Accueil > A l'international > Haïti > Urgence séisme
Plusieurs mois après le séisme : Une urgence qui perdure
Médecins du Monde, présent depuis 15 ans dans le pays, s’engage sur le long terme auprès du système de santé haïtien et poursuit son action auprès des sinistrés à Port au Prince, Petit Goâve et dans la Grande Anse.
Jeudi 8 Avril 2010 - Les Programmes d'Urgence mis en œuvre
A Port au Prince
Chirurgie d’urgence à l’hôpital Général de Port au Prince (Hôpital Universitaire d'Haïti).
Les équipes de Médecins du Monde sont intervenues dès les premiers jours pour fournir les soins pré et post-opératoires, assurer une chirurgie d’urgence et dans un second temps de post urgence (greffes...). Ce volet a pris fin le 22 février.
Cliniques mobiles et dispensaires
En collaboration avec ses partenaires locaux, l’association URAMEL et SOE et avec le soutien de nombreux bénévoles haïtiens (infirmières, étudiants en médecine...), Médecins du Monde a mis en place dès les premiers jours des cliniques mobiles dans 15 à 20 campements et ont effectué environ 250 consultations médicales par jour. Des cliniques semi-permanentes (dispensaires sous tentes) sont maintenant installées dans 8 quartiers de la ville et assurent chaque jour des consultations de soins de santé primaires, des vaccinations, un suivi nutritionnel, un suivi des grossesses et un soutien psychosocial.
A Cité Soleil
MdM intervient à l’hôpital Choscal de Cité Soleil, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville. Jusqu’à mi mars, MdM a assuré des activités chirurgicales. Aujourd’hui, les équipes prennent en charge plus de 100 patients par jour et proposent des soins de premières urgences, des consultations de médecine générale, des activités de petite chirurgie, des soins pré et post opératoires et un soutien psychosocial.
Trois cliniques mobiles sillonnent également 16 camps de réfugiés (chacun regroupant entre 500 à 9 000 personnes) pour assurer des soins, vacciner, diffuser des messages de prévention, proposer un soutien psychologique et identifier les cas les plus graves pour les référer à l'hôpital.
Parallèlement, l’association poursuit son programme long terme, axé sur le VIH (counseling, dépistage, accès aux traitements) et la planification familiale, mis en place à l’hôpital Choscal.
Carrefour Feuille
À la demande d'une ONG haïtienne, Médecins du Monde soutient la clinique du quartier Carrefour Feuille. L’équipe assure 50 consultations par jour et met en place une campagne de vaccination auprès de 900 personnes sans abri.
A Sonapi
MdM intervient dans l’hôpital de Sonapi, intégré au parc industriel situé au sud de l’aéroport de Port au Prince. Les équipes assurent une moyenne de 150 consultations de soins de santé primaires par jour. En raison de l’augmentation du nombre de patients due à l’installation d’un camp près de l’aéroport, l’association a également augmenté de 30 lits supplémentaires la capacité d’hospitalisation de l’hôpital.
A Jeremie, région de la Grande Anse
Avec l’arrivée massive de déplacés, MdM a mis en place dans un premier temps une clinique mobile prenant en charge les déplacés arrivant sur le port de Jérémie. Aujourd’hui, les équipes proposent des soins gratuits dans 10 centres de santé du département. Parallèlement, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 5 communes du département. Une attention particulière est également portée au dépistage de la malnutrition.
A Petit Goave
Située à moins de 30 kms de l’épicentre du séisme, la région de Petit-Goâve a été très affectée. Pour faire face à l’urgence, MdM soutient 6 dispensaires situés dans les montagnes de la région afin d’assurer la prise en charge des plus isolées. 40 à 50 consultations de santé sexuelle et reproductive (planning familial, consultations pré et post natales…) y sont assurées chaque jour et les cas les plus à risques sont transférés vers l’hôpital de Notre Dame.
A l’hôpital, nombreux sont les bâtiments qui se sont effondrés, comme celui réservé à la pédiatrie. MdM, présent dans la région depuis de nombreuses années, soutient la maternité et le service de pédiatrie via un programme de santé sexuelle et reproductive. Concrètement nous ne nous substituons pas au personnel haïtien mais nous venons en appui à la formation et au renforcement des capacités du personnel soignant, explique Pino Gonzalès, coordinatrice du programme. La maternité étant confrontée à une forte pénurie de ressources humaines, nous venons également en renfort et nous assurons la dotation en matériels et en médicaments, poursuit-elle. Nous avons également réhabilité la maternité et installé 4 grandes tentes devant, deux consacrées à l’hospitalisation, de 11 lits chacune, une dédiée aux consultations prénatales et la dernière à la préparation pour l’accouchement. Chaque jour, nous assurons ainsi 5 à 15 accouchements et environ 60 consultations prénatales, précise-t-elle.
Quelques minutes après le début de leur journée, Marina Pomar, infirmière, et Carmen Alfaro, sage femme, aident à sortir un nouveau né, que sa mère appellera Juanito. A côté, Jean, gynécologue, effectue une échographie sur une jeune femme qui vient de faire une fausse couche. Pendant que dehors, sous la tente, Pino cherche la veine d’une petite fille de 8 ans qui a convulsé pendant près de 40 minutes la veille et qui en garde des séquelles neurologiques. Finalement, il faudra organiser son transfert vers Port-au-Prince.
Dans la Grande Anse
Avec l’arrivée massive de déplacés, MdM a mis en place dans un premier temps une clinique mobile prenant en charge les déplacés arrivant sur le port de Jérémie. Aujourd’hui, les équipes proposent des soins gratuits dans 10 centres de santé du département. Parallèlement, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 13 villages isolés du département. Une attention particulière est également portée au dépistage de la malnutrition.
