisant parvenir des médicaments et du matériel médical en Syrie et travaillant également auprès des réfugiés syriens en Jordanie.
Médecins du Monde soutient notamment une association de psychologues et psychiatres syriens tant financièrement que techniquement, avec la présence d’un spécialiste MdM en santé mentale.
TEMOIGNAGE
Témoignage d’un médecin syrien, arrivé en Jordanie en 2011 – recueilli par Médecins du Monde en Mai 2012
« En Syrie, je participais à des activités médicales d’urgence pour les personnes blessées pendant les affrontements. A la suite d’un séjour en prison de deux mois, j’ai décidé de venir en Jordanie où j’ai pu rentrer légalement en passant la frontière.
Aujourd’hui, je travaille avec une équipe de psychologues dont la plupart sont syriens. Nous apportons des soins psychologiques et psychiatriques aux familles syriennes. Nous dispensons également des formations pour les volontaires qui voudraient aider ces familles.
Les réfugiés syriens souffrent à la fois des traumatismes psychologiques liés à ce qu’ils ont vécu en Syrie et à leur fuite, mais également des ruptures de traitements pour les patients qui ont des pathologies chroniques. 40% des enfants que nous avons vus en consultation présentent des symptômes de stress post traumatique, tel que la peur du noir, l’angoisse, l’agressivité.
Plus que tout, les Syriens veulent retrouver un quotidien normal, travailler, envoyer leurs enfants à l’école. Les enfants syriens sont autorisés à suivre les cours dans les écoles jordaniennes, même si ce n’est pas toujours simple car les programmes sont très différents.
Quand nous sommes arrivés en Jordanie, nous pensions que c’était temporaire, pour deux ou trois mois. Aujourd’hui, cela fait presque un an que nous vivons ici et la situation se dégrade toujours en Syrie. »
En avril 2013, au Liban, près de 420 000 Syriens sont enregistrés ou en attente d’enregistrement auprès du Haut Commissariat pour les Réfugiés, ce qui représente 10% de la population libanaise. Le gouvernement libanais estime que près d’un million de ressortissants syriens sont aujourd’hui présents sur son sol. La vallée de la Bekaa, une des régions les plus pauvres du Liban et frontalière de la Syrie, accueille environ un tiers des Syriens enregistrés comme réfugiés au Liban, principalement des femmes et des enfants. Ces personnes viennent surtout de la ville de Homs et de ses alentours, un des épicentres du conflit syrien situé à 50 kilomètres à peine de la frontière libanaise. Beaucoup d’entre eux ont été accueillis par des proches travaillant depuis de nombreuses années au Liban ou par des Libanais, dont plusieurs dizaines de milliers avaient pu se réfugier en Syrie lors du conflit de 2006. Il n’existe donc pas de véritables camps de réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa, ceux-ci sont plutôt disséminés dans les nombreux villages de la vallée. Leurs conditions de vie n’en sont pas moins difficiles : hébergement dans des campements de fortune, des bâtiments abandonnés ou en construction, manque de ressources financières…
Médecins du Monde cherche à garantir un accès à des soins gratuits et de qualité pour ces populations en soutenant trois centres de santé dans la vallée de la Bekaa :
dans les villages de El Ain (Bekaa Nord) et de Kamed el Loz (Bekaa Ouest), en partenariat avec l'association libanaise Amel :
Médecins du Monde travaille dans ces deux localités avec Amel, association libanaise partenaire de MdM depuis près de 30 ans, présente dans différentes régions du Liban avec des programmes de santé, de soutien psychosocial, de développement rural, de formation professionnelle, de protection de l’enfance et de promotion des droits de l’Homme.
Médecins du Monde soutient les centres de santé de soins primaires gérés par Amel à El Ain et à Kamed el Loz afin de garantir un accès à des soins de qualité pour les réfugiés syriens et les Libanais vulnérables. Médecins du Monde finance les consultations médicales, fournit les médicaments essentiels et œuvre au renforcement des capacités du personnel médical et paramédical.
Sept médecins, trois infirmiers et un travailleur social à El Ain, quatre médecins et deux infirmiers à Kamed el Loz fournissent des services médicaux gratuits (consultations, médicaments, soutien psychosocial et sessions de sensibilisation). Les pathologies les plus fréquentes sont les infections respiratoires et les maladies de peau. Les équipes médicales des centres assurent également des suivis gynécologiques et pédiatriques, ainsi qu’un programme de vaccination mis en place avec l’aide du ministère de la santé libanais.
