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Les équipes de Médecins du Monde continuent de soigner et d'opérer à l'hôpital central et à l'hôpital Choscal dans le quartier de Cité Soleil. Depuis hier, nos équipes se rendent également au-devant de la population réfugiée au « Champ de Mars » où s'est établit un camp de fortune, afin d'apporter soins et assistance et d’évaluer les besoins sanitaires. « Des centaines d'habitants de Port au Prince se sont réfugiés au Champ de mars, dans le centre de la capitale. Les conditions de vie surtout du point de vue de l’hygiène y sont très précaires mais la vie s'organise peu à peu. La population attend vraiment l'aide extérieure et nous accueille avec beaucoup de bienveillance ».
Lundi 18 janvier / 13h00 - Point d'actualité
Gérer les priorités médicales…
A l’hôpital central, notre équipe médicale continue d’opérer : il s’agit toujours d’amputations… « Les blessés, rapidement informés de l’arrivée d’une aide médicale étrangère, ne cessent d’affluer en voiture, sur les brancards de fortune, en brouette. » témoigne notre équipe. « Les cadavres devant la morgue ont été évacués, mais l’odeur reste assez insoutenable car des décès ont lieu au sein de la population qui attend devant l’hôpital sous des abris de fortune. » Transformée en salle d’attente à ciel ouvert, la cour de l’hôpital n’accueille pas que des victimes du séisme. Les équipes médicales doivent faire le tri rapidement, les cas les plus graves mais aussi les personnes les plus jeunes sont opérés en priorité.
Gérard, chirurgien MdM
« C’est très intense de travailler à l’hôpital central, il y a tellement de gens à opérer en urgence. Il fait très chaud, 30 degrés dans le bloc, et près de 40 sous la blouse. On manque d’infrastructures de base, comme de l’eau courante ou tout simplement des commodités. En revanche, nous avons eu de la chance d’arriver ici et d’être tout de suite intégrés par une ONG américaine qui était déjà sur place, International Medical Corp. Ils nous ont fait de la place dans le bloc improvisé et restent très solidaires quand nous arrivons à court de matériel. La solidarité entre humanitaires est très forte pour faire face à l’urgence, ça simplifie les choses. »
Jacques Lorblanchès, chirurgien MdM
« J’ai fait pas mal de missions dans ma vie, j’étais notamment à Bam en Iran après le séisme, et à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande en novembre 1979. Mais rien n’est comparable à ce qu’on voit ici. Il y a tellement de gens à soigner et tellement de gens à amputer. On manque de tout, notamment d’eau courante et d’électricité. Sans soins, certaines personnes qu’on a opérées risquent des septicémies. Les gens manquent de nourriture, d’eau, d’hygiène de base. Ils n’ont plus de maison, ils dorment dans les rues, ils s‘entassent.»
Ce matin, MdM a opéré de nombreux enfants.
Madeleine a 4 ans. Elle vivait avec ses parents dans le quartier de Dalma, l’un des plus touchés par le séisme. Elle se trouvait au rez-de-chaussée quand les premières secousses ont provoqué l’éboulement des 3 étages de son immeuble. Ses parents étaient absents, en train de travailler. C’est un voisin qui est venu la tirer des décombres. Elle a perdu la jambe et a de grosses coupures sur l’arcade sourcilière.
Thélissa, 7 ans a dû être amputée d’un bras. Super courageuse, elle nous a raconté sa vie à l’école avant d’être endormie. A son réveil, elle était très heureuse de revoir toute l’équipe soignante et nous demandait « du shampoing pour avoir le cheveu soie », à savoir doux, « car les miens sont si sales et si laids ». Cette petite fille a perdu sa mère dans le séisme.
… dans un contexte alarmant
La nourriture se fait rare et les prix flambent. Les vendeurs d’eau de rue (dans des petits sachets plastiques) demandent 5 gourdes (monnaie locale) au lieu d’un devant la demande. Les magasins sont fermés, comme les banques, l’électricité est très rare. Des affiches sont plantées devant les décombres des bâtiments « There are dead bodies here » ou encore « UN, we need your help ». Il y a encore des morts sous les éboulements, repérables à l’odeur.
…mais solidaire
Didier, un expatrié français dont la maison a miraculeusement tenu dans un quartier où tout par ailleurs s’est effondré, accueille l’équipe d’MdM. Emu, il pense aux Haïtiens et à leur avenir. « Chaque fois qu’on parle des Haïtiens dans la presse, c’est pour en dire du mal, parler de violences, de pillages, d’insécurité. Mais c’est complètement caricatural. Si vous aviez vu la solidarité dont ils ont fait preuve après le tremblement de terre ! Chaque voisin, chaque passant aidait à chercher des survivants. C’est vrai qu’il y a des pillages, mais il n’y a rien à manger, que feriez-vous à leur place ? J’ai moi-même un entrepôt de conduites d’eau, c’est mon business. J’ai expliqué aux gens du quartier à quoi ça servait et pourquoi c’était important que ce ne soit pas dévalisé pour la reconstruction. Maintenant, ils veillent tous sur mon stock. »
janvier 2010