A Jacmel
Du 23 au 30 janvier, Médecins du Monde est intervenu sur la première phase d’urgence, en mettant en place des cliniques mobiles. En 8 jours, 943 patients ont été reçus en consultations. L'équipe s'est depuis déplacée à Petit-Goâve.
Jeudi 18 mars 2010 - Deux mois après
L’affluence dans les cliniques mobiles que Médecins du monde a installées dans six camps de déplacés est d’autant plus grande que près des trois-quarts des 3,9 millions d’habitants de Port-au-Prince n’avaient pas accès aux soins avant le séisme.
« Docteur blanc ! docteur blanc ! ». Dès son arrivée au camp d’Automeca (le site était, avant le séisme, un dépôt de voitures), près de l’aéroport de Port-au-Prince, Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical de MDM, est entouré par une dizaine d’enfants. Le « docteur blanc » progresse dans le camp jusqu’à la tente de Médecins du monde. «Si vous êtes malades les enfants, c’est là qu’il faut venir… Là, sous cette tente, il y a des docteurs », leur répète-t-il. Dans le camp, des travailleurs sociaux et des animateurs locaux passent du temps auprès des déplacés. Leur rôle est essentiel. À travers des messages de prévention «criés» et des animations pour les enfants, ils informent de la possibilité de venir consulter à la clinique MDM.
Accès aux soins
Il est 9h du matin dans le camp d’Automeca et des dizaines de personnes attendent d’être enregistrées. Munis de la carte de santé que l’on leur a délivrée, les patients sont ensuite vus en consultation. Magalie Joseph vient pour la deuxième fois. Sa fille, Faïma Kenya Toussaint, deux ans, est toujours grippée. «On m’a donné des médicaments, la fièvre est passée, mais elle n’est toujours pas bien et tousse», explique-t-elle. Faïma et sa maman entrent dans un espace à l’abri des regards. Le Dr Cassandra François examine la fillette. «Rien de grave, rassure-t-elle. Continuez à la faire boire beaucoup et je vais lui donner un expectorant.» Pas de sirop en stock à la clinique mobile. Magalie repart avec une prescription, elle devra aller chercher le médicament à l’hôpital Bernard Mevs, où sont aussi envoyés les patients ayant besoin de radio, d’une chirurgie…
«J’essaie d’hydrater Faïma, mais nous n’avons pas suffisamment d’eau ou de jus de fruits, avoue Magalie. Et pour le médicament, il faudra payer.» La gestion du stock de médicaments s’avère compliquée. «La semaine dernière, nous avons eu une rupture de stocks, explique Jean-Pierre Lhomme. Nous essayons de faire passer le message d’une médicamentation moins systématique. Cette demande de consommation de soins importante est tout à fait compréhensible. On a affaire à une population à qui l’on propose soudainement une facilité d’accès aux soins, de surcroît gratuite. Jusqu’à présent ici, l’accès aux soins était très restreint, difficile, voire impossible pour la majorité des habitants de Port-au-Prince. La réponse médicale était essentiellement privée et donc coûteuse. Les paiements directs qui existent aussi dans le secteur public pour les consultations, les médicaments, les analyses de labo… supprimaient la demande de soins, excluant les populations pauvres, c’est-à-dire les trois-quarts des habitants. Le séisme a aggravé la situation. Le fonctionnement de nos cliniques mobiles pourrait, au-delà du service médical rendu immédiat dans le contexte actuel, devenir une base de l’intérêt de la démonstration de la gratuité au moins pour une partie de la population, c’est-à-dire les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, ainsi que les handicapés dus au tremblement. »
La formation
Dans un coin de clinique mobile du camp Automeca, Violaine détaille à Mamita toutes les étapes pour mesurer l’état nutritionnel d’un enfant : poids, mesures, pose du bracelet pour le périmètre brachial. «Haïti compte de nombreuses infirmières qualifiées et de jeunes médecins formés à Cuba. Dans l’esprit du mode d’intervention de Médecins du Monde, le staff national organise et fait fonctionner les six cliniques mobiles installées à Port au Prince. Mais pas question que les expats se substituent au personnel local. Ils sont là en soutien. »
Le volet chirurgical a été la réponse immédiate au séisme. Les équipes de Médecins du Monde ont opéré à l’hôpital général universitaire de référence de Port-au-Prince dans des conditions difficiles. 800 interventions ont été pratiquées. L’activité chirurgicale s’est terminée le 22 février. «Depuis,des contacts réguliers permettent d’évaluer les besoins et de proposer des réponses pragmatiques», note Jean-Pierre Lhomme. Deux mois après le séisme, des cliniques mobiles continuent de fonctionner sur six sites abritant entre 8000 et 10000 personnes : Solino, Carrefour-Feuilles, Saint Michel cent fil, cité Saint-Georges, AFCA et Automeca. Les équipes travaillent six jours sur sept de 9 h à 13 h avec des médecins locaux sur les soins médicaux primaires : diarrhées, infections pulmonaires, grippes… et s’emploient à surveiller l’émergence d’épidémies. Elles traitent chaque jour entre 100 et 150 personnes. La santé reproductive (gynécologie, prénat et postnat) est particulièrement importante. Tout comme le suivi des patients dans la durée et une prise en charge des troubles mentaux suite au traumatisme du séisme.
Et ensuite ?
Deux autres volets sont en cours d’élaboration, le dépistage nutritionnel (pour lequel le personnel médical local est en cours de formation) et la vaccination (systématique pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, en fonction de l’évaluation pour les adultes).