En moyenne, 60 patients sont reçus et traités chaque jour dans le centre de El Ain. Au centre de Kamed el Loz, soutenu par Médecins du Monde depuis mars 2013, 35 consultations sont réalisées quotidiennement, un nombre qui devrait augmenter avec l’afflux continu de réfugiés dans cette partie de la Bekaa.
Visualiser l’interview du Dr Kamel Mohanna, président et fondateur de l’association libanaise Amel, sur la situation des réfugiés syriens au Liban et les activités d’Amel – Juin 2012
dans le village de El Qaa (Bekaa Nord) :
El Qaa est situé à cinq kilomètres de la frontière syrienne et la région accueille par conséquent de nombreux réfugiés syriens.
Un médecin de Médecins du Monde a rejoint l’équipe du centre de santé de cette localité, qui compte huit médecins de différentes spécialités travaillant à temps partiel dans le centre, un gestionnaire en pharmacie et une infirmière.
Les consultations médicales sont financièrement couvertes par Médecins du Monde pour les réfugiés syriens et les Libanais vulnérables. Les médicaments nécessaires sont fournis gratuitement aux patients.
En moyenne, 50 patients sont reçus et traités quotidiennement dans le centre de santé de El Qaa.
22 avril 2013
Témoignages de Syriens recueillis dans le camp de réfugiés de Zaatari, Jordanie
(Les noms des personnes interviewées ont été modifiés pour respecter leur anonymat)
« Il ne reste plus rien pour vivre en Syrie, plus rien n’est plus disponible. Pendant plus de six mois, moi et ma famille nous sommes nourris de lentilles et de blé concassé. Nous ne sommes pas traités comme des humains. Dans la famille, les conversations ne portent plus que sur le dernier village qui a été bombardé et le nombre de gens qui ont été tués, et la situation là-bas est maintenant plus dangereuse que jamais.
J’ai quitté la Syrie il y a peu, avec toute ma famille, en espérant qu’un jour je rentrerais chez moi et pourrais reconstruire ma maison, qui a été partiellement détruite. »
Abu Muhammed, 41 ans, Syrien installé dans le camp de Zaatari depuis un mois
« Les arrestations arbitraires sont la raison pour laquelle j’ai quitté la Syrie. De nombreuses personnes ont été arrêtées dans des situations différentes : à leur domicile, à des points de contrôle ou même quand elles sortaient de chez elles pour faire des courses. La majorité de ceux qui se sont fait arrêter ont disparu alors qu’ils n’avaient rien à voir avec l’opposition.
Les gens en Syrie ont besoin de produits de première nécessité, l’électricité est coupée dans des villages entiers, il n’y a plus de nourriture et plus de médecins. Ces derniers ont bien souvent été poursuivis et parfois tués pour avoir traité des patients ou des blessés. C’est devenu un crime de soigner les gens en Syrie aujourd’hui.
Je suis en contact régulier avec ma famille en Syrie, ils ont peur pour leurs vies, l'armée poursuit les bombardements. Les civils qui ne mourront pas de faim mourront sous ces bombardements. Et les pays qui gardent le silence sur ces crimes contre l’humanité en sont complices. »
Abu Salem, 39 ans, Syrien arrivé depuis la région de Deraa dans le camp de Zaatari avec une partie de sa famille il y a deux mois
« En Syrie tu n’as pas à être dans l’opposition pour être puni, un peuple tout entier subit une punition générale pour des péchés qu’il n’a pas commis. Des missiles sont largués sur des villages et sur des zones urbaines. Ces missiles ne font pas de distinction entre des cibles militaires et les civils. Et le résultat final, tout le monde le connait : de plus en plus de civils sont tués et cela se déroule en ce moment, alors que nous parlons.
Mon père a eu des membres de notre famille au téléphone qui sont toujours en Syrie, les seules nouvelles qu’on reçoit d’eux portent sur les bombardements, mais on est content qu’ils soient toujours en vie et nous prions chaque jour pour leur sécurité.