«Nous tentons d’organiser nos estimations d’épidémies pouvant survenir à la saison des pluies. Mais, même si les conséquences premières du séisme sont derrière nous, nous sommes toujours dans une logique d’urgence, en raison des conditions très difficiles d’intervention et parce qu’ici, tout peut se passer», précise Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical.
Jeudi 21 janvier – Neuf jours après le séisme, le point sur les activités de Médecins du Monde
Situation à l’hôpital général de Port-au-Prince
A Port-au-Prince, les équipes de médecins, chirurgiens et infirmières continuent de soigner dans trois hôpitaux de la ville et en particulier au sein de l’hôpital général universitaire.
Le défi est d’opérer le plus grand nombre de blessés, le plus rapidement possible : plusieurs centaines de personnes sont actuellement regroupées près de l’hôpital général de Port-au-Prince, et une grande majorité est en attente d’une intervention chirurgicale. Il n’y a toujours pas d’approvisionnement en eau et en électricité. Une cinquantaine d’interventions chirurgicales lourdes ont été réalisées à ce jour par notre équipe, pour la plupart des amputations, car les blessés sont restés plusieurs jours sans aucun soin infirmier et sans conditions d’hygiène, et leurs blessures, infectées, ont provoqué des gangrènes importantes.
Dans les camps de sinistrés
Parallèlement nos équipes médicales se rendent dans les camps de fortune où des milliers d’habitants de Port-au-Prince ont trouvé refuge : les rescapés sont installés le
long des grandes artères de la ville dans plus de 250 sites de regroupement improvisés, sans abri. En partenariat avec l’association haïtienne URAMEL (partenaire de MdM en Haïti depuis 15 ans) les équipes ont tenté de restaurer l’accès aux premiers soins avec la réouverture de 2 centres de santé et des consultations mobiles sur les sites de regroupement sur la zone du Champ de Mars en particulier. Environ 140 consultations sont réalisées par jour assorties de soins infirmiers et de transferts vers l’hôpital général si nécessaire.
« Nous arpentons les quartiers les plus touchés comme Sans Feuille et Portail Leogane. Nous faisons des premiers secours et des soins et recherchons activement les blessés les plus graves pour les transférer vers les hôpitaux» rapporte l’une de ces équipes. « La situation est catastrophique : presque tout le quartier est détruit et pas encore dégagé, ça sent la mort et le cadavre partout. Un camp de fortune s'est installé dans les décombres. Les conditions de vie sont exécrables, pas d’eau, de la nourriture sur de petits stands mais souvent les gens n’ont plus d’argent, ils ont tout perdu. L’hygiène est évidemment déplorable, il y a quelques toilettes mais pas assez pour répondre aux besoins de la foule qui a envahi cette immense place centrale, il y a d'énormes besoins et des cas plus que critique. Une femme est morte sous nos yeux, couverte d'hématomes et de contusions, faute d’avoir été dialysée. » L’absence de soins pour les patients chroniques est l’un des nombreux problèmes : très peu de structures hospitalières sont debout, il n’y a presque pas d'ambulances : « nous avons emmenés ce matin deux blessés graves dans notre voiture pour les conduire au lycée français transformé en hôpital par la sécurité civile. »
Marine, médecin et directrice d’une association d’assistance haïtienne :
« Le besoin urgent, c’est d’organiser des structures pour prendre en charge les suites opératoires afin de décharger le peu d’hôpitaux qui fonctionnent et qui sont débordés. Cette situation de post urgence va durer des mois. J’ai commencé à travailler avec MDM en 1991, et j’ai fait beaucoup de missions difficiles. Jamais de séisme, et j’espère bien que c’est le dernier. C’est affreux.»
En dehors de la capitale
Deux équipes de Médecins du Monde sont arrivées hier à Léogâne, épicentre du séisme, et à Jacmel pour évaluer la situation sanitaire et venir en aide à la population. A Léogâne, ville de 130 000 habitants, les bâtiments sont détruits ou très endommagés
Une autre équipe est à Petit-Goâve, et apporte un appui à l’hôpital de la ville.
Enfin l’équipe du programme long terme basée à Jérémie dans le sud du pays est en veille pour répondre aux besoins médicaux pour les milliers de déplacés qui ont fui la capitale vers ce département moins touché par le séisme.
Mercredi 20 janvier – Interview de Frédéric Penard, responsable du desk Urgence de Médecins du Monde
Quelle est la situation sur place aujourd’hui ?
Deux équipes de Médecins du Monde sont arrivées aujourd’hui à Leogane, épicentre du séisme, et à Jacmel pour évaluer la situation sanitaire et commencer à intervenir.
A Port-au-Prince, nos équipes de chirurgiens continuent de soigner dans trois hôpitaux de la ville. Le nombre de blessés en attente de soins est considérable et le défi est d’opérer le plus grand nombre de blessés, le plus vite possible.
Parallèlement nos équipes médicales se rendent dans les camps de fortune où des milliers d’habitants de Port-au-Prince ont trouvé refuge. Depuis hier, en partenariat avec l’association haïtienne URAMEL [partenaire de MdM en Haïti depuis 15 ans] et grâce à la mobilisation de dizaines de volontaires médicaux, des consultations de premiers secours sont menées dans deux centres médicaux et dans plusieurs sites du quartier de « Champ de Mars ». Les équipes recherchent activement les blessés les plus graves pour les transférer vers les hôpitaux.
Enfin, une dernière équipe est à Petit-Goâve, en appui à l’hôpital de la ville.
Quelles sont les difficultés auxquelles nous nous heurtons sur le terrain ?
Depuis le premier jour, la logistique s'est avérée être une réelle difficulté pour l’ensemble de nos équipes : l’acheminement des équipes venues en renfort et du matériel est complexe car l’aéroport de Port-au-Prince est saturé. Mais nous avons réussi à faire en sorte que tout notre dispositif de renfort soit opérationnel depuis samedi matin.
Les conditions de travail dans les hôpitaux sont très précaires, ce qui accroit la fatigue de nos équipes à pied d’œuvre (manque d’eau, absence d’électricité, communications aléatoires...). C’est pourquoi, d’ici la fin de la semaine, les premiers volontaires seront remplacés par une nouvelle équipe.
Toutes les organisations gérant ces mêmes contraintes, il est très compliqué sur place d’avoir encore une idée précise de toutes les interventions mises en œuvre, ce qui nous amène à redoubler nos efforts de coordination avec nos collègues haïtiens pour s’assurer que les besoins les plus vitaux sont couverts.
A terme, quelles seront les activités développées ?
Même si nous savons d’ores et déjà que notre soutien à Haïti devra s’inscrire dans la durée, il est encore trop tôt pour savoir ce que seront nos programmes dans trois mois, six mois ou un an, tant les besoins seront immenses.
Dans l’immédiat, en fonction des évaluations en cours, nous allons tenter de rétablir l’accès aux soins médicaux et chirurgicaux d’urgence pour la population la plus large possible. Notre priorité dans cette phase d’urgence est d’aller au-devant des blessés et des populations qui n’ont pas reçu d’aide. Il faudra également assurer le suivi des soins, et à court terme une prise en charge des troubles de santé mentale liés au séisme.
Mardi 19 janvier - Point d'actualité
Les équipes de Médecins du Monde continuent de soigner et d'opérer à l'hôpital central et à l'hôpital Choscal dans le quartier de Cité Soleil. Depuis hier, nos équipes se rendent également au-devant de la population réfugiée au « Champ de Mars » où s'est établit un camp de fortune, afin d'apporter soins et assistance et d’évaluer les besoins sanitaires. « Des centaines d'habitants de Port au Prince se sont réfugiés au Champ de mars, dans le centre de la capitale. Les conditions de vie surtout du point de vue de l’hygiène y sont très précaires mais la vie s'organise peu à peu. La population attend vraiment l'aide extérieure et nous accueille avec beaucoup de bienveillance ».
Lundi 18 janvier / 13h00 - Point d'actualité
Gérer les priorités médicales…
A l’hôpital central, notre équipe médicale continue d’opérer : il s’agit toujours d’amputations… « Les blessés, rapidement informés de l’arrivée d’une aide médicale étrangère, ne cessent d’affluer en voiture, sur les brancards de fortune, en brouette. » témoigne notre équipe. « Les cadavres devant la morgue ont été évacués, mais l’odeur reste assez insoutenable car des décès ont lieu au sein de la population qui attend devant l’hôpital sous des abris de fortune. » Transformée en salle d’attente à ciel ouvert, la cour de l’hôpital n’accueille pas que des victimes du séisme. Les équipes médicales doivent faire le tri rapidement, les cas les plus graves mais aussi les personnes les plus jeunes sont opérés en priorité.
Gérard, chirurgien MdM
« C’est très intense de travailler à l’hôpital central, il y a tellement de gens à opérer en urgence. Il fait très chaud, 30 degrés dans le bloc, et près de 40 sous la blouse. On manque d’infrastructures de base, comme de l’eau courante ou tout simplement des commodités. En revanche, nous avons eu de la chance d’arriver ici et d’être tout de suite intégrés par une ONG américaine qui était déjà sur place, International Medical Corp. Ils nous ont fait de la place dans le bloc improvisé et restent très solidaires quand nous arrivons à court de matériel. La solidarité entre humanitaires est très forte pour faire face à l’urgence, ça simplifie les choses. »
Jacques Lorblanchès, chirurgien MdM
« J’ai fait pas mal de missions dans ma vie, j’étais notamment à Bam en Iran après le séisme, et à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande en novembre 1979. Mais rien n’est comparable à ce qu’on voit ici. Il y a tellement de gens à soigner et tellement de gens à amputer. On manque de tout, notamment d’eau courante et d’électricité. Sans soins, certaines personnes qu’on a opérées risquent des septicémies. Les gens manquent de nourriture, d’eau, d’hygiène de base. Ils n’ont plus de maison, ils dorment dans les rues, ils s‘entassent.»
Ce matin, MdM a opéré de nombreux enfants.
Madeleine a 4 ans. Elle vivait avec ses parents dans le quartier de Dalma, l’un des plus touchés par le séisme. Elle se trouvait au rez-de-chaussée quand les premières secousses ont provoqué l’éboulement des 3 étages de son immeuble. Ses parents étaient absents, en train de travailler. C’est un voisin qui est venu la tirer des décombres. Elle a perdu la jambe et a de grosses coupures sur l’arcade sourcilière.
Thélissa, 7 ans a dû être amputée d’un bras. Super courageuse, elle nous a raconté sa vie à l’école avant d’être endormie. A son réveil, elle était très heureuse de revoir toute l’équipe soignante et nous demandait « du shampoing pour avoir le cheveu soie », à savoir doux, « car les miens sont si sales et si laids ». Cette petite fille a perdu sa mère dans le séisme.
… dans un contexte alarmant
La nourriture se fait rare et les prix flambent. Les vendeurs d’eau de rue (dans des petits sachets plastiques) demandent 5 gourdes (monnaie locale) au lieu d’un devant la demande. Les magasins sont fermés, comme les banques, l’électricité est très rare. Des affiches sont plantées devant les décombres des bâtiments « There are dead bodies here » ou encore « UN, we need your help ». Il y a encore des morts sous les éboulements, repérables à l’odeur.