Maintenant que nous sommes dans le camp, nous n’avons plus peur pour nos vies, nous avons retrouvé une certaine tranquillité d’esprit. Mais les conditions de vie sont tellement dures, nous nous rendons comptemaintenant combien il est difficile de vivre dans un camp de réfugiés, et nous prions pour le meilleur surtout avec l’été qui approche. »
Reem, 19 ans, Syrienne installée dans le camp de Zaatari avec sa famille
15 avril 2013
Al Ain, Liban – Barrières financières à l’accès aux soins
« Je vis avec une partie de ma famille dans un campement de dix-huit tentes. Quand j’étais enceinte de huit mois, j’ai été piquée par un scorpion et j’ai dû aller à l’hôpital. Il a fallu payer 100 000 livres libanaises [environ 50 euros] pour que je puisse être soignée. C’est très cher pour moi mais je n’avais pas le choix. C’était ça ou je mourrais.
Aujourd’hui, mon bébé a des problèmes intestinaux. Nous l’avons amené à l’hôpital, où il est resté une journée mais, on n’avait pas les moyens de payer son hospitalisation, alors on est rentré. On nous a dit qu’il avait besoin d’une opération qui coûte 800 000 livres libanaises [plus de 400 euros] dont 15 % serait à nos frais. Mais c’est impossible, nous n’avons pas cet argent. .’. Nour, syrienne âgée de 25 ans vivant avec ses trois enfants en bas-âge dans un campement près d’Al Ain, dans la Bekaa Nord
Débrouille
« Tout est très cher ici donc on se débrouille pour obtenir l’essentiel même si nous manquons de tout. Je reçois quatre coupons alimentaires, j’en revends deux pour avoir du lait pour mes jumeaux nouveau-nés. Il y a une pharmacie qui parfois me donne du lait ou me laisse le payer plus tard. Cet hiver, nous avons laissés les couvertures aux enfants parce qu’il n’y en avait pas assez pour tout le monde. On fait notre pain nous-mêmes parce que c’est moins cher que de l’acheter. On a seulement les moyens de payer pour la farine et après on utilise un petit four qu’on a construit.» Nour, syrienne âgée de 25 ans vivant avec ses trois enfants en bas-âge dans un campement près d’Al Ain, dans la Bekaa Nord
Dignité
« Nous n’avons pas à avoir honte. Venez voir dans quelles conditions nous vivons !» Nour, syrienne âgée de 25 ans vivant avec ses trois enfants en bas-âge dans un campement près d’Al Ain, dans la Bekaa Nord
Impossible de consulter un médecin sous les bombardements
"Je viens de la région de Dera’a. Quand les bombardements se sont intensifiés sur les villages, je suis tombée malade, j’avais des difficultés à respirer mais je ne pouvais pas aller voir un docteur. Beaucoup de médecins avaient déjà quitté la région et aussi il était dangereux pour tout le monde de sortir de chez soi, pour moi comme pour un médecin. Et puis s’il y a un poste de contrôle sur le chemin, on prend toujours le risque de se faire arrêter et d’être détenu."
Ghada, femme syrienne réfugiée avec sa famille dans le camp de King Abdullah Park près de Ramtha, en Jordanie
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20 mars 2013
Activités psychosociales pour les enfants syriens
Education à la santé des enfants dans le centre de santé de Médecins du Monde dans le camp de Zaatari
"La plupart des enfants que nous avons rencontrés avaient régulièrement des hallucinations, des visions, des flashbacks. Certains avaient perdu le goût tandis que d’autres avaient l’impression de sentir en permanence l’odeur du sang. Beaucoup avaient peur la nuit ou faisaient des cauchemars qui les accompagnaient tout le lendemain.
Nous avons donc décidé de mettre en place un programme pour aider ces enfants à faire face à leur détresse psychologique et à leurs traumatismes à travers des sessions de thérapie de groupe. Il s’est avéré difficile de trouver des participants : beaucoup d’enfants étaient tellement traumatisés qu’une thérapie de groupe leur était inadaptée. En rencontrant les familles des enfants, nous nous sommes aussi rendus compte que les parents avaient autant besoin d’une thérapie que leurs enfants."
Heba, psychologue syrienne volontaire pour l’organisation Syria Bright Future, soutenue par Médecins du Monde dans l’apport de services de santé mentale et psychosociaux aux réfugiés syriens en Jordanie.
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6 mars 2013
Entre la Syrie et la Jordanie, Jasmine, jeune mère syrienne, raconte son errance…
Ramtha, Jordanie - centre de soins de Médecins du Monde - Mars 2013
"Un barrage a été installé juste derrière ma maison à Dera’a. Régulièrement, les militaires tiraient sur les gens qui essayaient d’éviter le barrage et de prendre une autre route. Un jour, ils ont tiré sur mon beau-frère. Ils l’ont tué.