…mais solidaire
Didier, un expatrié français dont la maison a miraculeusement tenu dans un quartier où tout par ailleurs s’est effondré, accueille l’équipe d’MdM. Emu, il pense aux Haïtiens et à leur avenir. « Chaque fois qu’on parle des Haïtiens dans la presse, c’est pour en dire du mal, parler de violences, de pillages, d’insécurité. Mais c’est complètement caricatural. Si vous aviez vu la solidarité dont ils ont fait preuve après le tremblement de terre ! Chaque voisin, chaque passant aidait à chercher des survivants. C’est vrai qu’il y a des pillages, mais il n’y a rien à manger, que feriez-vous à leur place ? J’ai moi-même un entrepôt de conduites d’eau, c’est mon business. J’ai expliqué aux gens du quartier à quoi ça servait et pourquoi c’était important que ce ne soit pas dévalisé pour la reconstruction. Maintenant, ils veillent tous sur mon stock. »
Dimanche 17 janvier / 13h00 - Point d'actualité
Depuis hier, notre équipe chirurgicale est opérationnelle à l'hôpital général. "Nous intervenons en lien avec les autres ONG présentes sur place" explique Jacques, chirurgien. " Malheureusement nous réalisons énormément d'amputations. Les conditions sont très précaires, nous n'avons ni électricité ni réseau téléphonique." L'équipe chirurgicale a été renforcée samedi soir par l'arrivée d'une infirmière de bloc et d'un anesthésiste. D'autres renforts médicaux continuent d'affluer. Le fret, arrivé par avion en République Dominicaine, va être acheminé dans la matinée.
Témoignage de l’équipe de MDM France arrivée vendredi 15 dans la nuit de St-Domingue :
« La situation est catastrophique : l’aide n’arrive pas, les Haïtiens semblent comme abattus. Mais nous n’avons pas été confrontés à des réactions hostiles pour le moment, au contraire : ils attendent avec impatience l’aide internationale.
Nous avons dormi par terre avec d’autres secouristes et des journalistes. Nous avons peu d’eau, presque pas de nourriture. Ce matin, nous nous sommes rendus avec l’équipe chirurgicale à l’Hôpital général et avons démarré le nettoyage d'un bloc opératoire que nous allons pouvoir utiliser.
Sur place, la cour est envahie par des lits de fortune. La morgue étant pleine, des corps pourrissent sur le sol. A côté des blessés du tremblement de terre gisent les blessés civils « communs ». L’hôpital était en grève depuis 2 mois…
Samedi 16 janvier / 11h00 - Point d'actualité
Une équipe arrivée le 14 au soir à Port au Prince a pris en charge 300 personnes dans la journée de vendredi à Cité Soleil. "Nous avons prodigué les premiers soins et réalisé de petis actes chirurgicaux, les personnes les plus fortement touchées étant référées vers le bloc opératoire. De plus, un réseau d’agents de santé parcourt Cité Soleil à la rencontre des blessés pour leur dispenser des premiers soins ou les diriger vers l’hôpital." explique le responsable " Nous nous nous sommes procurés du matériel tel que des kits d’accouchements, ainsi que de l’eau et des aliments protéinés. Malgré tout, les manques restent criants, notamment en matière d’antibiotiques et d’antiseptiques".
Les équipes de renfort sont arrivées hier à Port-au-Prince et vont se rapprocher au plus vite des hôpitaux pour venir en appui aux équipes nationales. Par ailleurs, les 30 tonnes de matériel, affrétées par charter, sont arrivées en République Dominicaine et seront acheminées dans la journée vers Port-au-Prince.
Vendredi 15 Janvier / 13h00 - Point d'actualité
Nos équipes déjà présentes à Port-au-Prince poursuivent l'évaluation des structures médicales et distribuent des médicaments comme à l'hôpital général de la ville, à demi-détruit, ou l'hôpital Choscal du bidonville de Cité Soleil qui a été approvisionné d'un kit médical permettant la prise en charge d'urgence de 10 000 personnes.
" La logistique est un véritable défi " explique David, le logisticien à pied d'oeuvre, arrivé cette nuit depuis Fort de France " Il faut trouver les moyens permettant aux équipes médicales d'être opérationnelles immédiatement : de l'eau, de l'essence pour faire fonctionner les générateurs, etc. Il faut trouver un endroit sûr pour stocker les médicaments et les équipements qui arrivent dans l'avion " Celui-ci a décollé de Bordeaux chargé de 30 tonnes de matériel et nous espérons qu'il pourra se poser à Port-au-Prince dans la nuit. Plusieurs équipes médicales de renfort sont en route depuis St Domingue, la France, l'Espagne.
Jeudi 14 Janvier / 16h30 - Point d'actualité
La nuit dernière, un lien téléphonique a pu être rétabli avec l’équipe Médecins du Monde. Notre équipe rapportait que « les gens déambulaient dans les rues, hagards ; que la ville avaient été massivement détruite, qu’en moyenne un bâtiment sur trois s’était écroulé ». « Mais les communications restent difficiles », précise Olivier Bernard, président de Médecins du Monde qui a pu s'entretenir avec nos équipes jeudi matin. « D'ailleurs, nos équipes n'ont toujours pas réussi à rétablir le contact avec l'ensemble de leurs membres.»
Notre équipe présente sur place est déjà à pied d'œuvre pour évaluer la situation dans les structures médicales partenaires de Médecins du Monde, notamment l'hôpital général de Port au Prince, très endommagé et l'hôpital CHOSCAL de Cité Soleil où notre équipe a commencé à distribuer des médicaments et matériel médical.
Un renfort d’une première équipe médicale arrivera à Port-au-Prince depuis St Domingue où elle est habituellement basée. Une seconde équipe médicale de huit personnes est partie ce midi de Paris pour Saint-Domingue. Composée de médecins, infirmiers, chirurgiens, anesthésistes et logisticiens, ils atterriront ce soir et rejoindront Port-au-Prince vendredi. Avec l’arrivée des équipes de renfort, la mission d’urgence de MdM se composera d’une cinquantaine de membres.
Par ailleurs, un avion charter décollera demain matin, vendredi, de Bordeaux vers Port-au-Prince, avec à son bord deux autres personnes de MDM et 40 tonnes de matériel médical, chirurgical, et logistique (groupe électrogène, tentes, couvertures, équipements chirurgicaux, anesthésiants, kits d’urgence, …) afin de soigner et opérer les blessés au plus vite et venir en appui aux équipes nationales et aux structures de santé.
« Nous sommes dans une course contre la montre pour tenter de sauver les victimes et d'évacuer les blessés. Il faut rapidement mettre en place de nouvelles structures médicales, dont des hôpitaux sous tente. L'urgence est donc d'abord médicale. Après les problèmes médicaux, d'autres problèmes vont se poser: l'accès à l'eau et à la nourriture notamment mais aussi à des abris pour les personnes qui se retrouvent sans rien », précise Olivier Bernard.
Par ailleurs, une nouvelle rassurante reçue également ce matin, les enfants des deux orphelinats avec lesquels 32 familles sont en cours d'adoption via Médecins du Monde sont sains et saufs.
13 janvier 2010 - Séisme en Haïti : Médecins du Monde lance une mission d’urgence
Anne Urtubia, responsable de la mission long terme de Médecins du Monde à Port-au- Prince
" L'hôpital général de Port-au-Prince se situe dans la zone la plus touchée de la ville, proche du palais présidentiel et de la cathédrale qui se sont effondrés. C'est très inquiétant. Car même en temps normal, le service d'urgence est totalement surchargé et a très peu de moyens : c'est à lui que s'adressent les plus démunis dépourvus de couverture maladie quand ils ont un problème de santé. Tous les indicateurs de santé en Haïti sont au rouge : le secteur de la santé est totalement dépendant de l'aide internationale, tant du point de vue financier que pour les ressources humaines. Il y a un déficit criant de professionnels de santé car beaucoup de médecins haïtiens ont émigré vers le Canada ou les Etats-Unis. De ce fait, le personnel de santé est en souffrance, mal payé et en nombre très insuffisant. Moins de 3% des Haïtiens bénéficient d'une couverture maladie, raison pour laquelle notre projet dans la Grande Anse participe au renforcement du système de santé en soutenant la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans."
Mardi 12 janvier 2010 - Marc Paquette, chef de mission de Médecins du Monde Canada, en Haïti, se trouve au cœur même du désastre :
« La maison où j'habite, à flanc de montagne, dans une banlieue de Pétionville, est très solide. Mais ça a bougé énormément. Des verres se sont brisés, des miroirs sont tombés, des tableaux se sont décrochés du mur.
Des cris et des pleurs
Tout de suite après le tremblement terre, un gigantesque nuage de poussière est monté de toute la ville. Dix minutes après, on ne voyait plus rien. Pétionville a été submergée de poussière Des milliers de maisons ont dû s’écrouler... On n'entend plus que des clameurs et des cris.
Inquiétude mortelle
Le téléphone ne fonctionne plus. J'ai un générateur, mais il n'y a plus d'électricité. Je suis inquiet pour mes collègues. On est tous partis du bureau, mais je ne sais pas s'ils ont retrouvé leur famille, s'ils sont sains et sauf.
Le drame humain
Les secousses sismiques s'atténuaient, hier soir, après avoir ébranlé tout le sud du pays toutes les dix minutes pendant une heure et demie On va sûrement participer aux évaluations cette nuit, voir l'étendue des dégâts. On va voir quels sont les besoins en santé. L'approvisionnement en eau potable va être un problème - ils ont déjà un problème d'eau. Il (nous) faudra aussi de la nourriture, des médicaments... »
- Décembre 2010 - dix mois après le séisme
- Jeudi 8 Avril 2010 : Les Programmes d'Urgence mis en oeuvre
- Jeudi 18 Mars 2010 : Deux mois après le séisme
ACTIVITES
A Port-au-Prince
Mise en place de 9 cliniques temporaires permettant l'accès aux soins de santé primaires dans les camps de sans-abri, soutien psychosocial.
Maintien du programme violences faites aux femmes en partenariat avec deux hôpitaux.
Dans la Grand'Anse
Soutien de huit centres de santé avec prise en charge de la malnutrition des enfants de moins de 5 ans. Transfert de comptéences auprès des bureaux communaux de santé, formation du personnel de santé.
MOYENS
Coût estimé des différentes missions en 2010 : 6,4 millions d'euros pour les activités sur la Grand'Anse et Port-au-Prince.
16 expatriés dont des coordinateurs généraux, médicaux, administratifs, logistiques et des médecins, infimriers, pharmaciens et sages-femmes. 180 collaborateurs haïtiens sur Port-au-Prince et 47 sur la Grand'Anse.
A PORT AU PRINCE
Chirurgie d’urgence à l’hôpital Général de Port au Prince (Hôpital Universitaire d'Haïti).
Les équipes de Médecins du Monde sont intervenues dès les premiers jours pour fournir les soins pré et post-opératoires, assurer une chirurgie d’urgence et dans un second temps de post urgence (greffes...). Ce volet a pris fin le 22 février.