Alors avec mon mari, nous avons décidé de partir pour nous réfugier en Jordanie. Le voyage est long, et fatiguant, effrayant aussi… On ne sait jamais comment ça peut finir, si on va parvenir de l’autre côté ou si on va être capturé par l’armée. Mon mari et moi avons des passeports en règle donc nous pensions passer la frontière légalement. Seulement, avant d’y arriver, nous avons dû passer je ne sais combien de barrages militaires. A chaque arrêt, les militaires nous demandaient de descendre du bus, ils le fouillaient méticuleusement et puis ils fouillaient et questionnaient les passagers uns à uns. C’était le moment le plus angoissant : il suffit que tu ne dises pas ce qu’ils veulent entendre pour qu’ils t’arrêtent.
Une fois la frontière passée, nous avons été emmenés dans le camp de Zaatari. Les conditions de vie là-bas étaient insupportables. Avec la poussière et le froid, mon fils était continuellement malade et je passais mon temps dans les files d’attente des centres de santé pour essayer de le faire soigner. Après deux mois, ce n’était plus tenable. Nous avons donc demandé à être parrainés afin de pouvoir sortir du camp mais on nous a refusé l’autorisation. Alors nous avons payé des gardiens pour qu’ils nous laissent partir et nous sommes venus nous installer à Ramtha.
Ici, la vie reste difficile, tout est très cher, mais je me sens en sécurité. Quand on va dormir, on ne craint pas les missiles ou les visites des forces de sécurité, c’est déjà bien."
Jasmine, jeune syrienne, réfugiée à Ramtha depuis quelque mois avec son mari et son fils.
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22 février 2013
Vivre dans le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie
"Mon père est resté à Dera’a. Il m’a dit : ‘si je dois vivre dans un camp, je préfère rester en Syrie’. Moi, je suis parti pour accompagner les enfants de mes frères et sœurs, les protéger et les mettre à l’abri en Jordanie. Je venais aussi d’être appelé pour servir dans l’armée, j’allais être obligé de tuer des gens et ça, je ne pouvais pas l’accepter. Donc je n’avais pas le choix, soit j’entrais dans l’armée, sois je fuyais. Dans le camp, la vie est difficile. La sécurité est une préoccupation permanente, en particulier les vols. Il faut qu’il y ait toujours au moins une personne dans la tente, sinon on peut être sûr qu’on ne retrouvera rien à notre retour."
Mohammad, jeune syrien réfugié depuis quelques mois dans le camp de Zaatari avec ses neveux et nièces.
"Nous sommes arrivés en Jordanie depuis huit mois mais c’est comme si ça faisait huit ans. On ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Il se pourrait qu’on meure ici ou bien que l’on retourne en Syrie".
Ibrahim et Hanadi, couple de réfugiés syriens installé dans le camp de Zaatari.
"C’est normal de voir beaucoup de gens malades ici, des gens qui ont des rhumes, de la fièvre. C’est à cause du froid. Dans ma tente, on est cinq et on a seulement reçu cinq draps, même pas de vraies couvertures et on n’a pas de radiateurs non plus."
Rasha, 15 ans, jeune syrienne installée dans le camp de Zaatari, amenant son petit frère au centre de santé de Médecins du Monde.
Médecins du Monde aux côtés des populations déplacées en Syrie, en Jordanie et au Liban
Plus d’un an et demi après le début du conflit qui ravage la Syrie, le bilan humain est tout simplement tragique. Plus de 40 000 morts selon l’OSDH*, des dizaines de milliers de blessés, plus d’un million de déplacés internes, des centaines de milliers de réfugiés accueillis dans les pays frontaliers. Et tout laisse à penser que l’avenir sera plus sombre.
Alors que les violences contre les civils s'intensifient, Médecins du Monde poursuit ses actions d'assistance au Moyen-Orient : aide médicale et psycho-sociale aux réfugiés et appui au personnel médical prenant en charge les blessés syriens trouvant refuge dans les pays frontaliers (Jordanie, Liban, Turquie...). Faute d'autorisation officielle pour intervenir en Syrie, MdM apporte un soutien matériel aux réseaux de médecins syriens.
Médecins du Monde cherche à garantir un accès à des soins gratuits et de qualité pour ces populations en soutenant deux centres de santé dans le Nord de la Bekaa.
Médecins du Monde apporte une aide médicale aux réfugiés syriens en Jordanie à traverstrois centres de santé primaire, en collaboration avec le Ministère de la Santé jordanien :