Cliniques mobiles et dispensaires
En collaboration avec ses partenaires locaux, l’association URAMEL et SOE et avec le soutien de nombreux bénévoles haïtiens (infirmières, étudiants en médecine...), Médecins du Monde a mis en place dès les premiers jours des cliniques mobiles dans 15 à 20 campements et ont effectué environ 250 consultations médicales par jour. Des cliniques semi-permanentes (dispensaires sous tentes) sont maintenant installées dans 8 quartiers de la ville et assurent chaque jour des consultations de soins de santé primaires, des vaccinations, un suivi nutritionnel, un suivi des grossesses et un soutien psychosocial.
A Cité Soleil
MdM intervient à l’hôpital Choscal de Cité Soleil, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville. Jusqu’à mi mars, MdM a assuré des activités chirurgicales. Aujourd’hui, les équipes prennent en charge plus de 100 patients par jour et proposent des soins de premières urgences, des consultations de médecine générale, des activités de petite chirurgie, des soins pré et post opératoires et un soutien psychosocial.
Trois cliniques mobiles sillonnent également 16 camps de réfugiés (chacun regroupant entre 500 à 9 000 personnes) pour assurer des soins, vacciner, diffuser des messages de prévention, proposer un soutien psychologique et identifier les cas les plus graves pour les référer à l'hôpital.
Parallèlement, l’association poursuit son programme long terme, axé sur le VIH (counseling, dépistage, accès aux traitements) et la planification familiale, mis en place à l’hôpital Choscal.
Carrefour Feuille
À la demande d'une ONG haïtienne, Médecins du Monde soutient la clinique du quartier Carrefour Feuille. L’équipe assure 50 consultations par jour et met en place une campagne de vaccination auprès de 900 personnes sans abri.
A Sonapi
MdM intervient dans l’hôpital de Sonapi, intégré au parc industriel situé au sud de l’aéroport de Port au Prince. Les équipes assurent une moyenne de 150 consultations de soins de santé primaires par jour. En raison de l’augmentation du nombre de patients due à l’installation d’un camp près de l’aéroport, l’association a également augmenté de 30 lits supplémentaires la capacité d’hospitalisation de l’hôpital.
A JEREMIE, région de la GRANDE ANSE
Avec l’arrivée massive de déplacés, MdM a mis en place dans un premier temps une clinique mobile prenant en charge les déplacés arrivant sur le port de Jérémie. Aujourd’hui, les équipes proposent des soins gratuits dans 10 centres de santé du département. Parallèlement, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 5 communes du département. Une attention particulière est également portée au dépistage de la malnutrition.
A PETIT-GOAVE
Située à moins de 30 kms de l’épicentre du séisme, la région de Petit-Goâve a été très affectée. Pour faire face à l’urgence, MdM soutient 6 dispensaires situés dans les montagnes de la région afin d’assurer la prise en charge des plus isolées. 40 à 50 consultations de santé sexuelle et reproductive (planning familial, consultations pré et post natales…) y sont assurées chaque jour et les cas les plus à risques sont transférés vers l’hôpital de Notre Dame.
A l’hôpital, nombreux sont les bâtiments qui se sont effondrés, comme celui réservé à la pédiatrie. MdM, présent dans la région depuis de nombreuses années, soutient la maternité et le service de pédiatrie via un programme de santé sexuelle et reproductive. Concrètement nous ne nous substituons pas au personnel haïtien mais nous venons en appui à la formation et au renforcement des capacités du personnel soignant, explique Pino Gonzalès, coordinatrice du programme. La maternité étant confrontée à une forte pénurie de ressources humaines, nous venons également en renfort et nous assurons la dotation en matériels et en médicaments, poursuit-elle. Nous avons également réhabilité la maternité et installé 4 grandes tentes devant, deux consacrées à l’hospitalisation, de 11 lits chacune, une dédiée aux consultations prénatales et la dernière à la préparation pour l’accouchement. Chaque jour, nous assurons ainsi 5 à 15 accouchements et environ 60 consultations prénatales, précise-t-elle.
Quelques minutes après le début de leur journée, Marina Pomar, infirmière, et Carmen Alfaro, sage femme, aident à sortir un nouveau né, que sa mère appellera Juanito. A côté, Jean, gynécologue, effectue une échographie sur une jeune femme qui vient de faire une fausse couche. Pendant que dehors, sous la tente, Pino cherche la veine d’une petite fille de 8 ans qui a convulsé pendant près de 40 minutes la veille et qui en garde des séquelles neurologiques. Finalement, il faudra organiser son transfert vers Port-au-Prince.
DANS LA GRANDE ANSE
Avec l’arrivée massive de déplacés, MdM a mis en place dans un premier temps une clinique mobile prenant en charge les déplacés arrivant sur le port de Jérémie. Aujourd’hui, les équipes proposent des soins gratuits dans 10 centres de santé du département. Parallèlement, deux cliniques mobiles ont été mises en place et tournent dans 13 villages isolés du département. Une attention particulière est également portée au dépistage de la malnutrition.
A JACMEL
Du 23 au 30 janvier, Médecins du Monde est intervenu sur la première phase d’urgence, en mettant en place des cliniques mobiles. En 8 jours, 943 patients ont été reçus en consultations. L'équipe s'est depuis déplacée à Petit-Goâve.
| L’affluence dans les cliniques mobiles que Médecins du monde a installées dans six camps de déplacés est d’autant plus grande que près des trois-quarts des 3,9 millions d’habitants de Port-au-Prince n’avaient pas accès aux soins avant le séisme. |
«Docteur blanc ! docteur blanc !». Dès son arrivée au camp d’Automeca (le site était, avant le séisme, un dépôt de voitures), près de l’aéroport de Port-au-Prince, Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical de MDM, est entouré par une dizaine d’enfants. Le « docteur blanc » progresse dans le camp jusqu’à la tente de Médecins du monde. «Si vous êtes malades les enfants, c’est là qu’il faut venir… Là, sous cette tente, il y a des docteurs », leur répète-t-il. Dans le camp, des travailleurs sociaux et des animateurs locaux passent du temps auprès des déplacés. Leur rôle est essentiel. À travers des messages de prévention «criés» et des animations pour les enfants, ils informent de la possibilité de venir consulter à la clinique MDM
ACCÈS AUX SOIN
Il est 9h du matin dans le camp d’Automeca et des dizaines de personnes attendent d’être enregistrées. Munis de la carte de santé que l’on leur a délivrée, les patients sont ensuite vus en consultation. Magalie Joseph vient pour la deuxième fois. Sa fille, Faïma Kenya Toussaint, deux ans, est toujours grippée. «On m’a donné des médicaments, la fièvre est passée, mais elle n’est toujours pas bien et tousse», explique-t-elle. Faïma et sa maman entrent dans un espace à l’abri des regards. Le Dr Cassandra François examine la fillette. «Rien de grave, rassure-t-elle. Continuez à la faire boire beaucoup et je vais lui donner un expectorant.» Pas de sirop en stock à la clinique mobile. Magalie repart avec une prescription, elle devra aller chercher le médicament à l’hôpital Bernard Mevs, où sont aussi envoyés les patients ayant besoin de radio, d’une chirurgie…
«J’essaie d’hydrater Faïma, mais nous n’avons pas suffisamment d’eau ou de jus de fruits, avoue Magalie. Et pour le médicament, il faudra payer.» La gestion du stock de médicaments s’avère compliquée. «La semaine dernière, nous avons eu une rupture de stocks, explique Jean-Pierre Lhomme. Nous essayons de faire passer le message d’une médicamentation moins systématique. Cette demande de consommation de soins importante est tout à fait compréhensible. On a affaire à une population à qui l’on propose soudainement une facilité d’accès aux soins, de surcroît gratuite. Jusqu’à présent ici, l’accès aux soins était très restreint, difficile, voire impossible pour la majorité des habitants de Port-au-Prince. La réponse médicale était essentiellement privée et donc coûteuse. Les paiements directs qui existent aussi dans le secteur public pour les consultations, les médicaments, les analyses de labo… supprimaient la demande de soins, excluant les populations pauvres, c’est-à-dire les trois-quarts des habitants. Le séisme a aggravé la situation. Le fonctionnement de nos cliniques mobiles pourrait, au-delà du service médical rendu immédiat dans le contexte actuel, devenir une base de l’intérêt de la démonstration de la gratuité au moins pour une partie de la population, c’est-à-dire les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, ainsi que les handicapés dus au tremblement. »
LA FORMATION
Dans un coin de clinique mobile du camp Automeca, Violaine détaille à Mamita toutes les étapes pour mesurer l’état nutritionnel d’un enfant : poids, mesures, pose du bracelet pour le périmètre brachial. «Haïti compte de nombreuses infirmières qualifiées et de jeunes médecins formés à Cuba. Dans l’esprit du mode d’intervention de Médecins du Monde, le staff national organise et fait fonctionner les six cliniques mobiles installées à Port au Prince. Mais pas question que les expats se substituent au personnel local. Ils sont là en soutien. »
| Le volet chirurgical a été la réponse immédiate au séisme. Les équipes de Médecins du Monde ont opéré à l’hôpital général universitaire de référence de Port-au-Prince dans des conditions difficiles. 800 interventions ont été pratiquées. L’activité chirurgicale s’est terminée le 22 février. «Depuis,des contacts réguliers permettent d’évaluer les besoins et de proposer des réponses pragmatiques», note Jean-Pierre Lhomme. Deux mois après le séisme, des cliniques mobiles continuent de fonctionner sur six sites abritant entre 8000 et 10000 personnes : Solino, Carrefour-Feuilles, Saint Michel cent fil, cité Saint-Georges, AFCA et Automeca. Les équipes travaillent six jours sur sept de 9 h à 13 h avec des médecins locaux sur les soins médicaux primaires : diarrhées, infections pulmonaires, grippes… et s’emploient à surveiller l’émergence d’épidémies. Elles traitent chaque jour entre 100 et 150 personnes. La santé reproductive (gynécologie, prénat et postnat) est particulièrement importante. Tout comme le suivi des patients dans la durée et une prise en charge des troubles mentaux suite au traumatisme du séisme.
Et ensuite ?
Deux autres volets sont en cours d’élaboration, le dépistage nutritionnel (pour lequel le personnel médical local est en cours de formation) et la vaccination (systématique pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, en fonction de l’évaluation pour les adultes). «Nous tentons d’organiser nos estimations d’épidémies pouvant survenir à la saison des pluies. Mais, même si les conséquences premières du séisme sont derrière nous, nous sommes toujours dans une logique d’urgence, en raison des conditions très difficiles d’intervention et parce qu’ici, tout peut se passer», précise Jean-Pierre Lhomme, coordinateur médical. |
Presse
-
28/12/2011 - Haïti, 2 ans après : portrait inachevé
Il y a deux ans, un séisme dévastateur ravageait Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, et ses environs. On se souvient des images relayées par les média et les réseaux sociaux à travers le monde. Il n’est nullement besoin de revenir sur les destructions et les souffrances accumulées. Sinistres souvenirs.
Diaporamas
-
27/12/2011 - Haiti 2012
Haïti, 2 ans après : portrait inachevé
-
10/12/2010 - Haiti - urgence choléra
Reportage en Haïti de LAHCENE ABIB
10 décembre 2010
